Grand Paris : une métropole à côté de la plaque !

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(Crédits : Décideurs en région)
Paris est sans conteste une Métropole, mais l'organisation de la Métropole du Grand Paris est faite en dépit du bon sens, à l'écart des vrais enjeux, tels que le renforcement de l'attractivité internationale. Par Jacques Godron, Président du Club des Entreprises du Grand Paris

La Métropole du Grand Paris en sera-t-elle vraiment une? Le Parlement est en train de configurer à grand peine la Métropole du Grand Paris. Et on commence à entrevoir ce que sera demain cette Métropole, quelles seront ses compétences -on dirait core business dans une entreprise- et ce à quoi elle servira.
Mais dès maintenant hélas, on peut faire un constat terrible : la Métropole du Grand Paris est en train de s'écarter complètement de ce qui aurait dû être son objectif central. Aussi étonnant que cela paraisse, on ne va pas faire faire à cette Métropole ce à quoi elle aurait dû servir !

Une aire urbaine gigantesque n'est pas forcément une Métropole

D'abord, ayons-le bien à l'esprit, on ne se décrète pas Métropole, on devient Métropole ! Un jour, vos consœurs vous reconnaissent comme telle et vous acceptent dans le circuit mondial des Métropoles. Paris est une Métropole uniquement parce que les milieux d'affaires internationaux, les CEO des quartiers généraux, les stars polyglottes de la culture, les pionniers de la R&D, les tycoons de la presse et de l'information, les hauts fonctionnaires internationaux et les fonds de pension inscrivent Paris, comme ils inscrivent New York, Londres, Tokyo ou Mumbai (et quelques autres) dans le circuit mondial qu'ils effectuent sans cesse, sautant inlassablement de l'une à l'autre. La Métropole n'est qu'un ilot, une étape dans un archipel planétaire qui n'en compte qu'une vingtaine. Ainsi, une aire urbaine toute gigantesque qu'elle soit ne suffit pas à consacrer une Métropole.

Agglomérer la "classe créative"

En réalité pour être une Métropole il faut d'abord être la « ville-mère » (du grec metro : mère et polis : ville) où s'exercent les fonctions de commandement (économique, administratif, institutionnel, culturel) tant nationales qu'internationales. Mais il faut surtout avoir créé la constellation de lieux magiques où s'agglomère la fameuse classe créative, où se cristallise l'innovation autour d'universités et de grandes écoles, où fourmillent les créateurs entre labos de R&D et ateliers de haute couture, et où la nuit emplit salles de concert, musées et autres temples de l'Entertainment. Il faut évidemment avoir les aéroports sans lesquels le monde nomade ne peut mettre le pied sur le continent dont la Métropole est à la fois le point d'entrée, le guichet, le signal, la place de marché. Incontestablement, Paris est une Métropole, et reconnue comme telle dans le Monde. Et, du coup les enjeux de la Métropole du Grand Paris coulent de source : faire construire, entretenir, gérer et exploiter ces équipements consubstantiels à toute Métropole. Le métier d'une Métropole c'est de s'occuper de tous ces enjeux-là, et pas d'autres.

La Métropole du Grand Paris: à côté de la plaque

Voilà pourquoi la Métropole du Grand Paris, telle qu'on nous la dessine, tape complètement à côté de la plaque ! Les compétences qu'on lui attribue n'ont quasiment rien à voir avec les enjeux qu'on vient de décrire.
Car en quoi assigner à la Métropole du Grand Paris une compétence logement (limitée d'ailleurs et dès l'origine par l'attribution de la compétence urbanisme à un échelon intercommunal intermédiaire) renforcera son attractivité internationale ? En quoi imposer la Métropole du Grand Paris comme instrument de péréquation financière entre un Ouest « riche » (profitant incontestablement d'une rente) et un Est « pauvre » (accumulant certes logements sociaux et chômage) facilitera l'arrivée de chercheurs internationaux dans les laboratoires du plateau de Saclay ou au Génopole d'Evry?

Des décisions aberrantes

L'élaboration d'un schéma de cohérence territoriale métropolitain doublonnant le SDRIF mais sans aucune opérationnalité règlera-t-il réellement l'inaccessibilité entre Roissy et la Défense ? En quoi la création d'établissements publics territoriaux, à mi-chemin entre les communes et la Métropole, permettra-t-elle de mieux capter l'Exposition Universelle ou les Jeux Olympiques, de redorer le blason du pôle vieillissant de la Défense, de rénover plus rapidement les parcs expos de la Porte de Versailles ou de Villepinte ? Et que dire de l'exclusion programmée du pôle de Roissy de la Métropole au motif que la perte fiscale que causerait ce transfert serait insupportable pour les territoires qui en bénéficient aujourd'hui ?

Ce qu'il faudrait confier à la Métropole

Si l'on voulait créer une véritable Métropole du Grand Paris on lui confierait d'emblée le super métro Grand Paris Express, le Philarmonique et la Cité Musicale, les 3 Campus majeurs, nos six pôles de compétitivité de rang mondial, les trois aéroports, l'aménagement de la Défense (où elle aurait évidemment son siège), la future Cité de la Gastronomie, les parcs expos POPB compris, une compétence spécifique voire dérogatoire permettant d'implanter des immeubles signal de grande élévation, l'Expo 2025 et peut être même le Grand Stade ...
Mais décidément, à tant faire pour qu'elle ne s'empare pas des sujets métropolitains, et à limiter le budget propre de la Métropole à 15 pauvres millions d'euros comme la ministre l'a reconnu, on peut être sûr d'une chose : la Métropole du Grand Paris tapera à côté de la plaque ! ... Tout ça pour ça ?
Jacques Godron
Président du Club des Entreprises du Grand Paris

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Commentaires
a écrit le 27/06/2015 à 22:20 :
La vision que présente M. Godron ne peut être réfutée, mais il s'agit d'une vision très globale. L'organisation d'une grande métropole peut comporter deux volets. L'un dépendant des ressources publiques, qui doit s'attacher à l'organisation de l'espace citoyen, nécessaire à tout bon fonctionnement de la cité. L'autre à une volonté politique de favoriser l'installation des acteurs de l'économie. Mais favoriser ne veut pas dire d'investissement direct ou précurseur ; mais concomitant. La difficulté provient du fait d'anticiper à juste valeur les orientations économiques qui se dessinent. C'est pourquoi lorsque la maire de Paris demande aux entrepreneurs d'être imaginatifs, elle élargie les propositions d'options économiques qui vont se dessiner.
a écrit le 09/04/2015 à 21:42 :
Grotesque!
"En réalité pour être une Métropole il faut d'abord être la « ville-mère » où s'exercent les fonctions de commandement économique, administratif, institutionnel, culturel tant nationales qu'internationales"
Comment une métropole,aussi grosse soit elle,peut elle exercer des fonctions de commandement administratif et institutionnel internationales ?
Encore un billet écrit par un parisien parisiano-centré persuadé de diriger le monde en son centre.C'est pathétique.
La seule métropole digne de ce nom en France c'est Lyon.
Ce genre d’individu ferait bien de s'en inspirer pour qu'un jour sa ville lui arrive ne serait-ce qu'a la cheville.
a écrit le 02/04/2015 à 12:32 :
La métropole doit concilier attractivité et solidarité car l'une doit aller avec l'autre. Notamment, sans solidarité entre ses territoires et ses habitants, l'attractivité de Paris décroitra. A ce titre, il est important que la Métropole puisse enfin agir en matière de logement et de péréquation fiscale. Elle n'en sera que mieux armée pour répondre aux aspirations e M Godron.
a écrit le 01/04/2015 à 17:10 :
Je ne trouve que très peu d'arguments inintéressants dans cette analyse; J'y ressent plutôt une critique non fondée, qui comme celle de tant de politiques vient ternir les possibilités offertes par ce grand projet, non dénué de problèmes et absurdités mais semblant indispensable et indissociable de l'évolution de Paris.

Critiquer c'est utile, mais reconnaître les avantages et forces d'un projet me semble tout aussi responsable.
a écrit le 01/04/2015 à 8:08 :
En gros, monsieur cherche à nous vendre un Grand Paris à l'Américaine, ville emplie de musées et de sièges d'entreprises qui écarte d'emblée les problématiques de logement, là où Paris a (pour combien de temps encore) la chance d'être une constellation de quartier vivants et habités.
a écrit le 31/03/2015 à 18:11 :
Une métropole c'est avant tout des habitants, ce monsieur a un discours et une analyse contradictoire. Il reproche à paris et son futur statut de métropole de ne pas répondre aux enjeux d'une métropole en reprochant de ne pas siphonner tout le travail fait en coopération entre les départements et la ville de paris, tout en disant que Paris est déjà une métropole sans en avoir les outils, que Paris est attractif et a réussit à créer le philarmonique, Roissy etcetc sans tout centraliser en son sein.... Preuve que c'est cela qui marche, et non pas une centralisation daté, dépassé, démocratiquement stérile et donc culturellement et économiquement

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