L’enjeu central des députés européens pour l’avenir européen de la France

OPINION. Au cœur de l'Union, à Bruxelles, on compte quelque 20.000 lobbyistes (ils étaient moins de 700 en 1985) qui mènent des activités d'influence, avec, gravitant autour, une galaxie de plus de 100.000 experts représentant des intérêts divers. Mais combien de Français dans ce jeu si stratégique ? Une poignée ! Loin, beaucoup trop loin des Britanniques, des Allemands, des Espagnols... des Américains ou des Chinois. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

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Jean-Christophe Gallien.
Jean-Christophe Gallien. (Crédits : Reuters)

Emmanuel Macron publie ce matin une tribune dans les grands quotidiens des 28 pays de l'Union européenne. Au-delà du lancement de la campagne des européennes de La République en Marche dont il est évidemment la véritable tête de liste, il s'agit surtout d'une proposition directe faite aux citoyens européens de sa vision du futur de l'Union. C'est un acte fort, inédit, offensif et courageux car, à moins de cent jours de ce temps démocratique européen, les ruptures à l'œuvre, les tensions qui se déploient partout en Europe et ailleurs créent un contexte agité et historique qui peut modifier largement l'équilibre européen. Emmanuel Macron, qui aspire à s'incarner en véritable Captain Europa, se positionne en première ligne en France et en Europe face à cette série de vagues diverses mais puissantes.

Pour la France aussi l'enjeu est historique

Qu'allons-nous faire de et dans cette Europe dont nous oublions trop souvent que nous en sommes les inspirateurs et les co-fondateurs. L'Europe a changé, il faut regarder la vérité en face. Nous sommes 28, demain, espérons-le, 27, dans une maison conçue pour 6 ! La compétition économique, diplomatique et institutionnelle ne fait que croître entre ses membres. L'Union s'est même progressivement renationalisée voire balkanisée à la faveur des élargissements successifs et notamment celui de 2004 qui consacra le retour de l'Allemagne comme puissance centrale et dominante. La crise économique et la mondialisation déstabilisent l'édifice. Le chacun pour soi progresse invariablement !

Trop peu de France à Bruxelles

Au cœur de l'Union, sa capitale, Bruxelles, elle aussi s'est transformée. En 1985, 654 lobbyistes étaient identifiés. Ils sont actuellement près de 20.000 et on considère à plus de 100.000 les experts représentants d'intérêts divers qui mènent des activités d'influence. La plupart pour des organisations privées et très souvent géographiquement non européennes. Véritable place de marché, Bruxelles challenge désormais Washington DC pour le titre de la capitale mondiale de l'influence. Mais combien de Français participent réellement à ce jeu si stratégique ? Une poignée ! Loin, beaucoup trop loin des Britanniques, des Allemands, des Espagnols... des Américains ou des Chinois. C'est là, au-delà des discours visionnaires, des incantations mobilisatrices, que la France doit se projeter pleinement, sans faiblesse.

Monsieur le Président, nous n'avons plus le choix. La France a besoin d'une véritable stratégie collective d'influence européenne. Elle est vitale pour notre pays et pour l'Union elle-même.

L'Europe est une affaire intérieure

Nous l'avons écrit dans ces colonnes depuis de nombreuses années, il faut penser l'Europe comme une affaire intérieure. Finie donc la "diplomatie européenne": comme l'Allemagne, et d'autres acteurs, engageons-nous dans la véritable bataille interne qui structure en permanence l'Europe des 28. La France doit mieux scénariser ses objectifs, mettre en scène ses positions et les diffuser par tous les moyens existants. Faute de quoi, comme dans le football du siècle précédent : « L'Europe est un jeu qui se joue à 28... et, à la fin... c'est souvent l'Allemagne qui gagne ! »

GRANDE PRIORITÉ du moment, commençons par le Parlement Européen, en le considérant à sa juste mesure, et non pas comme l'assemblée du rattrapage ou du cadeau électoral, une maison de préretraite politique, ou comme une plateforme de gestion des équilibres politiques nationaux.

Il faut y envoyer les plus aguerris aux processus et enjeux européens, les mieux armés linguistiquement et culturellement aussi, pour occuper un espace central et pivot dans un hémicycle probablement privé de majorité claire et qui devra désigner un président de la Commission dont le rôle sera crucial.

Ce rendez-vous de 2019 sera décisif Monsieur le Président, à commencer par votre liste de La République en Marche. Montrez l'exemple, sinon votre ambition européenne restera un événement médiatique.

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires 3
à écrit le 06/03/2019 à 10:42
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Je note un certains nombre de commentaires qui, comme à l'accoutumée,invite au repli nationalitaire (nation dont on fait mine d'oublier qu'elle s'est faite en guerroyant pour l'annexion au pouvoir monarchique et révolutionnaire de territoires hostil...

à écrit le 05/03/2019 à 21:08
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Le chacun pour soi ne progresse pas invariablement, c'est la base de notre monde! Le reste n'est que le vivre ensemble et l'altruisme égocentrique! On impose le mondialisme comme on impose une UE type Bruxelles, non pour ceux qui le vivent (les peupl...

à écrit le 05/03/2019 à 15:05
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Le problème majeur est que tant que tout le monde considèrera l'europe comme une prison dont on ne peut pas sortir, comme votre article le démontre, on dirait que la voie de quitter cette union pour un changement de cap économique majeur, contraignan...

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