Banquier central : extinction de l'espèce

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OPINION. Les banquiers centraux sont-ils une espèce en voix de disparition ? Sont-ils encore indépendants des gouvernements ? Par Michel Santi, économiste(*).

«Bien-sûr que notre banque centrale est indépendante», vient de déclarer en substance le Président turc Recep Tayyip Erdogan, juste avant de limoger par décret présidentiel (le 7 juillet) le patron de la banque centrale turque Murat Cetinkaya en affirmant qu'»une banque centrale ne peut ignorer les signaux envoyés par le Président». C'était au siècle dernier et en une autre époque - en fait il y a 22 ans - que Gordon Brown, Chancelier de l'Echiquier britannique, devait prendre la décision surprise d'accorder à la Banque d'Angleterre une liberté d'action totale dans la définition de la politique monétaire de la nation. La fixation des taux d'intérêt et des objectifs inflationnistes est en effet une chose bien trop sérieuse pour la laisser du ressort de politiques ayant eu jusque-là l'habitude de manipuler ces instruments au gré des élections. Car il n'y a évidemment pas qu'en Turquie et qu'au sein de régimes hybrides alliant démocratie, pouvoir personnel, voire dictature, que l'exécutif se mêle de politique monétaire.

Ne voilà-t-il pas qu'après s'être inlassablement répandu contre Barack Obama taxé de maintenir les taux US artificiellement bas, son successeur Donald Trump n'a de cesse d'intervenir et de stigmatiser sa propre banque centrale et son Président Jerome Powell accusés de saper l'économie à cause de la remontée progressive des taux américains. Powell doit donc subir le feu nourri - et les tweets colériques - d'un Président US foulant littéralement aux pieds l'indépendance de la prestigieuse Réserve fédérale. Tous les banquiers centraux ne s'appellent hélas pas Mario Draghi qui a tenu comme un roc, et des années durant, face à des allemands et à des hollandais déchaînés et vindicatifs à l'encontre de sa courageuse et efficace politique ayant incontestablement sauvé l'euro. Car ce n'est pas celle qui lui succédera à ce poste qui prendra le moindre risque susceptible de ternir son image consensuelle et de papier glacé.

Comme l'écrivait il y a quelques jours le Financial Times, le "whatever it takes" (de Draghi) ayant calmé la tempête européenne deviendra, avec Christine Lagarde, simplement le «whatever», en d'autres termes du n'importe quoi ! N'ayant jamais pris aucune position à l'occasion des débats économiques ayant divisé le Nord et le Sud de l'Europe lors de la crise des dettes souveraines européennes, n'ayant montré strictement aucune inclination pour les décisions de politique monétaire adoptées par la banque centrale respectivement sous Trichet puis sous Draghi, Christine Lagarde est pourtant un choix excellent ... si la volonté des dirigeants européens est bien de transformer la BCE en une assemblée délibérative, voire en une chambre d'enregistrement, de leurs décisions et en une caisse de résonance de leurs angoisses. La nomination de Lagarde est donc une décision éminemment et purement politique prise par les gouvernements français et allemands soucieux de faire rentrer leur banque centrale dans le rang. Elle est aussi un signal qui sera interprété sans équivoque par les marchés, car la BCE perdra - à mesure des conférences de presse et des actions (ou de l'inaction) de Lagarde - cette précieuse crédibilité qui reste un ingrédient fondamental.

En choisissant une «rock star» à la tête d'une des plus puissantes banques centrales de la planète, les leaders européens ont ainsi décrété qu'ils n'avaient pas besoin d'un banquier central pour diriger une banque centrale. Notre monde n'a donc pas évolué depuis Karl Polanyi (1886-1964) qui décrivait l'inéluctable coloration politique du métier de banquier central.


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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.




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Commentaires
a écrit le 11/07/2019 à 19:22 :
C Lagarde est à la Direction d'une banque centrale ce qu'est une endive à la conduite d'un paquebot.
a écrit le 09/07/2019 à 9:30 :
Ben disons que nous voyons bien que seulement guidés par nos méga riches ils appliquent une politique monétaire seulement favorable aux mégas riches au détriment de l'économie réelle. Étant donné qu'il faut de suite arrêter l'hypocrisie d'affirmer que des gens à des postes aussi importants pour la finance et donc l'oligarchie internationale seraient indépendants.

Il faudrait qu'ils soient indépendants mais vu qu'ils ne sont et ne le seront jamais il vaut mieux qu'ils soient guidés par des responsables éclairés.
a écrit le 08/07/2019 à 18:35 :
y a plus d'independance depuis 10 ans, effectivement
je suis curieux de voir le resultat des QE sur le bilan des banques centrales, quand la bourse va plonger ( y a til des actions) et si les taux remontent ( ah ben non, elles sont juges et parties, via le repo, mais si ca bloque, ca montera quand meme sur l'interbancaire, et ' taux directeur' ca voudra plus rien dire)
dans un cadre de fine tuning, je pense que le pb est plus une insuffisance de demande qu'autre chose; mais la faut rentrer dans le detail, et le pb c'est qu'on ne peut ni distribuer de l'argent gratuit a des gens pas qualifies, ni laisser les etats creuser des trous pour les reboucher ( comme le suggere krugman - bon, je sais pas comment il a eu son nobel prize celui la)
quand la bulle va peter ca va faire mal
on aura peut etre une bonne guerre, ca resoudra les pbs de dettes, des retraites, de secu, et de surpopulation
a écrit le 08/07/2019 à 16:42 :
C'est le temps du grand guignol dans une BCE multinationale, tout le monde veut tirer sur le bon fil de la marionnette! Une banque ne se doit pas d'être indépendante mais agir avec prévision!

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