Chantal Thomas : « La nuance agrandit le paysage de nos jours »
Chantal Thomas
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Chantal Thomas, romancière et académicienne française
LTD/Philippe Matsas/Leextra via opale.photo
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J'ai depuis toujours le goût de la nuance. Il relève, peut-être, à l'origine, des mille nuances de bleu du ciel et de la mer caractéristiques des rivages de l'Atlantique, et plus précisément du bassin d'Arcachon où j'ai grandi. J'aimais les degrés de bleu-gris, gris-bleu, bleu-vert, une sorte d'indécision entre la pluie, le soleil, la brume, ces tons que le peintre anglais Whistler explore avec tant de talent dans ses tableaux. Et il y avait aussi les perpétuels changements de couleur et de texture du sable, selon les marées, la lumière. La saisie visuelle de la nuance, les plaisirs esthétiques et sensuels qu'elle nous communique impliquent la possibilité d'un temps de contemplation, qu'interdit le voyage en TGV, dont la vitesse empêche tout surgissement d'une image prégnante. Et ce qui, paradoxalement, n'est pas le cas avec les voyages en avion, où le ciel se donne à voir d'une manière exceptionnelle. Mais dans un vol, comme on sait, l'accès aux hublots est en nombre limité, et, surtout, pour l'ensemble des gens l'attrait des écrans abolit celui de l'étude du ciel, des lueurs du couchant et des jeux de nuages.
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