France-Allemagne : quels intérêts convergents ?

 |   |  693  mots
Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourrait-on retrouver demain une convergence d'intérêt entre la France et l'Allemagne ?

La coordination est en panne en Europe d'abord du fait d'une incompatibilité d'objectif entre les deux grands partenaires européens :

  • En retard d'un cycle de réforme, la France a besoin à court terme d'une demande européenne solide pour adoucir les effets de la rigueur et creuser l'écart en matière de compétitivité. Elle attend de l'Allemagne, qui dispose d'un excédent de la balance courante plus que confortable et d'une situation saine de ses finances publiques, une impulsion qui ne vient pas.
  • Tournée vers les horizons longs, l'Allemagne est d'abord préoccupée par son vieillissement.

Son équation de dépendance n'est soluble

1/ que si son offre est solidement arrimée aux marchés porteurs du reste du monde ; en l'occurrence ceux des pays émergents.

2/ si son capital est rentable et que les avoirs qu'elle constitue sur le reste du monde lui procurent rendement et sécurité.

3/ si elle garde scrupuleusement le cap de la soutenabilité budgétaire, dans un contexte de montée en puissance de la dépendance et donc de la consommation socialisée.

L'Allemagne n'a abordé la crise jusqu'ici qu'à travers ce prisme. La sécurisation des créances a été au cœur de ses préoccupations de pays rentier, et tous les partenaires européens ont emboité le pas. Le mécanisme européen de stabilité en est l'outil le plus emblématique. Elle a pu ainsi limiter la perte sur ses actifs, et placer sous tutelle le sud de l'Europe.

Elle a ensuite accru son extraversion commerciale vers les marchés porteurs. Ce redéploiement vers les pays émergents a permis de gommer les effets du marasme commercial européen. Elle a enfin su internaliser la modération des coûts européens pour renforcer sa propre compétitivité hors Europe. Son économie de bazar a su mieux que les autres s'accommoder des tendances déflationnistes européennes pour en faire un atout.

Impasse

Cette divergence d'intérêt et d'horizon a instauré un véritable dialogue de sourd de part et d'autre du Rhin. Une impasse qui se solde aujourd'hui par une panne de croissance particulièrement pénalisante pour les pays qui n'ont pas achevé leur ajustement.

Ce nouvel épisode de crise pourrait-il rapprocher les points de vue français et allemands ? Rien n'est moins certain :

D'abord parce que l'équation budgétaire allemande est largement adaptée à un contexte de croissance zéro. Revenue à l'équilibre budgétaire, elle est déjà engagée sur une trajectoire de désendettement que la panne de croissance ne remet pas en cause. La divergence des trajectoires d'endettement est maintenant manifeste entre France et Allemagne. Autant la panne de croissance piège la France dans un effort de rigueur dont elle ne voit pas le bout, fragilisant son potentiel de croissance. Autant l'Allemagne est confortée dans son agenda et n'est pas prête à le remettre en cause.

Il est un point nouveau cependant qui pourrait conduire l'Allemagne à amender sa posture. Elle a su jusqu'ici s'extraire du piège européen en se tournant vers le grand large, sa prospérité devenant ainsi de moins en moins tributaire de celle de l'Europe. Peut-être rencontre-t-elle aujourd'hui les limites de cette logique. Le pain blanc de la conquête des marchés émergents ne constitue plus l'exutoire qu'il a été depuis 10 ans. L'Allemagne semble avoir éclusé les potentiels de conquête de nouveaux marchés, et ces marchés sont eux-mêmes en proie à des problèmes structurels et font de moins figure d'eldorados... une tendance de fond que le sursaut de juillet ne remet pas en cause.

Autrement dit, l'Allemagne pourra de moins en moins se soustraire à la dynamique européenne et laisser ses partenaires s'empêtrer sans fin dans des problèmes structurels insolubles sans pénaliser à terme sa propre croissance potentielle. Le moment où l'Allemagne devra intégrer la croissance potentielle européenne dans ses propres intérêts n'est peut-être pas loin, car son équation du vieillissement en dépend aussi.

>> Plus de vidéo sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 18/10/2014 à 11:36 :
LA BAISE DE LA CROISANCE CHINOISE ENTRAINE LA BAISE DES EXPORTATIONS DE L ALLEMAGNE? DONC L ALLEMAGNE DOIT A NOUVEAU S ENTENDRE AVEC LES EUROPEENS .SOUS PENE DE VOIR L EUROPE S ECLATE SOUS L EGOISME DE CE PEUPLE QUI S EST TOUJOUR CRUE SUPERIEUR AU AUTRE???
a écrit le 19/09/2014 à 11:34 :
Il est bien évident que les records enregistrés par l Allemagne sur les marchés d exportation surtout en Chine et en Russie ne peuvent pas continuer sur ce rythme.
Quand un gros marché disparait du jour au ledemain comme c est le cas de la Russie actuellement, ca laisse des traces, mais ca ne met pas pour autant le pays en dificulté. Il y aura un peut moins d excedents mais ca s arretera la.
La conjoncture interieure -contrairement a ce certains journalistes écrivent ici -marche tres fort dans tous les domaines.
Le vieillissment de la population est un phénomene général à tous les pays civilisés.
Ceux qui offrent du travail aux immigrés seront les moins touchés et c est bien le cas de l Allemagne.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :