Dépasser les craintes et agir dans l'intérêt de nos agriculteurs

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Pour le commissaire européen à l'agriculture, l'Union européenne apporte un soutien financier considérable aux producteurs français, sous la forme des paiements directs et du soutien couplé facultatif.
Pour le commissaire européen à l'agriculture, l'Union européenne apporte un soutien financier considérable aux producteurs français, sous la forme des paiements directs et du soutien couplé facultatif. (Crédits : Reuters)
La Commission européenne entend résolument soutenir les producteurs laitiers, peut-on lire sous la plume de M. Phil Hogan, commissaire européen responsable de l'agriculture et du développement rural.

Étant moi-même issu d'un milieu agricole, je suis très conscient des problèmes auxquels les producteurs français se trouvent confrontés. La volatilité des prix et l'embargo russe sont à l'origine de sérieuses difficultés que rencontrent les agriculteurs qui cherchent à obtenir une juste rétribution pour les produits sains et de grande qualité qu'ils proposent. Les agriculteurs ont besoin d'être rémunérés au juste prix pour leurs produits - sans cela, il n'y aurait pas de producteur, et sans producteur, il n'y a pas de produit.

C'est la raison pour laquelle la Commission européenne a adopté une démarche proactive depuis le début de l'embargo russe. J'ai notamment annoncé, lors de la session de juillet du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE, une proposition de maintien du soutien temporaire du marché. Dans le cadre des mesures exceptionnelles de soutien mises en œuvre jusqu'au 30 juin 2015, environ 770 000 tonnes de marchandise ont été retirées du marché, soit une aide d'environ 155 millions d'euros - cette intervention peut être renouvelée, et elle le sera si les producteurs continuent à subir les rigueurs de l'embargo russe.

Pas d'intervention supplémentaire sur le lait

La possibilité de retirer un produit du marché dans le cadre de mesures temporaires constitue un filet de sécurité pour les producteurs en France et dans toute l'Europe.
Le secteur laitier fait face à une situation particulièrement délicate dans un contexte de production record et de croissance modérée de la demande sur le plan mondial. En ce qui concerne la volatilité des prix du lait et les demandes d'augmentation de l'intervention, je serai très clair : le renforcement de l'intervention n'est pas dans l'intérêt des producteurs laitiers.

Nous vivons à une époque de volatilité des marchés due à une production exceptionnellement élevée sur tous les marchés, en particulier aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, mais aussi ici, dans l'UE. À cela s'ajoute le fait que la demande de produits laitiers sur les grands marchés tels que la Chine est modérée.

Garantir l'équité dans la chaîne alimentaire

En outre, il n'existe pas d'instrument de gestion de l'offre pour limiter les volumes faisant l'objet d'une intervention, de sorte que nous pourrions rapidement nous retrouver devant des lacs de lait et des montagnes de beurre, mais sans effet sensible sur le prix du lait; hormis, bien sûr, la conséquence négative de rendre nos exportations moins compétitives sur les marchés mondiaux — cela n'est pas dans notre intérêt. En ce qui concerne la chaîne alimentaire, force est de reconnaître un certain nombre de problèmes, qui font que les producteurs voient le prix de leurs produits baisser sans constater de diminution des prix à la consommation.

C'est la raison pour laquelle je collabore très étroitement avec la commissaire responsable du marché intérieur, Mme Bienkowska, aux travaux du Forum à haut niveau pour l'amélioration du fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. Le Royaume-Uni et l'Espagne ont mis en place de bonnes pratiques qui méritent d'être examinées attentivement en vue de garantir l'équité dans toute la chaîne alimentaire.

Les nouvelles possibilités d'exportation entraînent une hausse des prix au bénéfice des producteurs. La Commission européenne continue à rechercher sans relâche de nouveaux débouchés pour les produits français et européens. De fait, en dépit de l'embargo russe, les exportations agro-alimentaires de l'Union ont augmenté de 5 % en valeur au cours de l'année écoulée, même si la faiblesse de l'euro a contribué à ce résultat.

Un soutien financier considérable

Nous avons aussi fait preuve d'initiative en augmentant le budget de promotion de l'Union, qui sera plus que triplé pour atteindre 200 millions d'euros en 2018. Cela ouvrira des portes qui permettront aux producteurs français et européens de vendre leurs produits, qui sont traçables et de haute qualité. Nous allons aussi mener des missions commerciales auprès des marchés clés d'Extrême-Orient et négocier des accords commerciaux afin d'ouvrir de nouveaux marchés, de plus en plus vastes, pour les exportations agro-alimentaires de l'UE.

Les indicateurs européens de qualité, tels que les appellations d'origine protégées et les indications géographiques protégées, seront privilégiés et auront donc de meilleurs débouchés dans le cadre de ces accords — la France joue un rôle de premier plan dans ce domaine, et elle en bénéficiera en conséquence.

L'Union européenne apporte un soutien financier considérable aux producteurs français, sous la forme des paiements directs et du soutien couplé facultatif. Rien qu'en 2015, les agriculteurs français percevront directement 7,5 milliards d'euros, dont un montant non négligeable spécifiquement alloué aux agriculteurs des zones défavorisées par l'intermédiaire du soutien couplé facultatif.

À titre d'exemple, en France, le troupeau de vaches allaitantes bénéficie de 647,3 millions d'euros dans le cadre du soutien couplé facultatif en 2015. Le secteur du veau percevra 4,8 millions d'euros, les éleveurs de moutons 120 millions d'euros et le secteur laitier 135 millions d'euros en plus des paiements directs. Ces montants s'ajoutent aux 3c/kg en moyenne de paiements directs que les producteurs de lait perçoivent à titre de filet de sécurité contre la volatilité du marché.

Rendez-vous le 7 septembre

Je me félicite de la proposition de M. le ministre Le Foll de convoquer une session extraordinaire du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE le 7 septembre prochain et je remercie la présidence luxembourgeoise en la personne de M. le ministre Etgen d'avoir accédé à sa demande. Nous aurons ainsi une nouvelle occasion de débattre et d'agir dans l'intérêt de nos producteurs dans l'ensemble de l'UE.

Je continuerai pour ma part à m'investir pour aider les agriculteurs à relever les défis et saisir les opportunités d'une PAC orientée vers le marché. C'est en œuvrant de concert en tant qu'Européens que nous parviendrons à tirer le meilleur parti de l'agriculture française et européenne sur le marché mondial - tout en rémunérant les agriculteurs.

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a écrit le 12/08/2015 à 14:54 :
Indéniablement la Russie punit les européïstes qui commencent à comprendre ce qu'ils perdent en ce moment à tout jamais. Le processus qui mature progressivement ne fait que commencer. Tous les achats russes ses réorientent vers la Chine qui baisse ses prix en même temps que sa devise. Les européïstes devront donner l'Ukraine pour éviter que le pays ne devienne un énorme boulet insupportable en sus de tous ceux qui s'alignent imperturbablement les uns après les autres au fur et à mesure que les "républiques" s'écroulent. Il est évident que l'on n'a pas pris la mesure de la catastrophe, les politiques [comme celui ci dessus] refusant la réalité économique et continuant de raisonner avec 60 ans de retard. Bien triste.
a écrit le 12/08/2015 à 12:50 :
Maintenant que la salade pourra se cultiver sur Mars , à quand l’élevage du porc sur mars pour produire encore moins chère ..............???????????????? concurrence oblige ...........
a écrit le 11/08/2015 à 23:55 :
Travailler, travailler Monsieur le Commissaire, puisque vous avez la chance d'avoir un emploi, qui plus est très bien rémunéré. Pour ma part, et celle de ma famille, nous consommons local. A l'Amap, oeufs, poissons, fromages, en plus des fruits et légumes, n'ont fait que quelques km. En plus, nous connaissons les producteurs de tous les produits car la vente est directe. Aucun problème, et combien moins de pollution......
Nous connaissons l'éleveur qui fournit notre boucher, lui non plus n'est pas bien loin, et ses bêtes sont au champ.
Mais peut-être avez-vous oublié ce qu'était un pré, un champ........

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