Anne Hidalgo, Paris et les JO, un triple pari peu risqué

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En approuvant finalement une candidature de Paris pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2024, Anne Hidalgo fait le pari de l’ambition parisienne, d'une puissance diplomatique accrue et de fortes retombées économiques. Sans oublier ses propres ambitions... Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a*

Elle s'est laissée convaincre. François Hollande qui manœuvre depuis l'Elysée a obtenu ce qui n'apparaissait pas acquis il y a seulement quelques semaines. La Maire de Paris lance sa ville dans la course à l'organisation des Jeux Olympiques d'été 2024. Vrai virement de bord ou stratégie de négociation habilement menée, Anne Hidalgo engage un triple pari à la fois diplomatique, économique mais aussi politique ! Un triple pari finalement très peu risqué.

Une exposition globale

Les Jeux Olympiques d'été comme la Coupe du Monde de Football proposent d'abord une exposition globale qui, sans faire injure à ceux qui en France voudraient de l'Exposition Universelle dont seuls les italiens du Nord savent qu'elle va se dérouler cette année à Milan, est vraiment universelle.
En ces temps de crises financière et économique, l'Europe peine à s'inscrire dans une dynamique de conquête. Il en va de même sur le terrain des événements sportifs. Asie, Moyen-Orient, Russie, Brésil, ... ce qui apparaissait comme une diversification, un rééquilibrage de la géopolitique du sport, tourne à une forme nouvelle de délocalisation économique. Comme si nous étions collectivement, et la France en tête, devenus incapables de nous imposer.

Un acte d'ambition...

Dans ce contexte, candidater à l'organisation des jeux Olympiques d'été est un acte d'ambition, une volonté de conversation renouvelée avec le reste du Monde et notamment les jeunes générations de l'opinion publique mondialisée. C'est surtout pour des villes comme Paris ou Londres, capitales historiques d'un Monde désormais presqu'ancien, mais aussi pour leurs pays respectifs, un acte de résistance face aux énormes appétits des nouveaux entrants sur le marché des territoires, villes, régions, pays, qui disent : c'est notre tour ! Nous ne devons pas penser comme inéluctable ce glissement vers les géographies émergentes de la cartographie et des agendas des grands événements internationaux sportifs comme la métaphore aboutie de notre hypothétique déclassement économique.

...porteur de puissance diplomatique...

Indéniablement, s'il est bien intégré dans un effort scénarisé, dans la durée, de l'ambition stratégique de la France, de la diplomatie et du branding de notre pays, à la différence de 1998 et de notre Coupe du Monde, acte réussi mais sans précédent réel et encore moins de lendemain, le pari d'Anne Hidalgo est porteur de puissance diplomatique et d'audience globale durable. Le risque du pari diplomatique est réel en cas de défaite. Une victoire et c'est la certitude d'un territoire repositionné au cœur de la nouvelle guerre des territoires.

Cet extraordinaire instrument de diplomatie publique dope l'audimat planétaire de la ville et du pays mais c'est une valeur incroyablement immatérielle et pourtant bien réelle mais complexe à traduire en chiffres immédiats notamment économiques.

... et de retombées économiques

Car c'est aussi un pari économique que de s'engager dans cette course, pour Paris, l'Ile de France et la France dans on ensemble. Les analyses économiques des retours sur investissement olympiques sont rarement positives au final. Tout du moins en matière comptable. Les paramètres de l'équation sont bien trop nombreux pour réaliser une évaluation holistique dans la durée et équitable.
Beaucoup d'investissements publics et donc beaucoup d'activité en amont. Beaucoup d'activité médiatique, publicitaire, commerciale en approche et durant l'événement. Donc encore beaucoup de flux d'argent. Beaucoup de dépenses aussi lors de l'événement lui même du fait d'activités "corporate", touristique ... les Jeux offrent une multitude de points de transactions de toutes natures pour le territoire organisateur et, encore une fois, une audience et une conversation renouvelée ensuite à exploiter dans la durée comme une belle vague à surfer le plus longtemps possible.
En cas de victoire, le risque de ce pari économique est en vérité assez faible. Au delà des arguties comptables, il favorise la projection d'un territoire incontestablement redynamisé et économiquement conquérant.

Un pari politique interne

Pour finir, candidater à l'organisation de Jeux Olympiques d'été est aussi un pari politique interne. C'est peut-être la véritable raison de ce revirement positif côté Anne Hidalgo. Elle prend date avec l'histoire. Une histoire olympique d'abord qui s'est refusée à son prédécesseur, Bertrand Delanoë. Il s'agit d'effacer un traumatisme si puissamment ressenti qu'il tétanise presqu'encore notre volonté et neutralise, on le sent bien, notre confiance.

Anne Hidalgo entrevoit là une matière narrative, celle de la reconquête, de la revanche de Paris et de la France, qui lui permettra d'en finir avec une ombre politique encore encombrante et de véritablement lancer sa mandature par un premier grand dossier international. Rappelons que la défaite n'a pas empêché Bertrand Delanoë d'accomplir un nouveau mandat. Elle l'a seulement privé d'un tremplin national espéré. En cas de succès, c'est Anne Hidalgo qui deviendra, derrière la communauté sportive de notre pays, au cœur d'une campagne française et espérons-le européenne, le leader « manager général » politique de la candidature comme le fut Boris Johnson à Londres. Sa campagne de réélection municipale pour 2020 en serait largement facilitée. Et plus positif encore, les Jeux créent une accélération politique, et c'est un destin national qui s'ouvrirait au lendemain de la décision positive du CIO, sans même attendre les lendemains heureux de la fête olympique. Anne Hidalgo aura 62 ans en 2022 !
Le risque du pari politique est, là encore, très faible et il sera, dès le départ, presque effacé par l'intelligente votation citoyenne qu'Anne Hidalgo se propose d'organiser très en amont auprès des parisiens leur laissant, à eux, le décision du GO d'une candidature officielle. Un triple pari et si peu de risques, Anne Hidalgo et Paris n'avaient pas vraiment le choix. Let's go !

 
 Jean Christophe Gallien
Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne
Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 14/04/2015 à 19:46 :
Toput cela pour satisfaire ses ambitions personnelles, car on sait que les JO sont un gouffre à pognon. J'attends qu'elle nous dise qu'elle engage son argent personnel dans cette affaire !!!
a écrit le 14/04/2015 à 16:16 :
article formidable, qui evacue en meme pas deux ligne le fait que les JO vont couter une fortune aux contribuables qui eux se moquent du prestige qu en retirera Mme Hidalgo.. (surtout ceux qui n habitent meme pas la region parisienne mais qui vont devoir payer quand meme).Autant les JO pourraient se justifier en voyant la pub faite pour le lieu si Paris etait une ville inconnue mais la c est pas vraiment le cas.
LES JO ca coute cher et ca rapporte RIEN
a écrit le 14/04/2015 à 16:11 :
Ces événements ne rapportent rien par contre ça coute énormément.
Qu'on laisse d'autres pays s'endetter pour de pareil niaiserie si ils le veulent. Paris et la France n'a pas acceuillit les JO d'été depuis un sacré moment et nous sommes toujours la première destination touristique du monde, la 1/2eme selon les années zone d'investissements etrangers et privés en europe, nous sommes la 6éme puissance mondial.
On avait promit aussi à la grèce mont et merveilles.
Ce Mr qui a écrit l'article a til des conflits d'intérêts?! Un cousin à lui travaille dans le BTP, l'événementiel?!
a écrit le 14/04/2015 à 15:16 :
Un gouffre financier? Les contribuables paieront pour les lubies megalo de la maire de Paris.
a écrit le 14/04/2015 à 11:35 :
Faillite de la France annoncée.
La Grèce a eu ses Jeux Olympiques alors qu'elle était sur endettée et certains ont annoncés que ce serait la faillite. Elle s'est réalisée.
La France est surendettée (2.040 milliards d'euros dette abyssale) et elle va se précipité dans le mur de la faillite. Et la gauche comme dans toute son histoire aura encore plus ruiné le pays.

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