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Grèce: la victoire classique de la démagogie sur la réforme

Photo de Ivan Best

Marc Guyot & Radu Vranceanu

Publié le 28 janvier 2015 à 17:07 - Mis à jour le 30 janvier 2015 à 18:25

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Les grecs ont injustement rejeté le gouvernement qui avait contribué au redressement de leur économie. C'est presque une tradition, pour eux. par Marc Guyot & Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec

Après six années de recul du PIB et quatre ans de rigueur budgétaire et de réformes structurelles, le gouvernement grec a réussi à ramener une économie à la dérive qui a enregistré au total un recul de 25% de son PIB, frappée par une corruption endémique, un déficit budgétaire très élevé et un endettement colossal à un pays en croissance, en excédent commercial, avec un excédent budgétaire hors charge d'intérêts. En effet, depuis deux trimestres le PIB est reparti à la hausse et la croissance en 2015 devrait être de 2,9%. Si le chômage n'a diminué que de 28% à 25% et reste très élevé et si de nombreuses rigidités subsistent, les progrès sont néanmoins considérables.

Une économie qui retrouve de la compétitivité

Vu de France, la situation actuelle de la Grèce est un véritable exploit, étant donné notre croissance plate à 0,4%, notre déficit à 4% et nos 40 milliards de déficit extérieur. Comment le gouvernement grec s'y est-il pris pour ramener son économie déficiente à une économie retrouvant de la compétitivité ? Le pays a mené les reformes néoclassiques standards. La seule façon de faire repartir une petite économie ouverte avec un Etat en faillite, c'est une relance par les exportations tirées par le regain de compétitivité. Si les Grecs n 'étaient pas membres de l'euro, une dévaluation de la Drachme de 25% aurait fait l'affaire pour retrouver de la compétitivité. Cela aurait écorné du même montant les avoirs des possédants, ce que l'on peut considérer comme une juste contribution au redressement national.

Pour leur malheur les Grecs étaient dans l'euro et n'avaient plus en 2010 de possibilité de dévaluation extérieure. Il ne leur restait que la dévaluation intérieure c'est-à-dire la baisse des salaires de 25% pour retrouver leur compétitivité. L'impact en matière de gain de compétitivité est similaire. En revanche, il est violent en matière de pouvoir d'achat et de moral des ménages dans un contexte de forte poussée du chômage et de rigueur budgétaire.

Les réformes commencent à porter leurs fruits

Quatre ans après, les reformes commençant à porter des fruits en termes de croissance, d'évolution du chômage et d'équilibre budgétaire et commercial, il était temps pour le peuple de tirer parti des élections pour tresser les lauriers mérités de la victoire aux hommes politiques responsables ayant eu le courage de prendre des décisions difficiles. Hélas, le peuple n'a pas approuvé le succès économique des hommes courageux du gouvernement de centre-droit (le précédent gouvernement de centre-gauche avait pris les mêmes options réformatrices) mais a exprimé la rancœur qui l'habite d'avoir été soumis à pareille purge, lui habitué à être ménagé et acheté par le personnel politique désireux d'être élu et réélu. Il a donc porté massivement au pouvoir les démagogues de la gauche radicale incarnée par le parti Syriza.

Punir les acteurs d'une victoire en raison de son coût...

Punir les acteurs d'une victoire couteuse est un archétype de l'histoire européenne en générale et de l'histoire grecque en particulier. Ainsi Athènes, en passe d'être vaincue par Sparte, remporta la victoire navale des Arginuses en - 406 avant J.C. et envoya par le fond l'essentiel de la flotte spartiate. De retour à Athènes, les huit généraux commandant la flotte découvrirent qu'entre temps les démagogues et les rhéteurs avaient obtenu qu'ils passent en jugement comme ennemis du peuple. Mettant en avant non la victoire mais son coût, les démagogues, exploitant sans vergogne le chagrin des familles des marins morts noyés sans sépulture, obtinrent du peuple la condamnation à mort des vainqueurs.

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Moins de deux ans plus tard, Athènes était vaincue dans un nouveau combat naval ce qui précipita sa capitulation et sa défaite dans la guerre du Péloponnèse après 30 ans de lutte.

La démocratie grecque et sa tendance aux excès

La démocratie grecque ayant la même tendance aux excès que jadis, les dirigeants ayant remporté un début de victoire contre la crise ont été démis, pour être remplacé par des vendeurs de promesses irréalistes. Espérons que la Grèce, avec l'arrivé au pouvoir des populistes ne connaisse pas la même chute que l'Athènes de jadis. En effet, si leur promesse de restructuration de la dette grecque - un chantage auprès des gouvernement européens qui ont prêté des fonds au gouvernent grec- ne peut se terminer que par la sortie de l'euro de la Grèce et une exclusion du pays du marché des capitaux, il est malgré tout encore temps pour Syriza de faire volte-face, à l'image d'autres partis populistes.

Les Allemands avaient évincé le réformateur Schröder

Les Allemands, qu'on imagine atterrés par le sort réservé à l'ancienne équipe de réformateurs Grecs, feraient cependant bien de modérer leurs critiques puisqu'ils réservèrent le même sort au réformateur socialiste Gerhard Shroeder et envoyèrent Angela Merkel au pouvoir pour se venger de la purge venant des réformes. Le point commun entre Grecs et Allemands s'arrête pour l'instant ici. A l'exception de sa faiblesse par rapport au salaire minimum, Angela Merkel a eu la sagesse de ne toucher à aucune des réformes qui valurent son éviction à Gerhard Schroeder et de maintenir une gestion saine du budget public. Le nouveau gouvernement grec ferait bien de s'en inspirer.

Quand les démagogues français frétillent

Enfin, les démagogues français frétillent d'aise à voir l'arrivé au pouvoir d'un gouvernement anti-réformateur et espèrent bien créer un front anti-réforme en Europe, comptant sur la baisse du prix du pétrole et de l'euro pour compenser l'absence de réformes structurelles. Si la zone euro peut survivre à un éventuel dérapage de la Grèce en les poussant à sortir de l'euro, la victoires du populisme anti-reforme en France ou en Italie signifierait la fin de la monnaie unique, et par la même occasion condamnerait ces pays à un effritement et un appauvrissement fatal pour les années à venir.

Marc Guyot & Radu Vranceanu

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