Chine : l'aveuglement face à la poudrière économique

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'aveuglement face à la poudrière économique en Chine

Méfions-nous du mot transition pour la Chine, c'est un mot utilisé pour ne pas se faire peur alors qu'il n'y a pas, historiquement, de transition sans chaos. Le premier chiffre qui interpelle est celui de la chute des réserves de changes : avec un peu moins de 3 200 milliards de dollars en caisse la Chine peut voir venir, mais le coup est rude 20% des réserves se sont envolées en à peine deux ans c'est l'équivalent de près de 800 milliards de dollars. Et si les réserves fondent aujourd'hui, c'est parce que les investisseurs chinois se ruent sur les actifs étrangers.

Ce faisant, l'Empire du Milieu se développe à l'international, renforce ses réseaux de distribution et d'acheminement (ports, réseaux ferrés notamment), sécurise ses approvisionnements en matières premières, acquière des savoir-faire et des technologies, certes, mais il tourne le dos aussi à la stratégie d'investissement dans la Chine intérieure dont il a pourtant besoin pour assoir son potentiel de croissance sur une base solide. Mais il y autre chose plus inquiétante.

Pour acheter des actifs étrangers, encore faut-il disposer d'une monnaie forte

Or la monnaie chinoise s'est dépréciée de façon quasi continue depuis janvier 2014, sous l'effet des sorties de capitaux et pour éviter un décrochage encore plus brutal la Banque centrale est intervenue en vendant massivement des dollars. Mais à ce jeu-là, les réserves vont vite s'épuiser d'autant que la Fed, même si c'est avec prudence, s'est engagée dans une politique de durcissement monétaire. Et si le stock de réserve se vide les autorités chinoises ne pourront pas jouer leur rôle de prêteur en dernier ressort pour l'ensemble du système bancaire. Or le menace se précise avec la dégradation de la qualité des actifs bancaires. À fin mars, les créances douteuses représentaient officiellement 190 milliards d'euros, soit 1,75% du total des encours de crédit bancaires.

Même si cela fait 18 trimestres que ce chiffre est en hausse il semble très raisonnable et inférieur à la moyenne internationale. Sauf que nombre d'analystes du secteur bancaire pensent qu'il est sous-estimé : en ajoutant les prêts impayés depuis 90 jours, les prêts non performants baptisés « evergreen » et en intégrant le shadow banking.

Le niveau monte et sacrément

Dans une étude publiée par le broker CLSA, les créances douteuses pourraient représenter de 15 à 19% des prêts. Le FMI ne dit pas autre chose avec près de 15% des prêts chinois s'apparentant à des créances douteuses. On change donc d'orbite, on parle là d'une ardoise comprise entre 1.600 et 2.000 milliards d'euros, soit environ le PIB de la France Bien entendu, d'après la Commission de supervision bancaire de Chine, les risques sont contrôlables.

Mais ce scénario rappelle étrangement les dénégations lénifiantes d'Alan Greenspan affirmant, juste avant la crise de 2008, que le système financier américain était le plus solide et le plus résilient qu'on ait pu concevoir ! Et si il y a créances douteuses, c'est parce que le crédit et l'endettement ont explosé après 2008 : avant la crise l'endettement total du pays représentait 158% du PIB. 7 ans après c'est 283%. Certes, la Chine ne se démarque pas fondamentalement d'autres grandes économies, les mêmes calculs montre un taux d'endettement total de 269% pour les États-Unis où de 286% pour la Corée du Sud, mais ce qui interpelle c'est la rapidité du mouvement et sa concentration sur les entreprises : la dette a quasiment été multipliée par 4 en 7 ans.

La chine est a sont point critique

Autrement dit, la Chine s'endette beaucoup plus vite qu'elle ne s'enrichit et il a fallu sur la période 4 unités de dette pour générer 1 unité de PIB. Ce sont, on l'a dit, les entreprises et principalement les entreprises publiques locales dont l'endettement explose. C'est un héritage du plan de soutien de 600 milliards de dollars du président Hu Jintao après le choc Lehman& Brother et ses conséquences sur l'économie mondiale. Des entreprises zombies, maintenues à bouts de bras pour empêcher des défaillances en chaine et un jeu de dominos dévastateur. Mais ce n'est pas tenable et la Chine est à son point crique. Nul ne peut prévoir le moment ou quel élément mettra le feu aux poudres, mais il est clair que la Chine est une poudrière.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 09/08/2016 à 11:02 :
Il y a pas mal de fautes grossières ce serait bon qu'un humain relise cet article.

En effet la Chine est une poudrière, le milieu de la finance cache le plus possible la chute de la consommation mondiale due à l'acharnement du néolibéralisme sur le "coût du travail" afin de faire toujours plus de marge bénéficiaire, il est évident du coup que l'usine du monde prenne de plein fouet ce ralentissement mondial de la consommation.

La force principale de la Chine étant, normalement, de planifier à moyen ou long terme son économie on peut supposer qu'ils ont anticipé ce mouvement même si apriori ils ne pensaient pas que cela arriverait si tôt, prisonniers eux aussi de la pensée unique néolibérale qui gère notre monde.

Nous vivons une époque particulièrement trouble dans lequel jamais si peu de gens ne possèdent autant de capitaux, est-ce un hasard ?
a écrit le 09/08/2016 à 10:21 :
"La chine est a sont point critique" à son point
a écrit le 09/08/2016 à 9:48 :
acquiert

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