L'assurance-vie, nouvelle frontière de la finance solidaire

 |   |  685  mots
(Crédits : DR)
L'élan de l'épargne solidaire est indéniable : les salariés et les ménages, de plus en plus nombreux, souhaitent donner du sens à leurs placements. Ils en attendent non seulement de la performance financière, mais aussi un rendement social et environnemental qui répondent à leurs besoins et leurs valeurs. Par Christian Sautter, président de France Active

Grâce à la diversification des placements solidaires, il est de plus en plus facile d'épargner solidaire pour ceux qui le souhaitent... même si la distribution par les réseaux bancaires et mutualistes reste encore un peu confidentielle... Espérons que le décret d'application sur le « Livret de Développement Durable Solidaire » (LDDS) paraisse enfin, un an après la loi Sapin II qui l'a institué. Le grand public ne peut que bien accueillir ce nouveau placement qui soutiendra les entrepreneurs engagés dans le développement économique, social et environnemental, vers lesquels se tournent tous les efforts du réseau France Active.

Restera alors un défi majeur pour compléter cette panoplie et toucher ainsi l'ensemble des Français : que tous les assureurs proposent un contrat d'assurance-vie solidaire !

45% des Français détiennent aujourd'hui au moins un contrat d'assurance-vie. Les encours sur ces placements s'élevaient à 1.632 milliards d'euros fin 2016. Aujourd'hui, cette source de financement gigantesque est quasi inaccessible pour les entreprises solidaires...

De premières initiatives ont été menées par quelques assureurs audacieux, notamment autour du référencement d'unités de compte solidaires au sein de contrats existants. C'est un premier pas positif qu'il faut valoriser, mais qui reste insuffisant pour avoir un impact significatif sur les encours solidaires collectés grâce à l'assurance-vie : alors que celle-ci représente plus de 35% des placements financiers des Français, elle ne pèse que 1,8% des placements solidaires !

Comment monter cette marche si haute pour que l'assurance-vie occupe dans l'économie solidaire la même place que dans l'économie classique ? Il n'est pas question de rendre solidaires tous les contrats d'assurance-vie, ni d'imposer aux Français et aux assurés un placement solidaire qu'ils n'auraient pas choisi. Proposer n'est pas imposer. Proposer, c'est avancer.

Appliquons à l'épargne solidaire la règle bénéfique qui a été appliquée à l'épargne salariale : tout Plan d'Epargne Entreprise (PEE) doit proposer au minimum un fonds solidaire aux salariés. Libre au salarié de choisir ce support solidaire ou non. Cette obligation de « référencement » dans tous les PEE a été introduite par la Loi de Modernisation de l'Economie de 2008 (LME) et mise en application en 2010. Elle a permis de multiplier les encours de ces placements solidaires par plus de 4 entre 2011 et 2016.

Tout comme la LME sur l'épargne salariale, la voie législative est la meilleure solution pour amener les acteurs du secteur de l'assurance vers cette dimension solidaire. En effet, les compagnies d'assurance, vivant une concurrence accrue dans un contexte de bas taux d'intérêt, hésiteront devant toute évolution risquant d'avoir le moindre impact sur leur performance financière. Le législateur, sensible à l'apport des entreprises solidaires au développement des territoires en mutation de notre pays, obligerait chaque compagnie d'assurance à référencer et à commercialiser un contrat d'assurance-vie solidaire, dont 1% (un pour cent) des actifs serait investi dans les entreprises solidaires. Pourrait également s'ajouter l'obligation, dans tous les contrats multi-supports, de proposer à ses clients au minimum une unité de compte solidaire (tels les Fonds Communs de Placement 90-10, c'est-à-dire investis à 10% dans des actifs solidaires), comme l'a proposé Finansol dans son Livre blanc de février 2017 et comme l'a retenu le candidat Emmanuel Macron dans son programme pour l'ESS (rendre obligatoire la proposition d'une UC solidaire dans tout contrat multi-supports). Le client sera libre de choisir ou non cette nouvelle proposition.

La France est aujourd'hui pionnière en matière de social finance et elle entend le rester : au niveau européen, ses innovations financières sont à la fois reconnues comme des classes d'actifs à part entière et comme de véritables vecteurs de cohésion sociale et de progrès environnementaux.

Pour le bien commun et pour montrer qu'ils assument leur responsabilité sociale, les assureurs français peuvent s'approprier et pratiquer le 1% solidaire. Cette belle innovation financière et solidaire créera des emplois pour les jeunes et les moins jeunes, redressera des territoires en difficulté, favorisera la transition énergétique, resserrera les liens entre les générations.

Innovons dans la finance pour mieux vivre ensemble.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/11/2017 à 15:46 :
finance-solidaire !

Merci de nous montrer en quoi la finance qui paupérise les citoyens du monde, qui place son argent dans des paradis fiscaux empêchant toute redistribution, qui incite au dumping social, qui délocalise là ou le travail est le moins bien payé et effectué dans les pires conditions et-c... pourrait être solidaire svp, merci.

C'est comme la finance verte, plus elle gagne et plus la planète étouffe.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :