Au Brésil, une croissance toujours déséquilibrée

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(Crédits : DR)
Le Brésil affiche une forte croissance, mais elle est encore trop fondée sur les matières premières et la recherche d'une rentabilité à court terme. Par Quentin Gollier, analyste, Velours International

Le Brésil est un pays à l'économie marquée par d'incroyables concours de circonstances. Des profits massifs générés par la culture du sucre au début de la période coloniale à la plus noire exploitation du café, profondément associée à l'esclavage, voire à la découverte il y a peu d'énormes réserves de pétrole au large des côtes du pays, le plus grand pays d'Amérique du Sud s'est trouvé au croisement de dynamiques économiques mondiales de façon étrangement régulière.

Une gouvernance qui laisse à désirer

Cette situation a conduit le pays sur le chemin d'une croissance stable et d'une certaine prospérité économique mais a également provoqué d'énormes déséquilibres dans la gouvernance d'un État , responsable d'un pays considéré par beaucoup comme sur le point de devenir un géant des nouveaux équilibres mondiaux. Le proverbe local « Dieu est Brésilien » n'est de fait pas seulement une bravade inspirée par la capacité du Brésil à trouver presque par hasard des opportunités économiques en période de besoin, il a de facto été le modèle de développement du pays depuis ses origines.

Un pari sur les ressource naturelles

Le Brésil est donc aujourd'hui devenu un cas typique de l'impasse dans laquelle se trouvent de nombreuses régions émergentes de la planète. Avec son importante population et ses gigantesques réserves de ressources naturelles, ce pays a toujours pu parier sur ses avantages naturels pour parvenir à la croissance au lieu d'avoir à faire face directement à ses défis structurels.

Des investissements simples et peu coûteux

Pendant la lutte des premiers colons (Portugais, Hollandais ou Français) avec les régions côtières inhospitalières, les investissements simples et peu coûteux ont toujours été préférés à des projets plus complexes qui auraient permis l'exploitation rationnelle des territoires conquis. Les activités extractives pures (minéraux, diamants ou bois) n'ont jusqu'à aujourd'hui toujours pas fini d'être les moteurs de la croissance de régions entières, souvent sur les marges de la forêt amazonienne.

La recherche d'un enrichissement rapide

De façon tout aussi visible, les mythiques expéditions des bandeirantes, sortes d'explorateurs et de bandits partant à la recherche d'indiens à réduire en esclavage et d'or, ayant opérés de la fin du XVIème siècle au début du XVIIIème, ont été la base de la richesse de São Paulo, permettant à cet État de dépasser le Minas Gerais une fois les réserves minérales épuisées et de façon concomitante à l'essor de la culture du café. Les pillages et les rapines associés à ces individus restent dans l'inconscient national des possibilités d'enrichissement rapide, les divers monuments à l'image de ces sinistres aventuriers ornant les villes du pays en témoignant.

Rien n'a été fait pour les misérables régions du Nord Est

Parallèlement, quand le dynamisme de la bande côtière a commencé à vaciller, le gouvernement central n'a cessé d'encourager la relocalisation des populations dans les arrière-pays vierges comme une solution alternative aux épisodes de migrations urbaines massives marquant notamment les imprévisibles "secas", terribles sécheresses du nord du pays. Si ces politiques ont permis le peuplement des marches de l'Amazone, elles n'ont rien fait pour améliorer la situation de long-terme des misérables régions du nord-est qui restent marquées par des très faibles niveaux d'investissement et de médiocres infrastructures.

Le pétrole, alternative aux politiques de développement

Aujourd'hui, avec la découverte de larges gisements de pétrole au large de Rio de Janeiro - dont l'économie lutte toujours pour redécoller - et de Recife, la capitale économique du nord-est, la tentation d'utiliser cette martingale comme alternative à des politiques de développement sérieuses revient.

Les aventuriers règnent encore sur une partie de l'économie

L'écroulement total ces derniers mois du groupe OGX d'Eike Batista, à l'incroyable croissance fondée sur des promesses d'exploitation pétrolières intenables ne suffit apparemment pas à désarmer les défenseurs d'une politique économique fondée sur le concours de circonstance. Ainsi, l'étrange mélange de montages capitalistes basiques avec des personnalités aventureuses et magnétiques - caractérisant aussi bien les "bandeirantes" que Eike Batista - continue de constituer une part importante de l'économie brésilienne, tant la tentation est grande d'attendre le prochain coup du sort et l'émergence d'un nouveau secteur pouvant apporter rendements rapides sans lourds investissements initiaux.

En attendant la fin de paris extravagants

Tant que cette situation persiste, et que l'État central ne parvient pas à offrir des conditions permettant le rééquilibrage des retours sur investissements entre ces opérations et des investissements de plus long-terme (notamment dans l'industrie), des divisions administratives entières du pays - et leurs millions d'habitants - continueront d'être dépendantes de la redistribution des richesses des États sudistes, quand les paris extravagants d'investisseurs bien connectés finiront par échouer.

A la recherche d'une rationalisation...

Le développement du Brésil demeure ainsi un processus lent et douloureux qui va demander des sacrifices impopulaires, les taux de taxation devant être rationalisés, la bureaucratie modernisée et les programmes sociaux accompagnant de larges classes de la société étant amenés à demander de réelles contreparties aux populations soutenues. Ces éléments entrent en contradiction directe avec des blocs de pression puissants de de la société brésilienne, bien ancrés dans son système politique et sont donc des sujets de réforme risqués pour les politiciens au pouvoir.

Le maintien du clientélisme

Or, dans une structure parlementaire paralysée par d'étranges cartes électorales et un fort élément clientéliste culturel, le statu quo demeure l'issue la plus probable de toute innovation législative pouvant permettre de régler les problèmes de fond du Brésil, créant de fortes incitations pour les partis au pouvoir à simplement laisser l'économie croitre sans mettre en place de réelles initiatives qui permettraient le développement réel du potentiel du pays.

 

 

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Commentaires
a écrit le 30/11/2013 à 17:11 :
Les commentaires postés sont super intéressants.... J'habite au Brésil depuis 4 ans et cet article est, selon moi, remarquable de justesse. Il manque cependant un point qui est un peu trop sous entendu: l'absence absolue d'une élite constructive et intelligente au Brésil, qui se bat pour son pays en prenant en compte les critiques et en tirant le meilleur de l'expérience des autres. L'élite ici joue de la plus grosse voiture, du plus de week-end aux US, du plus, du plus...ainsi dans les entreprises les cadres dirigeants brésiliens ont tout compris, tout vu...Enfin il me semble que la phrase sur le Brésil "pays de devenir..." est de De Gaulle.
a écrit le 29/11/2013 à 3:01 :
Quentin, votre article me laisse perplexe. gardez vos leçons et votre arrogance en vous demandant ce qu'il adviendrait de l'économie Française sans ses ventes d'armes. Le Brésil est un pays complexe avec de nombreux problèmes économiques mais dont la gestion est bien meilleure que vous ne pensez. Avez-vous une seconde imaginé que votre modèle économique n'est pas celui que voudrait suivre un autre pays ?
a écrit le 27/11/2013 à 22:20 :
"Le Brésil est un pays d'avenir et le restera" - Clémenceau
Réponse de le 29/11/2013 à 18:22 :
La France devenue un pays de minables , la gauche fr donneurs de leçon gardez les pour vous.avec vos 4 000 000 millions de chomeurs.

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