Démission de Nicolas Hulot  : quelles leçons en tirer en termes de management  ?

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Nicolas Hulot, le jour de la passation de pouvoir avec son successeur, François de Rugy.
Nicolas Hulot, le jour de la passation de pouvoir avec son successeur, François de Rugy. (Crédits : Reuters)
La démission du ministre de la Transition écologique et solidaire a donné lieu à de nombreuses analyses politiques sur l'avenir de la politique environnementale du gouvernement. Si l'on se place du point de vue "managérial", cette crise questionne aussi sur la façon dont pense le "manager". Par Arnaud Hautesserres, Directeur Associé, Meltis.

Alors que la démission du ministre de la Transition écologique et solidaire en cette rentrée 2018 retentit encore dans les médias comme le fait politique majeur qu'elle constitue, elle relève d'un cas managérial presque « banal », d'une situation de crise assez classique au sein d'une équipe. Au-delà de la fonction, au-delà des enjeux, le cas Nicolas Hulot est révélateur du souhait de cohérence et de la quête profonde de sens qui animent de plus en plus d'individus dans la conduite de leur vie professionnelle.

Partir à contrecœur...

Figure marquante du paysage médiatique et politique, Nicolas Hulot est apparu ému à l'annonce de sa démission sur France Inter. Pratique peu commune dans le paysage politique français, cette démission quasi « spontanée » nous a montré un collaborateur au bout de son engagement envers son organisation, mais pas au bout de son engagement pour la cause qu'il défend. Ému donc, car ses certitudes quant à l'action qu'il entendait mener apparaissent si fortes qu'elles le poussent à démissionner et à quitter cet emploi qui représentait pour lui l'espoir de voir ses convictions se réaliser, ou tout du moins progresser.

S'il n'est pas un collaborateur tout à fait comme les autres, l'exemple de Nicolas Hulot est intéressant en tant que démonstration publique du fait que l'on peut quitter une organisation à contrecœur. Ce départ, il l'a annoncé en ayant conscience qu'il pouvait porter préjudice (en termes d'image) à son manager, son équipe, voire son organisation... Décision d'autant plus tonitruante et dévastatrice qu'elle vient d'un collaborateur très courtisé, d'un talent particulier dont l'embauche se voulait porteuse d'un message ! Elle vient en effet remettre en cause les discours tenus et la crédibilité de l'organisation, elle est révélatrice d'un manque de cohérence (ou a minima d'un alignement perfectible) entre la communication et les actes, les comportements, les décisions. En effet, de manière générale, une incohérence ou un manque d'alignement entre une ambition, des valeurs, des principes managériaux, des objectifs, des plans d'actions vont à terme nuire fortement à l'organisation et décourager, voire même démotiver ou désengager, les collaborateurs les plus convaincus ou les plus investis.

... car la motivation ne suffit plus

Quand la promesse initiale, l'idée que l'on pouvait s'en faire, que l'on nous a laissé entrevoir, est trop éloignée de ce que l'individu souhaite réaliser ; quand les priorités managériales et organisationnelles ne permettent pas d'allouer les ressources, moyens, conditions d'autonomie ou de latitudes décisionnelles jugées nécessaires ; quand il n'est même plus question de compétences ou d'entente hiérarchique mais d'une véritable incompatibilité d'objectifs... on peut alors aimer ou accorder de la valeur et du sens à son travail ET le quitter parce que le désaccord avec sa hiérarchie est trop profond.

Le cas Nicolas Hulot démontre avant tout un besoin de cohérence entre identité professionnelle et identité personnelle. Si tout un chacun se sent responsable et autonome dans la construction de la seconde, la première est, qu'on le veuille ou non, liée en partie à l'identité de son organisation, et donc des choix, des décisions, des modes de fonctionnement de celle-ci. On se retrouve donc associé et identifié à l'organisation, on devient « un membre du gouvernement ». Et l'on voit bien ici qu'à moyen ou long terme, un trop grand écart entre les deux n'est pas tenable. L'élastique se tend, jusqu'au moment où il lâche.

Cette crise gouvernementale met alors en lumière plus que des difficultés temporaires ou structurelles qui peuvent intervenir dans n'importe quelle organisation. Elle nous montre avant tout, que parfois, la volonté et la motivation ne suffisent pas à retenir un collaborateur, qu'il peut aussi (surtout ?) être question de comptabilité entre des idées et des actes, entre des promesses et des décisions. Revient alors au manager de veiller à cette cohérence, à cet alignement entre la raison d'être et les valeurs de l'organisation et les aspirations des collaborateurs.

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Commentaires
a écrit le 11/09/2018 à 10:19 :
Le premier mot qui me vient est "dommage".
Gâchis ? puisque on peut concéder à Nicolas Hulot qu’il est sincère, de bonne volonté et qu’il œuvre pour le bien commun.
Manque de clairvoyance ? Comment peut-on en arriver à ne pas préserver et valoriser de telles personnes. C’est la question que tout le monde se pose en ce moment.
Faire valoir ? Certains journalistes politiques parlaient maladroitement de « prise de guerre ». Or de ce qu’il semble, lui comme d’autres avaient rejoint ce mouvement car il y avait la promesse d’une voie raisonnable, du milieu, apolitique et basée sur une forme (peut être illusoire) de respect d’équilibres, tout en menant des réformes. Celle de l’environnement et de la transition écologique, faisaient partie des priorités.
Plus généralement, le pire serait de se rendre compte que l’hétéroclite et le pluralisme n’ont plus droit au chapitre dans ce gouvernement. Dans ce cas on ne serait plus dans la transition, mais dans la régression et le classique conservatisme. Quand à savoir si nos gouvernants ont des principes, des états d’âmes et une cohérence ? on peut l’espérer, sinon on devrait rapidement être englués dans les seules décisions de circonstance, opportunistes et conservatrices par nature, donc stériles pour l’avenir du pays.
Politiquement, serait-ce un dommage collatéral ? on le verra par la suite, aux avancées concrètes obtenues par le nouveau ministre. Ce serait une forme « d’hommage collatéral » qu’il réussisse.
Réponse de le 11/09/2018 à 18:52 :
D'ailleurs le sujet relève biens plus de l’éthique, de la philosophie et de l'humanisme, que du management.
On peut aussi montrer que ce n’est pas une interrogation nouvelle, que de savoir s’il faut ou pas participer à un pouvoir et comment gérer la chose. Déjà du temps de Platon - citation 123341: "Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités…. " et surtout dans la version plus actualisée, quelques siècles plus tard, Thomas More - l’Utopie , on y trouve déjà quelques désillusions : "jamais les rois ne suivraient les conseils des philosophes, s’ils ne l’étaient pas eux-mêmes".

Il faut vraiment lire ou relire l’Utopie, cela date du 16 e siècle mais on y traite déjà d’interrogations et de problèmes auxquels nous sommes malheureusement toujours confrontés.
a écrit le 11/09/2018 à 9:15 :
Encore un excellent choix de photo sur laquelle on voit bien que notre ancien ministre de l'écologie souffre de sinusite du fait de la pollution ! :-)

Ah pitoyables personnages du Spectacle et le pire c'est qu'à la différence des politiciens, eux ils doivent y croire encore ! Incapables de voir leurs propres compromissions tacites avec ce système.

Cela reste touchant même si foncièrement ridicule.
a écrit le 10/09/2018 à 21:09 :
Le départ de Hulot m'a rappelé ce jeu de capture du monde , duel sur écran transparent entre James Bond et un méchant , le perdant recevant une forte décharge électrique a travers les poignées d'interface.
Tout comme le méchant, Hulot retire les mains avant de se faire électrocuter car il a compris qu'il perdait au jeu de l'écologie appliquée ! Il ne suffit pas d'avoir de belles et généreuses idées, il faut les faire comprendre mais surtout appliquer dans un monde non peuplé de bisounours mais de responsables qui affrontent une concurrence mondiale. La France ne peut agir seule qu'à la marge et les grands mouvements nécessitent au moins un appui européen. Ce job réclame plus un profil de bagarreur réaliste jouant en équipe que d'intellectuel enhardi la jouant solo et ne faisant pas le poids face aux contraintes economico-politiques de ceux qui l'ont lâché.
Ce challenge n'était clairement pas dans les moyens ( personnels et mis à disposition ) de Hulot ( ni de ses prédécesseurs ).
Très bel de gestion inefficace en milieu hostile donc de mauvais casting !
a écrit le 10/09/2018 à 17:36 :
L'employeur s'en est bien tiré, puisque le mauvais Manager, en charge de plus de 50 000 personnes et d'un budget pharaonique, déclarait lui-même son incapacité à remplir ses objectifs. NH ne manquera à aucun contribuable.. D'ailleurs, je ne comprends pas sa larme, ayant lui-même pris la décision de retourner à ses affaires, que je veux bien croire ayant souffert de son escapade en tant que Ministre.. Une erreur pour tout le monde donc.
a écrit le 10/09/2018 à 16:23 :
( 2, décidément l'appli est erratique..), donc:
Du jargon de consultant pour boîte privée ( rassurons nous , ils ne sont guère meilleurs pour le public ).J'ai réécouté le long interview de NH sur France Inter ; ce "candidat " avait indéniablement tout pour plaire à ses employeurs, les incertains EH et EM : expertise dans les sujets à traiter, vue globale des problèmes et des enjeux, convictions affichées, énergie évidente, clarté dans la communication; peut-être après coup une émotivité sous-jacente qui aurait dû attirer l'attention, mais enfin nul n'est
parfait, et selon les critères de tout bon consultant le candidat était prêt pour le job. Le problème était que les employeurs ne l'étaient pas ,eux ,prêts pour ce type de candidats, trop occupés à entretenir les incertitudes propres au métier de politicien.Le misfit était dès lors inévitable, soigneusement camouflé il n'a duré qu'un temps, la séparation était obligatoire.
a écrit le 10/09/2018 à 16:04 :
Du jargon de consultant pour boîte privée ( ils ne sont pas meilleurs dans le public ).J'ai réécouté le long interview de NH sur France Inter ; ce " candidat" avait tout pour plaire à ses employeurs, les incertains EH et EM: identification des enjeux, vision globale du problème, degré suffisant d'expertise, conviction voire passion pour sa tâche ; je serais consultant je dirais peut être un peu trop d'émotivité. Mais le problème était que ses patrons n'étaient pas faits pour ce candidat, trop impliqués qu'ils étaient et sont encore à faire prospérer l'incertitude propre aux jeux politiciens Dès lors le misfit était inévitable, et la séparation obligatoire.
a écrit le 10/09/2018 à 15:06 :
http://www.academie-francaise.fr/en-termes-de
a écrit le 10/09/2018 à 13:53 :
L'homme aux multiples 4x4, alors ça c'est de la crédibilité hein... -_-

Au secours.

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