182 journées des femmes par an

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Pour ceux qui l'auraient oublié, le 8 mars, Journée de la femme, est là pour rappeler que les femmes ne sont pas uniquement la moitié de l'humanité, elles sont une cause. C'est pourquoi elles ont droit à 1 jour sur 365 et non pas à 182 journées par an, ce qui serait plus représentatif de leur poids démographique.

Le 14 novembre dernier, Viviane Reding, la vice-prés-dente de la Commission européenne, a fait adopter de haute lutte une proposition instituant un quota dans les conseils d'administration : 40% des administrateurs non exécutifs des sociétés cotées devraient être des femmes d'ici à 2020. Trois semaines plus tôt, elle était sur le point de renoncer face à l'opposition... de ses cons?urs de la Commission. Neelie Kroes, Cecilia Malmström, Catherine Ashton, pour des raisons politiques, ne voulaient pas d'une mesure liberticide.

Ce sont les mâles de la commission, José Manuel Barroso, Olli Rehn, Joaquín Almunia, Michel Barnier et Andris Piebalgs qui ont sauvé le quota. Eux risquaient de passer pour de terribles machos s'ils ne prenaient pas le parti de la vice-présidente, ce à quoi ne s'exposaient pas les dames.
Mais reste à transformer l'essai, car le texte doit encore être adopté par le Parlement et par le Conseil européens. Viviane Reding a joué à plein la carte médiatique pour faire passer son texte. Un « non » aux quotas aurait fait très mauvais effet. À l'heure actuelle, seulement 17% des membres des conseils d'administration des sociétés cotées sont des femmes. Maintenant qu'il est plus difficile d'identifier l'opposition à cette mesure, l'effet stigmatisant est moins efficace pour faire avancer le dossier. Sans compter que le gain politique a déjà été encaissé par Viviane Reding. Moyennant quoi, le travail législatif sur cette proposition avance lentement. Michel Sapin et ses confrères ministres des Affaires sociales des vingt-sept n'ont pas prévu d'en débattre avant le... 20 juin prochain. Et encore l'agenda peut-il glisser à la rentrée 2013. Au Parlement, la rapporteure Ródi Krátsa, une députée grecque PPE, n'a pas encore arrêté le calendrier des travaux parlementaires. Rien ne presse!

Quoi qu'il en soit, ce ne sera pas facile. En Allemagne, la chancelière et sa coalition restent fermement hostiles à des quotas législatifs et plaident pour des « flexi-quotas », autrement dit des engagements volontaires par entreprises ou par branches. Ce qui n'empêche pas que la personne même d'Angela Merkel, chancelière du plus puissant pays du continent, est un exemple qui vaut son pesant de... quotas. Elle-même respecte au reste, mais sans le dire, une stricte parité dans le choix de ses ministres CDU de son gouvernement. Viviane Reding reste sûre de son combat. « Je n'aime pas les quotas, mais j'aime ce qu'ils font », dit-elle. Et de souligner que si les femmes plafonnent dans le middle management, c'est parce qu'elles ne voient alors plus d'autres femmes au-dessus d'elles. Mais les rares qui sont déjà au top n'ont généralement aucune envie de se retrouver, par la vertu d'une loi, rabaissées au rang de « quota »! « Le fait est qu'un quota est humiliant pour les femmes » est l'argument le plus entendu dans le rang des « anti », et pas seulement dans la bouche des messieurs.

Toutes les études le montrent : les obstacles à la promotion des femmes dans l'entreprise s'ancrent dans les mentalités et la culture. « L'homme estime à un moment donné qu'il a droit à une promotion. La femme va profiter de diverses occasions pour montrer qu'elle la mérite », explique la présidente de l'entreprise de haute technologie Bull Belux. Le problème est peut-être là : la promotion laisse trop de place au copinage et pas assez au mérite et à la productivité. Créer un quota de femmes, autrement dit chercher à compenser des rentes de situation en en créant une nouvelle fondée sur le genre, n'est peut-être pas la meilleure idée qui soit. Mais, jusqu'à présent, personne n'en a eu de meilleure.

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Commentaires
a écrit le 19/03/2013 à 8:29 :
Selon wikipedia, il y a une journée de la femme (le 8 mars, ultra médiatisé), une journée de l'homme (19 novembre, dont bien sur la presse ne parle jamais). Le reste des jours sont affectés à d'autres causes...
a écrit le 18/03/2013 à 21:26 :
au niveau d etudes equivalente les femmes sont mieux notes que les hommes le patonnat se prive de conpetance s est domagable pour toute la societe
a écrit le 18/03/2013 à 15:11 :
Même avis, et la dernière phrase en resume la synthèse. Quoi qu'il en soit les traités de l Union consacrent l égalité entre les hommes et les femmes. Si les signataires reconnaissent bien qu il n y a pas assez de femmes dans les conseils d administration et que les barrières faites aux femmes dans leur carrière professionnelle sont « inacceptables », ils refusent l idée qu une directive européenne oblige les entreprises à agir. Et préfèrent que ces décisions soient prises au niveau de chaque pays... Autant dire que la souveraineté a la vie dure. Pis, certains pays, le Royaume Uni en tête, refusent toute législation nationale sur cette question et s en remettent au volontariat des entreprises.... Difficile cependant de compter sur la bonne volonté des sociétés européennes :, l augmentation de la représentation des femmes dans les conseils d administration n a augmenté que de 1,9% en Europe en 1an et demi. Bref, à ce rythme, si on laisse faire les entreprises, il faudrait des années pour que la proportion de 40% soit atteinte ! Initié par la Norvège, le mouvement de féminisation des conseils d administration a fait tache d huile en Europe : l Espagne, la France, les Pays-Bas, l Islande, l Italie, la Belgique ont adopté des dispositifs allant dans ce sens. Pour des raisons culturelles, sans doute. Non seulement la vieille Europe était (et est encore....) machiste, mais en outre, l idée que l Etat doit agir dans la société civile est très répandue, en particulier en ce qui concerne l activité économique. A l inverse des pays anglo-saxons. Alors les sceptiques vont-ils s'arc-bouter ? La Commissaire pourra, pour les convaincre, mettre en avant des initiatives positives, comme le programme « Women on boards » mis en place par l Institut français des administrateurs et l European Professional Women s network Paris. Et citer des statistiques : celles d Ethics and Boards, 1er observatoire international des CA et de surveillance des sociétés cotées ; ou encore celles publiées récemment par Women Equity 50 France, dont il ressort que les PME dirigées par des femmes sont plus performantes que la moyenne française. Les 50 premières (occupant entre 20 et 250 salarié(e)s, pour un chiffre d affaires variant entre 4 et 50 millions d euros) ont réalisé en moyenne une croissance annuelle de plus de 25 %, performance nettement supérieure à celle des 31 600 sociétés auxquelles elles ont été comparées. A défaut d entre probant les constats montrent que la représentation démocratique de l autre moitié peut être respectée sans que l économie ne soit pénalisée Par ailleurs l erreur typique est de traiter uniquement de la compétence des femmes sans se questionner réellement sur celle des hommes également. L absence d évaluation réelle de la compétence des membres des conseils d administration constitue d ailleurs un problème qui ressort fréquemment dans les médias en raison des primes de départ importantes de présidents, et ce, malgré des rendements plus que problématiques. Enfin La formulation sur la compétence est démagogique puisqu elle sous-entend que des nominations par quotas se ferait par défaut et ne tiendrait pas compte de la qualité de la personne nommée (ce serait n importe quelle femme qui serait nommée parce qu elle est une femme). Non seulement ce n est pas juste puisque les premiers résultats prouvent l?inverse mais si il y a bien un message à retenir sur la question de l importance des quotas dans les instances décisionnelles, c est que les conseils d administration paritaires permettent aux entreprises de bénéficier à la fois de l apport parfois fort différent des femmes et des hommes et qu un milieu uniquement composé d hommes (ou de femmes) tend à être davantage sclérosé en favorisant le statu quo.
a écrit le 18/03/2013 à 13:36 :
Très bon article, merci.

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