Formation : les industriels peuvent produire aussi des compétences

Pour répondre à leurs besoins, les industriels peuvent avoir un intérêt à s'inscrire à l'échelle territoriale comme coproducteurs de ressources, et plus spécifiquement ici de compétences, plutôt que comme simples consommateurs. Par Emilie Bourdu-Swedek, Chef de projet à La Fabrique de l’industrie. Publié en partenariat avec le Printemps de l'Economie
(Crédits : DR)

Ni la mondialisation, ni l'internationalisation des firmes, ne gomment l'importance de l'échelon territorial, au contraire. Les performances des entreprises industrielles, leur capacité de développement et de rebond dépendent très largement des ressources offertes par les territoires - on désigne par là les ressources humaines, les infrastructures, le système de formation, le potentiel de recherche et d'innovation, le dynamisme du tissu productif, la qualité et la quantité des informations qui circulent entre acteurs publics, sociaux, économiques, leurs niveaux d'interconnaissance et de confiance inter-personnelle et inter-organisationnelle, etc. ; symétriquement, c'est de la capacité des territoires à produire des « ressources spécifiques » (Colletis, Pecqueur, 1993), propres à répondre à des problèmes productifs inédits, que naît leur attractivité pour les firmes (Raveyre, 2005).

 Des marchés locaux

Focalisons-nous sur les ressources humaines. Empiriquement, il est vérifié que le marché du travail est segmenté sur une base infra-nationale : la majorité des travailleurs et des entreprises prospectent sur des marchés locaux du travail (Zénou, 1997). Parallèlement, l'accès aux compétences est vital pour le développement des entreprises. Dans l'industrie en particulier, le niveau des compétences demandées aux ouvriers, techniciens, ingénieurs et cadres s'est élevé lors des dernières décennies sous l'effet des mutations technologiques et organisationnelles... Mais aujourd'hui, l'industrie peine à recruter ces profils qualifiés en dépit d'un taux de chômage élevé en France. Les raisons de ces difficultés de recrutement sont très bien documentées dans les travaux académiques, en particulier ceux traitant de l'appariement sur le marché du travail, et aussi dans les productions de La Fabrique de l'industrie.

 Produire des compétences

Pour répondre à leurs besoins, les industriels peuvent avoir un intérêt à s'inscrire à l'échelle territoriale comme coproducteurs de ressources, et plus spécifiquement ici de compétences, plutôt que comme simples consommateurs. La Fabrique de l'industrie, dans sa publication L'Industrie jardinière du territoire (2014) met en lumière plus d'une dizaine de pratiques locales d'entreprises de toutes tailles qui s'investissent, au bénéfice des personnes à la recherche d'un emploi, des territoires, de leurs partenaires économiques et de leurs salariés. Elle met ainsi l'accent sur certaines des conditions clés de succès de ces démarches. Parmi elles, la capacité des acteurs publics et privés à se coordonner, à travailler de façon partenariale au service des objectifs visés par les actions et de leurs bénéficiaires : résoudre les difficultés de recrutement des entreprises pour accompagner leur développement, aider les chômeurs à trouver un emploi durable, donner les moyens aux actifs occupés de se former tout au long de la vie.

 Qu'il s'agisse de PME créant leur propre centre de formation, de grandes entreprises développant des parcours partagés d'alternance avec les PME, de branches professionnelles proposant des certificats de qua­lification professionnelle ou encore d'entreprises, petites et grandes, se regroupant pour l'insertion et la qualification de personnes éloignées de l'emploi, toutes construisent sur leur territoire les compétences nécessaires à la compétitivité de l'industrie française. Les bonnes pratiques peuvent ainsi servir d'exemples à des entreprises qui souhaiteraient s'engager, à leur manière, dans la même voie.

 Le rôle des entreprises en matière de formation et de construction des compétences, leur capacité à mettre en œuvre des actions adaptées au contexte local, doivent en effet être valorisés et reconnus par les différentes parties prenantes, sur les territoires, qui peuvent soutenir leur action et y contribuer.

Printemps de l'économie - Paris du 8 au 14 avril 2016

Pour sa 4° édition le Printemps de l'économie s'intéresse à « L'Economie en quête de territoire(s) ». Ce fil rouge se décline en plusieurs thèmes - Territoire & entreprises ; Des activités, des hommes, Mondialisation & Europe, Politiques publiques, Innovation & industrie et Métropoles - qui seront abordés à l'occasion de plus de 40 conférences organisées du 8 au 14 avril 2016 à Paris. L'ambition est d'offrir au grand public la possibilité de réfléchir et d'échanger pour mieux saisir les enjeux et agir... L'un des intervenants à cet événement unique vous livre ici son point de vue...

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