Comment les objets connectés bouleversent l'assurance

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(Crédits : DR)
Que ce soit en matière d'automobile ou de santé, l'assurance connectée va bouleverser un modèle traditionnel. Par Georges Anidjar, Directeur général, Europe de l'Ouest, Pegasystems

À en croire les films de science-fiction des années 1960 ou 1970, l'homme des années 2010 était condamné à lutter pour sa survie contre une technologie aussi invasive que menaçante. Bon nombre de récits du genre nous prédisaient ainsi un futur glaçant dans lequel la race humaine menait une guerre sans merci à des hordes de robots ultra perfectionnés prêts à tout pour asservir ou annihiler totalement l'humanité. Tout bien considéré, il est somme toute rassurant d'observer aujourd'hui que c'est plutôt l'inverse qui s'est produit. En effet la technologie, à commencer par les nouveaux appareils connectés et le fameux Internet des Objets (IoT), nous aide plus que jamais à gérer au mieux les risques de notre vie quotidienne, mais aussi à prospérer.

Le modèle traditionnel aux oubliettes?

Montres connectées, smartphones et capteurs fitness renforcent, certes, notre dépendance à l'égard des données, mais obligent aussi les métiers les plus classiques à se réinventer totalement. L'exemple des compagnies d'assurance montre bien comment un secteur entier a été contraint à s'adapter rapidement à l'émergence d'une nouvelle vague technologique. La pratique veut que les primes d'assurances répondent à un principe extrêmement simple, qui prévaut depuis plus de trois siècles et demi : les cotisations versées par le plus grand nombre servent à financer l'indemnisation de la minorité qui se trouve sinistrée. Or, la nature même du monde connecté d'aujourd'hui risque fort de reléguer ce modèle aux oubliettes pour tendre vers une approche plus flexible, à la faveur de la connectivité accrue que permettent ces nouvelles technologies.

Une "tarification dynamique"

Les assureurs n'ont pas tardé à le réaliser, la capacité à faire le lien entre des données et des clients et à exploiter ces informations pour appréhender, interpréter, sinon prédire leur comportement, est bien partie pour révolutionner leur métier dans la quasi-totalité de ses aspects. Grâce à ces technologies, l'assureur peut collecter des données plus pertinentes et plus ciblées sur ses clients et s'appuyer sur cette référence pour calculer les primes, mais aussi trouver de nouveaux leviers pour apporter une valeur ajoutée à ses assurés. Une approche connue sous le nom de « tarification dynamique », dans le cadre de laquelle les terminaux connectés, intégrés et portatifs sont mis à profit, grâce à l'IoT, pour définir à la fois les primes et les niveaux de couverture fournis au titre de la police souscrite, à la minute près ou quasiment. Si les outils sont prêts, reste toutefois à savoir si les professionnels du secteur des assurances sont aujourd'hui disposés à entrer dans ce nouveau cadre technologique.

La plupart des autos connectées, rapidement

À dire vrai, la plupart d'entre eux ont déjà pris conscience qu'ils n'avaient d'autre choix que d'accueillir ces évolutions à bras ouverts. En d'autres termes, la tarification dynamique et l'IoT ont provoqué un tremblement de terre dans un univers qui n'avait pas évolué depuis très longtemps, si bien que beaucoup ont déjà réalisé que s'ils n'exploitaient pas efficacement les données dont ils disposent, d'autres le feraient à leur place.

Partant de ce postulat, nul ne s'étonnera que l'enquête menée dernièrement dans 56 pays par Pegasystems, Cognizant et Marketforce auprès de 500 cadres dirigeants du secteur des services financiers et des assurances révèle chez ces derniers une forte appétence à recourir à la tarification dynamique pour leurs clients. À la lecture de l'étude, on apprend notamment que bon nombre de professionnels prévoient une démocratisation très rapide de ce modèle sur le segment de l'assurance automobile.

Ainsi, 32 % d'entre eux s'accordent à penser que la majorité des polices d'assurance feront l'objet d'ici deux ans d'une tarification dynamique grâce aux données issues des objets connectés, tandis que 78 % estiment qu'il faudra attendre cinq ans pour que ce phénomène se vérifie.

L'assurance maladie concernée aussi

L'assurance maladie devrait suivre la même trajectoire à intervalle rapprochée, puisque 16 % des acteurs du secteur s'attendent à ce que les tarifs ajustés sur la base des données transmises par des objets connectés deviennent la norme d'ici deux ans, et 52 % d'ici 2021. Il en va de même sur le segment de l'assurance habitation, où 51 % des sondés envisagent une telle évolution dans les cinq prochaines années. Gageons qu'une fois que les polices destinées aux particuliers auront évolué en ce sens, celles conçues pour les professionnels leur emboîteront le pas.

À l'évidence, de plus en plus d'assureurs voient le levier technologique comme un moyen de se rapprocher de leurs clients, c'est-à-dire de mieux cerner, analyser et anticiper leurs attentes. Pour tirer le meilleur parti de ces données clients, les professionnels doivent toutefois prendre en considération leur potentiel intrinsèque. En d'autres termes, si ces informations peuvent servir de benchmark pour l'établissement de grilles tarifaires reflétant le profil de risque du client, elles doivent surtout permettre d'apporter à celui-ci un service à forte valeur ajoutée.

Imaginons un instant que des lentilles de contact soient capables de mesurer en continu la glycémie de sujets diabétiques et de transmettre en temps réel à l'assureur des données sur l'état de santé général de l'assuré. Au-delà de l'utilité d'un tel outil pour des compagnies d'assurance qui seraient alors en mesure d'évaluer plus finement les risques et de définir leurs tarifs en conséquence, ce service profiterait au consommateur, qui apprécierait sans aucun doute d'être alerté dans les plus brefs délais s'il a besoin d'insuline ou s'il est en état d'hyperglycémie, à plus forte raison si cette technologie connectée lui a été fournie par son assureur. De même, bon nombre d'individus seraient certainement ravis que leur compagnie d'assurance leur envoie une alerte si leur maison risquait soudainement de prendre feu ou d'être inondée, ou si une des machines d'une usine manipulant des produits toxiques était mal entretenue ou en surchauffe.

Un modèle de gestion du risque

Partant du principe que les objets connectés et l'IoT incarnent un progrès qui bénéficie tant aux assureurs qu'aux assurés, les professionnels qui veulent tirer leur épingle du jeu se doivent d'apporter cette valeur ajoutée dans le cadre d'une offre de services orientée IoT. Aussi l'assureur va-t-il être progressivement amené à « vendre à ses clients de la sérénité », à l'heure où s'opère une transition d'un système où le risque est atténué par l'indemnisation des sinistres vers un modèle de gestion du risque qui permet de prévenir ces sinistres, de souscrire une police sur mesure juste avant leur survenance et d'adapter les primes et les modèles de tarification de façon dynamique.

L'IoT permet à la personnalisation de franchir un cap pour aller jusqu'à l'échelle de l'individu, actant ainsi la disparition imminente de la police d'assurance standard, supposée convenir à tous. En capitalisant sur la technologie pour proposer des produits sur mesure et concevoir une offre adaptée aux besoins de chacun, les assureurs pourront optimiser leur gestion du risque et ainsi gagner en rentabilité. S'il est clair que la technologie est encore loin d'exercer sur nos vies l'impact que lui prédisaient les séries B des années 1960, il n'en est pas moins vrai qu'elle commence à jouer un rôle décisif dans la façon dont nous, consommateurs, l'utilisons au quotidien, mais aussi dont les assureurs et les assurés peuvent en tirer parti.

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