5G : les États-Unis veulent des champions occidentaux

VU DE LA SILICON VALLEY. Plusieurs sénateurs américains proposent que Washington débloque plus d'un milliard de dollars pour subventionner des champions nationaux ou bien originaires de pays alliés, et ce afin de contrer l'influence de Huawei.
L'an passé, le gouvernement américain a accusé la firme chinoise d'espionnage industriel, et a placé l'entreprise sur liste noire.
L'an passé, le gouvernement américain a accusé la firme chinoise d'espionnage industriel, et a placé l'entreprise sur liste noire. (Crédits : Reuters)

Les entreprises américaines peuvent-elles rattraper leur retard par rapport aux leaders chinois sur la 5G ? C'est du moins ce qu'espèrent plusieurs sénateurs américains. Inquiets de la suprématie de Huawei sur cette technologie, ils proposent que Washington débloque plus d'un milliard de dollars pour subventionner des champions nationaux ou bien originaires de pays alliés, et ce afin de contrer l'influence de l'entreprise chinoise. Baptisée « Utilizing Strategic Allied (USA) Telecommunications Act », la loi s'appuie sur l'idée que Huawei a profité « d'importantes subventions de la part du gouvernement chinois » pour asseoir sa supériorité. Seul un programme de soutien étatique pourrait donc permettre aux entreprises occidentales de rivaliser avec leur homologue extrême-oriental.

Reprendre la main

Ce seraient ainsi 750 millions de dollars qui se verraient débloqués par la Commission fédérale des communications afin de lancer un fonds de recherche et développement autour de la 5G. Ajoutez à cela 500 autres millions, qui serviraient à créer un autre fonds destiné pour sa part à concevoir des moyens de communication sécurisés, en partenariat avec des pays alliés. L'objectif affiché de ce second fonds est de permettre aux États-Unis de reprendre la main sur l'établissement de normes techniques internationales autour des télécommunications, là encore afin d'empêcher la Chine de devenir le maître du jeu dans ce domaine.

La proposition de loi compte des soutiens des deux côtés du spectre politique, dont Marco Rubio, sénateur de Floride et ex-candidat à la primaire républicaine de 2016, et le démocrate Mark Warner, sénateur de Virginie.

« Chaque mois que les États-Unis passent dans l'inaction, Huawei progresse vers son objectif de devenir le fournisseur 5G le moins cher, le plus rapide et le plus répandu, pendant que les entreprises américaines et occidentales perdent des parts de marché et des emplois », a déclaré ce dernier.

Acronyme désignant la cinquième génération de standards pour téléphonie mobile, la 5G incarne une nouvelle étape dans l'histoire des télécommunications. Cent fois plus rapide que la 4G, elle permettrait d'accroître considérablement les possibilités de l'Internet des objets, et d'accélérer du même coup le développement de plusieurs industries de pointe, dont la robotique, la ville intelligente, la santé connectée ou encore la voiture autonome.

Assurer la domination technologique

Les premiers téléphones équipés de la 5G ont été commercialisés l'an passé. Le marché des infrastructures 5G est, pour l'heure, dominé par les chinois Huawei et ZTE, suivis des européens Ericsson et Nokia.

Si l'américain Cisco commercialise des routeurs 5G, aucune entreprise américaine n'est active dans la construction des infrastructures sans fil nécessaires pour connecter les appareils mobiles des utilisateurs à la 5G. Les Américains se sont, par le passé, assuré la domination de la Toile en investissant très tôt dans les infrastructures qui ont permis son essor. En laissant Huawei construire l'Internet de demain, ils craignent donc de perdre une partie de leur puissance technologique au profit du rival chinois.

La semaine dernière, le ministre américain de la Justice, Bill Barr, a publiquement proposé que les États-Unis « prennent le contrôle » de Nokia ou d'Ericsson, « soit directement, soit à travers un consortium d'entreprises privées américaines et alliées », alors que le Royaume-Uni et l'Europe viennent d'autoriser Huawei à participer, avec d'importantes limitations, au déploiement de la 5G sur leur territoire.

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L'an passé, le gouvernement américain a accusé la firme chinoise d'espionnage industriel, et a placé l'entreprise sur liste noire, l'empêchant de ce fait de construire des équipements de télécommunications sur son sol - tout en invitant ses alliés à faire de même. Une initiative dans laquelle certains ont vu une tentative de museler un fleuron de la technologie chinoise devenu trop puissant.