Vers une grande réforme fiscale, enfin ?

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Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, défend l'idée de la remise à plat de la fiscalité
Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, défend l'idée de la remise à plat de la fiscalité (Crédits : Reuters)
La réforme fiscale annoncée par Jean-Marc Ayrault soulève de nombreuses questions. Elle n'en est pas moins indispensable. Par Guillaume Allègre, économiste, OFCE

En début de semaine, Jean-Marc Ayrault a annoncé une remise à plat de la fiscalité qui pourrait, entre autre, passer par un rapprochement entre impôt sur le revenu et CSG. L'OFCE participera certainement à ce débat qu'il a déjà essayé d'éclairer à de nombreuses reprises, notamment à l'occasion d'un numéro spécial « Réforme fiscale » de la Revue de l'OFCE, dirigé par Mathieu Plane et moi-même, et sorti en avril 2012.

De la difficulté de toucher à des situations acquises

Mentionnons quelques contributions. Jacques Le Cacheux y discutait des finalités et moyens d'une réforme fiscale (« Soutenabilité et justice économique »), rappelant ainsi quels sont les fondamentaux de la politique fiscale. Nicolas Delalande effectuait une analyse historique des résistances aux réformes fiscales et évaluait les contraintes qui pèsent sur l'élaboration et l'application des réformes (« L'économie politique des réformes fiscales »), autant de sujets qui semblent avoir été rattrapés par l'actualité. Il souligne que : « En effet, il peut se révéler plus compliqué d'agréger des soutiens positifs à une mesure que de rallier temporairement des oppositions hétéroclites aux motivations parfois antagonistes, surtout s'il s'agit de créer un nouvel outil de prélèvement ou de toucher à des situations acquises».

Comment réformer quand le chômage ne baisse pas?

Mathieu Plane posait la question des conséquences d'une hausse de la fiscalité (qui a bien eu lieu en 2012-2013): « Dans un contexte de hausse du chômage, sera-t-il possible de générer un nouveau choc fiscal d'ampleur sans faire plonger la France dans une nouvelle crise ? La volonté de réduire les déficits publics uniquement par des ajustements structurels pèse sur la dynamique de croissance et de chômage» (« Finances publiques : vers une nouvelle hausse de la fiscalité? »). Si le gouvernement annonce aujourd'hui vouloir réformer la fiscalité à prélèvement constant, la question de l'impact des ajustements budgétaires (cette fois, à travers la baisse des dépenses publiques) sur la croissance et, in fine, l'acceptabilité sociale d'une réforme structurelle de la fiscalité se pose toujours pour la période 2014-2017. Le gouvernement parviendra-t-il à mettre en place une réforme structurelle dans un contexte où le chômage est élevé et ne baisse pas ?

Les questions de la fusion CSG-impôt sur le revenu

La fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu pose de nombreuses questions, déjà abordées dans un article de la Revue de l'OFCE en 2007 (« Vers la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG ? »). Le législateur devra trancher la question de la conjugalisation (imposition commune des conjoints) ou de l'individualisation de l'impôt fusionné ainsi que la prise en compte des enfants (« Faut-il défendre le quotient familial ? »). Ce sujet, qui touche à la représentation de la famille et aux relations entre l'Etat et la famille est particulièrement sensible. Il a fait l'objet de débats au sein même de l'OFCE (« Réformer le quotient conjugal », « Pour défendre le quotient familial »).

Intérêts privés et sociaux entremêlés

En entremêlant intérêts privés (quelles charges pour quels ménages?) et sociaux (quels instruments pour quels objectifs?), la question fiscale a toujours été au centre du débat démocratique. Le rôle de l'OFCE est d'alimenter ce débat par des argumentations solides et quantifiées. Les chercheurs de l'OFCE continueront de proposer leur propre vision de la « bonne » réforme fiscale, en discutant des objectifs, des conséquences et de la soutenabilité de façon transparente et rigoureuse.

 

Billet publié sur le blog de l'OFCE : Vers une grande réforme fiscale, enfin?

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Commentaires
a écrit le 23/11/2013 à 14:21 :
La fiscalité concerne le niveau du prélèvement,la base du prélèvement et l'usage du prélèvement.Une taxe sur l'énergie pour financer les retraites serait favorable aux trois conditions:niveau,base(énergie)usage(retraites).
a écrit le 20/11/2013 à 21:40 :
L'actuelle CSG et l'IRPP sont minoritaires dans les recettes publiques (un peu plus de 15%) et par ailleurs on ne peut traiter de fiscalité avec ses fameuses "dépenses fiscales" (niches, abattements, QF...) sans prendre en considération aussi les transferts vers les personnes physiques qui ne sont jamais que de l'impôt négatif. Si ainsi on considère l'impôt de façon algébrique et globale et si de plus on transforme la sécu en un système beveridgien (ce qui est souhaitable à divers titres pour en sauver le financement et améliorer notre compétitivité), on peut proposer une transformation de grande ampleur avec en effet un problème de bascule à gérer (passage à un système individuel, passage à un prélèvement sur l'assiette de l'année, écrasement des niches, introduction ou non de l'allocation universelle dans le salaire...)

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