Après le PS, Macron veut tuer les Républicains  ? Où est Sarkozy  ?

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Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne.
Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne. (Crédits : DR)
Avec Edouard Philippe, le président Macron s'offre un cheval de Troie façon modèle réduit pour une manœuvre habile et très peu coûteuse en monnaie politique. Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, président de j c g a, VP de Zenon7*.

Emmanuel Macron est un vrai stratège politique. Il applique une des règles gagnantes des débats télévisés : poser des questions binaires à son adversaire sur ses points de faiblesse est toujours plus efficace que de répondre -même préparé- à des interpellations. Il avait su gagner son débat face à Marine Le Pen par une question : "Madame Le Pen : l'euro ou le franc?" Et Marine Le Pen se perdit dans les marécages de l'ECU.

Il applique la même technique au temps si particulier de l'entre-deux élections. Avec Edouard Philippe, il s'offre un cheval de Troie façon modèle réduit pour une manœuvre habile et très peu coûteuse en monnaie politique. Via le choix du lieutenant juppéiste, ça n'est pas un signal qu'envoie Emmanuel Macron à la droite, ses élus et ses électeurs! Il leur pose une question binaire, bien dans l'époque du 2.0 : alors, vous venez, vous aussi ? On gagne ensemble, ou on perd tous ? A vous de choisir !

Il va falloir que les "Républicains" répondent. Premier acte : exclure ou pas Edouard Philippe et toutes celles ou ceux qui franchiront la ligne. Et très vite s'inscrire soit dans l'association -la collaboration, diront certains- soit dans la résistance ? Devenir force d'appoint -on n'y gagne que des postes mais pas d'avenir politique collectif- ou entrer en combat législatif pour vivre. Il n'y a pas d'entre-deux. Le Mage Macron jette son sort sur des "Républicains" qu'il sait divisés, revanchards, aigris... une féodalité ensanglantée comme le fut le PS il y a peu.

Le président Macron le sait, il est encore fragile

C'est très au-delà de l'ouverture à la mode Sarkozy. Il frappe par aspiration au cœur de l'autre force politique qu'il veut faire exploser après celle qui lui a donné le premier tour : "Les Républicains" après le PS. C'est réellement un premier acte politique majeur, il s'inscrit bien au cœur de la société politique, pas de la société civile. C'est un acte de combat électoral de court terme -gagner les législatives- et de moyen terme -éliminer définitivement le parti dit de gouvernement encore en survie politique.

Le président Macron le sait, il est encore fragile. Son résultat électoral, bien qu'impressionnant, est fragile car très composite. Son armée même nombreuse est fragile car très mexicaine. Son aura médiatique, quasi mystique, elle aussi est fragile comme toute les modes microcosmiques... Il sait qu'il ne s'imposera durablement à la France et à l'Europe que s'il parvient à gagner les législatives. Il faut pour cela que ses adversaires lui offrent cette nouvelle victoire. Comme ce fut le cas du second tour de la présidentielle.

Où est Nicolas Sarkozy ? C'est désormais sa responsabilité d'intervenir

Après avoir perdu une élection gagnée d'avance, la droite fera-t-elle au président Macron le cadeau d'une élection législative ? Elle laisserait l'opposition se synthétiser au duopole Le Pen-Mélenchon. Autre ambition d'Emmanuel Macron. C'est comme le retour d'un mitterrandisme mais en plus fort : après la morale républicaine, voici l'appel à la nécessaire solidarité parlementaire pour la réussite raisonnable du pays.

En gouvernant avec le président Macron, la droite s'interdirait d'être un recours. En faisant ce choix, elle abdique et dépose les armes au pied du nouveau César. Il ne peut y avoir de stratégie à la Chirac entre 1974 et 1976. Les temps politiques et démocratiques ont changé. C'est ce que semblent vouloir Alain Juppé et d'autres. Qui peut répondre en opposition ? Où est Nicolas Sarkozy ? C'est désormais sa responsabilité d'intervenir.

La famille si divisée saura-t-elle résister à l'appel et ne pas se jeter, aveugle, dans l'open space politique mortifère de la startup Macron. Ce sera le choix des "Républicains", mais une telle fusion n'est pas non plus souhaitable pour notre pays.

Rappelons-nous de cette France des votes blanc et nuls

La démocratie, c'est la chance de la friction interpellative, du débat, voire de l'affrontement dans l'espace électoral et plus largement politique, pas son effacement, encore moins sa négation, même dans un précipité anesthésiant fut-il pragmatique ou raisonnable !

La société réelle de ce pays est fracturée, déjà violente. Il en va de sa stabilité, de sa vitalité -de son avenir prospère et libre-, de confronter les positions, les projets, pas de les chloroformer. Nous n'avons pas besoin de camisole même cool et sexy, encore moins addictive. Ces manœuvres politiquement intelligentes au sens de la prise de contrôle d'un camp par un autre sont d'un autre temps. Rappelons-nous de cette France des votes blanc et nuls, de cette France de l'abstention, de cette France des non inscrits ... ce parti-là va encore grossir.

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(*) Professeur associé à l'Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, directeur général de ZENON7 Public Affairs, président de j c g a, et membre de la Society of European Affairs Professionals (SEAP).

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Commentaires
a écrit le 16/05/2017 à 21:54 :
TOUT SAUF MACRON QUI NE PROTEGERA PAS LES FRANCAIS ET N EST QU UN TRAITRE IMMIGRATIONISTE ET LIBERAL INDIGNE D ELA REPUBLIQUE

TOUT SAUF MACRON FN LR INSOUMIS CONTRE CES AMBITIONS MORTIFERES
Réponse de le 17/05/2017 à 12:20 :
L'alliance était écrite avant même le second tour. Et les LR ne peuvent être surpris. Il y a donc complicité.
a écrit le 16/05/2017 à 17:49 :
Vous êtes dans le vrai : il s'agit de se dissoudre et disparaître ou de résister et de rivaliser. Tout semble indiquer le premier choix.
a écrit le 16/05/2017 à 15:11 :
Oui, Macron est fragile; cette lacune -masquée par une communication très élaborée-, repose la mise en oeuvre d'une stratégie fondée, tout au moins s'appuyant sur une ligne de crête correspondant à la trahison. Si l'on voit assez bien la stratégie en matière économique, il est plus difficile de discerner ce qu'il souhaite et a fortiori ce qu'il peut réussir dans les autres domaines, y compris au niveau européen. Sur le plan de la sécurité, il a eu de belles paroles se voulant équilibrées mais l'analyse est angélique et les mesures envisagées sans doute insuffisantes par rapport à la réalité des menaces. Il est aussi très difficile de lever les ambiguïtés de Macron sur les valeurs sociétales. L'Etat n'est pas une entreprise, les citoyens ne sont pas que des clients, la communication très réussie jusqu'à maintenant pourrait bien montrer ses limites avec les législatives. Et pourtant je suis de ceux qui pensent que la rupture avec la mollesse des 5 années perdues de Hollande est indispensable pour l'avenir à moyen et long terme de la France.
Réponse de le 16/05/2017 à 17:53 :
Le Peuple trouvera les espaces et moyens pour répondre au chloroforme du marketing politique ! Nul doute la dessus mais quand ?
a écrit le 16/05/2017 à 14:08 :
Les partis traditionnels sont en grande difficulté simplement parce qu'ils n'ont plus de socle idéologique cohérent et homogène. LR et l'UDI sont face à une offre politique franchement libérale avec des réformes que beaucoup de gens de droite voulaient mais qu'ils n'ont pas faites : sortie les actions de l'ISF, fin des régimes spéciaux de retraite, exclusion du droit au chômage après deux offres...Alors venir maintenant se poser comme une opposition de droite après avoir passablement édulcoré le programme Fillon et toujours sans proposer le moindre rapprochement avec la droite nationale comme l'a fait NDA, c'est un peu curieux je trouve...
Réponse de le 16/05/2017 à 17:54 :
Et ils n'ont plus de leaders ! Où est Sarko ?
a écrit le 16/05/2017 à 12:07 :
Bien gentil de détruire les anciens partis, mais le programme de Macron n'est pas à la hauteur:
-Les patrons veulent du pognon et des marchés, on leur donne à ronger un os législatif qui risque de réveiller la lutte des classes.
-L'enseignement est catastrophique, on ne va s'occuper que du primaire dans les ZEP, au risque de frustrer la smicarde qui travaille à 1h de chez elles hors ZEP.
-Quand à un gouvernement économique européen, l'Europe n'y est manifestement pas prête.
Si la déception arrive, qui canalisera le mécontentement?
a écrit le 16/05/2017 à 10:34 :
Je pense que le President va etonner plus d'un car il va tout boulverser.les cadres des partis parlent beaucoup et iobservent peu ce qui se passent autour d'eux.
ils ont deja perdus.
Macron gagnent plus de terrain jour apres jour discours apres discours actions apres actions, alors, que les autres se terrrent comme le Pen ou vont des sorties coleriques et hasardeuses comme melechons barroin et autres au meme momemnt certains tenors poussent vers Macron consciement ou inconsciement.
philipot veut sortir et s'emanciper
hamon taubira et les autres aussi donc ca sera le dernier acte.
Attention Macron peut la jouer come poutine et bien s'intaller dans la scene politique francaise d'autant plus qu'on presenti qu'il a bien etudié la faiblesse de l'ensemble de la classe plolitique et va apporter un peu de soulagement aux francais.
vive la france ce magnifique pays que nous aimons.
a écrit le 16/05/2017 à 9:14 :
Simple homme de paille et bon acteur, il ne fait que suivre un programme bien tracé par l'organisation qui l'emploi! Seul et sans tune, vous croyais nous faire croire au miracle!
a écrit le 16/05/2017 à 8:36 :
Sarkozy il a un agenda judiciaire plutôt chargé, il s'est piégé tout seul en pillant la france, dorénavant, règle des dossiers oblige, il n'est plus qu'un fantôme de lui-même car bien trop compromis il sait que s'il n'est pas en prison c'est à cause de la protection oligarchique et parce que certains pourront se servir de lui.

En oligarchie plus les gens sont compromis et plus ils sont facilement manipulables. C'est l'empire des faibles.
Réponse de le 16/05/2017 à 17:50 :
Le peuple va devoir trouver d'autres espaces. C'est triste mais il ne restera pas d'autre choix.
Réponse de le 17/05/2017 à 17:30 :
Des choix il y en a toujours il suffit juste de les vouloir.

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