Anatomie de la pauvreté en France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, anatomie de la pauvreté en France

D'abord, combien. La France compterait près de 9 millions de pauvres selon l'INSEE. Ce chiffre est discutable, car le seuil de pauvreté est depuis 2008 fixé à 60% du revenu disponible médian, revenu qui partage en deux la population : une moitié gagne moins, l'autre plus. Ce seuil est trop élevé si bien que le phénomène de pauvreté perd de son sens, il est exagéré et surtout banalisé. Le seuil de 50% du revenu médian est certainement plus proche de la réalité sociale de la pauvreté, et la France compte déjà ainsi plus de 5 millions de pauvres. Pour mettre des balises monétaires, pour une personne seule c'est un revenu après impôts directs et prestations sociales de 840 euros par mois.  Pour une famille monoparentale avec un enfant de moins de 14 ans, le seuil est à 1.092 euros. Pour un couple sans enfant, il passe à 1.260 euros et atteint 2.100 euros pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans. Sous ces différentes limites, vous êtes statistiquement considérés aujourd'hui comme pauvre.

Maintenant, la tendance

De plus en plus de personnes sont concernées par la pauvreté avec une hausse de près de 23% depuis 2000 et une nette accélération après la grande récession. Bien entendu, il y a une composante démographique dans ces chiffres car la population française a augmenté sur cette période. Il faut donc passer au taux de pauvreté pour mieux appréhender la tendance, c'est dire rapporter le nombre de personnes pauvres à la population totale. Et la situation actuelle montre, ô combien, nous sommes en rupture avec la tendance historique. La pauvreté a fortement reculé des années 70 jusqu'au début des années 90. La crise du début des années 90 qui commence avec la guerre du Golfe et dont l'épicentre se situe en 1993 en France marque une première rupture. Mais le mouvement reprend sa trajectoire naturelle et le taux de pauvreté descend à son plancher historique en 2002 (6,5%) et reste très bas jusqu'en 2004. Une seconde rupture intervient alors en 2005 et se consolide par la suite avec une nette accélération à partir de 2009. Nous sommes bien là à un tournant de l'histoire sociale de la France.

Qui sont les pauvres en France ?

Plutôt les jeunes. Les moins de 30 ans représentent plus de la moitié des pauvres alors que leur poids dans la population totale est de 36%. Pour une partie des plus jeunes (les enfants), leur pauvreté est celle de leurs parents. Ce qui renvoie mécaniquement à une deuxième caractéristique : la pauvreté se vit en famille. Selon les données de l'observatoire des inégalités, trois-quarts des pauvres vivent en famille avec ou sans enfants. Mais les disparités sont fortes au sein de cette catégorie : le taux de pauvreté descend à 4,6% chez les couples avec un enfant et grimpe à quasiment 20% pour les familles monoparentales. Les femmes sont également plus frappées par la pauvreté, mais l'écart reste limité avec les hommes compte tenu de leurs poids dans l'ensemble de la population. Parmi les facteurs discriminants, l'emploi : 60% des pauvres sont soit inactifs, soit chômeurs.

Ultime question : où ?

En prenant les 25% de départements où le taux de pauvreté est le plus élevé, une fracture très nette apparait : une partie se concentre au Nord, une autre en Ile-de-France (dont Paris), ce qui montre l'étendue des inégalités au sein de la capitale et de la région parisienne, et dans le Sud-Est avec cette particularité : 60% des pauvres vivent dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants avec une pointe dans celles comprises entre 100.000 et 200.000 habitants. La conclusion s'impose d'elle-même : dans un pays comme la France dont la richesse s'élève, la pauvreté gagne du terrain et se concentre. Comment alors s'étonner de certaines dérives !


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Commentaires
a écrit le 31/10/2017 à 18:38 :
Plus sa population augmente, plus la société s’enrichit et … plus elle crée de pauvres

« L’être humain étant avant toute opinion et toute autre considération, un consommateur » (Gaston Bouthoul), plus sa population augmente plus sa société s’enrichit et dans un apparent paradoxe, plus la société s’enrichit plus elle produit de pauvres (relatifs) ; plus la société s’enrichit, plus la pauvreté s’étend, et plus la société s’appauvrit plus la pauvreté régresse.

Mais dans un cas comme dans l’autre, encouragés par tous ceux qui se font leurs défenseurs pour des raisons sommaires et trop souvent clientélistes, nombreux sont les pauvres qui se préoccupent davantage de l’enrichissement d’autrui que de leur propre sort, lequel fait que leur effectif croît plus rapidement que celui des riches, dans la proportion de 86 à 14 %. Sur 100 êtres humains qui voient le jour, 14 naissent au-dessus de la médiane de la richesse collective et 86 au-dessous. En d’autres termes, dans la relativité de la richesse et de la pauvreté, 14 êtres humains naissent riches et 86 naissent pauvres. Mécanisme inéluctable d’autant plus difficile à admettre que si la pauvreté a une limite qui est le niveau zéro de la richesse sous lequel nul ne peut descendre, la richesse n’en connaît pas d’autre que celle des ressources qu’offre la nature.

Voir à ce sujet "Précis de pyramidologie sociale". Version papier & ebook avec option gratuite d’emprunt)
https://www.amazon.fr/Pr%C3%A9cis-Pyramidologie-sociale-pr%C3%A9occupe-peuplent/dp/1549526200/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1508946401&sr=8-1&keywords=Pr%C3%A9cis+de+pyramidologie+sociale
a écrit le 20/07/2017 à 21:52 :
ben dans l'ouest il y a une certaine pauvreté comme ailleurs, sauf que dans les grandes villes elle est parfaitement organisée, rsa, aides diverses, cmu épiceries solidaires et quand les entreprises cherchent à recruter, elles ont un mal fou à y arriver, rien que la distance, il faut vraiement que le chômeur y soit vraiement obligé pour des raisons diverses, les salaires étant tellement ridicules, le moindre km en voiture le bénéfice en devient vite négatif.
En gros on cherche à payer un bac pro au smic comme la dame des toilettes et encore?
a écrit le 20/07/2017 à 14:29 :
Ces chiffres ça veut rien dire, la précarité gagne du terrain, car l'économie va mal, il y a se la corruption, 14 ans de Mitterrand pour mettre les fondement d'une société sélective et propulser certain au sommet au détriment d'un socle d'éducation moyenne pour tous, des femmes en régression (deviennent mère trop tôt) un vieillissement de la société, une immigration non contrôlée, des mesures hyperliberale mondialiste qui finit par achever le modèle social de 1944, bon tout ceci était au programme, tout ceci est programmé ce n'est pas du hasard, certains seront sacrifié pour laisser vivre les élites. La vrai précarité pour moi c'est le manque de valeurs de liberté et de dignité comme tous les grands qui ont dirigé ce monde depuis 100 ans, ils le font pities.
a écrit le 20/07/2017 à 11:17 :
le taux de pauvreté est actuellement de 8% en France (OCDE, 11/2016). 8,6 en Suisse, 8,8 en Suède, 9,1 en Allemagne, 10 au UK et NZ, 12,6 au Canada, 12,8 en Australie, 14 en Corée Sud, 16 en Espagne et Japon, 17,5 aux US.
a écrit le 20/07/2017 à 10:41 :
Il y aura bientôt une autre catégorie de pauvres, les petits retraités notamment agriculteurs, commerçants, artisans lorsqu'on voit en axe moment même des agriculteurs qui ne gagnent en activité que quelques 350 euros mensuels et donc les cotisations qui vont avec. Heureusement il y a le minimum vieillesse. Puis ce seront avec des pensions bloquées sur plusieurs années les ouvriers et employés en retraite avec de très faibles pensions aujourd'hui (autour de 1.000 euros mensuels) Enfin l'inégalité sur le territoire fait que 1.000 euros en Ile de France n'ont rien à voir en pouvoir d'achat avec la même somme en Corrèze. Donc la pauvreté augmentera fatalement dans les dix années à venir.
a écrit le 20/07/2017 à 10:25 :
le taux de pauvreté est actuellement de 8% (OCDE, 24/11/2016). 8,6% en Suisse, 8,8% en Suède, 9,1% en Allemagne, 10% au UK ou NZ, 13% en Australie, 14% en Corée Sud, 16% en Espagne ou Japon, 17,5% aux US.
a écrit le 20/07/2017 à 9:31 :
De part vos chiffres nous pouvons donc affirmer que le capitalisme a enrichi la population mais que le néolibéralisme l’appauvrie fortement puisque ce dernier est issu du fameux TINA qui impose la pensée qu'il faut que les riches soit de plus en plus riches que c'est ça qui ferait la richesse d'un pays.

Et on les comprend bien puisque justement depuis la crise de 2008 ils n'ont jamais gagné autant d'argent on est donc pas prêt d'en sortir de ce cercle vicieux.

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