Brexit : l'insoutenable légèreté des élites

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L'ancrage local est fondamental et reste vivace pour l'écrasante majorité de nos concitoyens. Par Michel Santi, économiste

Qui avait prévu ou anticipé un tel résultat à ce référendum britannique ? Certes, bien de l'encre a été utilisée ces dernières semaines pour avertir des conséquences, et mettre en garde vis-à-vis des réactions de citoyens lassés des technocrates imbus de leurs pouvoirs et des politiciens accrochés aux leurs. Voyez-vous: le statut quo finissait toujours par l'emporter. En effet, après force vociférations et manifestations, les votants finissaient toujours pas rentrer dans le rang, évitant ainsi le saut dans l'inconnu. Les sondages ne prévoyaient-ils pas une victoire relativement confortable du «Remain» ?

 L'intégration européenne, pour de mauvaises raisons

Pourtant, la majorité des citoyens britanniques a bel et bien décidé de flirter avec le danger, très vraisemblablement suivis en cela par d'autres peuples membres de l'Union. Quoi de plus compréhensible du reste? En effet, l'intégration européenne n'a jamais été motivée par des raisons et par une énergie positives. Elle n'a été mise en place -et n'a progressé- que sous la menace d'un continent qui renouerait avec ses vieux démons en l'absence d'intégration supplémentaire et à marche forcée. Depuis Robert Schuman, depuis 1950, l'Europe s'était bornée à être une machine à intégrer, plutôt qu'une conscience qui permette de poser les bonnes questions. Aujourd'hui, ceci ne suffit plus, et les arguments brandis par les technocrates, par les politiques, par l'intelligentsia, par les citadins, par les diplômés et par les bourgeois se retournent contre eux.

 L'Europe reste un continent, et pas du tout une identité

Aujourd'hui, il n'est plus possible de menacer les votants d'un cataclysme s'ils ne se conforment pas aux directives du «mainstream», car -et contrairement à leurs accusations- c'est bien les tenants de la lignée européenne et du maintien de la Grande Bretagne qui ont fait une campagne de la peur, et qui ont invoqué sa sortie de l'Union en termes apocalyptiques. Aujourd'hui, ça ne marche plus car -en dépit et probablement à cause de 50 ans de technocratie-, l'Europe reste un continent, et pas du tout une identité. L'Europe et ses dirigeants se sont donc fourvoyés en s'obstinant à ériger un Etat au mépris et à la barbe de la nation.

 Nous les intellectuels, nous les nomades globaux, avons oublié que nous ne représentons qu'une minorité dotée d'une identité transnationale. A force de voyager, de communiquer à l'international par messagerie électronique interposée, à force de déménager, de vivre et de travailler dans des continents différents, nous avons fini par oublier que l'ancrage local est fondamental et reste vivace pour l'écrasante majorité de nos concitoyens. La quasi-totalité d'entre nous était donc structurellement dans l'incapacité de prédire -et même d'envisager- cet événement considérable et historique que représente la sortie britannique, car nos modes de penser et de percevoir le monde ont littéralement escamoté toute dimension populiste, et même simplement populaire. Nous, les élites, avons donc négligé la nation qui nous revient en boomerang dans les dents à la faveur de ce vote britannique.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 24/08/2016 à 18:35 :
La cause, c'est le libre-échangisme, comme le disait Maurice Allais en 2005 :
"Les faits,tout comme la théorie, permettent d'affirmer que si la politique généralisée de libre-échange mondialiste de l'Organisation de Bruxelles est poursuivie, elle ne pourra qu'échouer et nous mener au désastre. Il est dérisoire de ne remédier qu'aux effets. C'est aux causes qu'il faut s'attaquer. La crise d'aujourd'hui, c'est avant tout une crise de l'intelligence."
Le libre-échangisme ne pose pas de problèmes entre des pays de niveau de vie et réglementations comparables. ( Il y a donc un problème déjà en Europe! )
Quand il y a un grand écart, il y a deux solutions:
1) on en profite pour exploiter la misère, mais c'est au détriment de ses propres concitoyens à qui on oppose une concurrence inégale et injuste. D'un coté profit, de l'autre chômage et précarité.
2) on aide les pays pauvres à s'équiper en routes,ponts,hôpitaux et usines par des plans Marshall . Dans ce cas ce sont les plus fortunés qui font des efforts, personne n'en souffre et l'économie prospère. On demande à ces pays pauvres des matières premières en échange sans les exploiter.
Invoquer la solidarité pour les exploiter comme le faisait en 1972 Jean Boissonnat et comme le font encore les socialistes comme Delors et Lamy, ce dernier approuvé par Hollande récemment , relève au minimum d'un abus de langage et d'un manque d'intelligence ( voir Maurice Allais ) au pire d'une escroquerie morale. A la rigueur d'un sentiment de supériorité totalement injustifié!
Cela l'est d'autant plus de la part de fonctionnaires bien payés, avec une progression à l'ancienneté, (comme si on avait peur qu'ils s'en aillent, comme en 1945! ) dont les retraites sont calculées sur les 6 derniers mois au lieu des 25 dernières années pour le privé, système qu'on n'envisage pas de changer, salaires et avantages supportés par les impôts de leurs concitoyens, impôts obérant en plus la compétitivité des entreprises !
a écrit le 01/07/2016 à 10:47 :
Bien sur !
Asselineau dans ses conférences youtube explique cela depuis longtemps: pourquoi 28 pays divergents ne peuvent se mettre d'accord, pourquoi l'UE et l'euro nous appauvrit, pourquoi l'UE n'est pas une démocratie, etc... beaucoup d'infos nouvelles, parfois choquantes, systématiquemnt sourcées.
a écrit le 29/06/2016 à 17:05 :
Au fond, Michel Santi dit ici que l'économie "pure" - désincarnée - est une illusion qui, un jour ou l'autre, peut s'effondrer quand elle oublie complètement la permanence des pays et des peuples. Malheureusement, ils sont peu nombreux, les penseurs qui essaient de le rappeler.
a écrit le 29/06/2016 à 13:29 :
Plus d'Europe pour contrer les véhélités de sorties de l'Europe des peuples.

Malheur à nous, le peuple !!!
Réponse de le 30/06/2016 à 10:01 :
vélléité !
a écrit le 29/06/2016 à 12:18 :
Pour une fois je suis en total désaccord avec M. Gaudin, quand il écrit :" L'Europe et ses dirigeants se sont donc fourvoyés en s'obstinant à ériger un Etat ". Ils n'ont justement pas cherché à édifier un Etat mais l'ont supplanté par un appareil incompréhensible et opaque, et surtout très peu démocratique. Une zone ouverte ne peut fonctionner que si les lois sont les mêmes partout, donc avec un pouvoir législatif et éxécutif unique. Et le retour aux Nations va dans le sens conntraire.

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