L’impasse économico-sociale de Macron

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l’impasse économico-sociale de Macron

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Emmanuel Macron opère sa rentrée sociale, avec il le sait, une France moyenne déclassée aux aguets. Et ce mur des invisibles, rendu soudain visible par leur gilet jaune, constitue un sérieux obstacle à la conduite de ses réformes. La politique de réforme d'Emmanuel Macron s'est bâtie jusqu'ici, comme dans l'ensemble des pays avancés, sur une vision assez sommaire du corps social. Celle véhiculée par les économistes.

Avec d'un côté les exclus du marché du travail, les moins qualifiés, qui ont pris de plein fouet la concurrence des pays émergents. Les chômeurs, ou les CDD courts condamnés à l'intermittence à vie. C'est sur ce segment de la population que se pose la question du caractère disqualifiant des législations protectrices de l'emploi, du  salaire minimum ou des normes garantissant le caractère décent du travail (notamment concernant les horaires atypiques ou le travail le dimanche). Et l'objectif des réformes est précisément de dégrader les normes qui entourent le travail le moins qualifié, avec en retour une baisse du chômage et une hausse du taux d'emploi de ces populations, pour aligner la France sur les standards internationaux

De très fortes inégalités primaires

D'autant que le choix français, de préserver jusqu'ici la qualité de l'emploi a un coût de moins en moins soutenable. L'exclusion par le chômage, ou par l'activité intermittente que recouvrent les CDD courts, est une source de très fortes inégalités primaires, entre ceux qui ont accès à un revenu complet et stable et ceux qui ne l'ont pas. Et qui du coup ne sont pas protégés par le SMIC. Et cette distorsion primaire, très puissante en France met à très forte contribution l'appareil redistributif. La France demeure en effet un pays relativement égalitaire : grâce à l'importance des aides sociales ciblées sur les plus pauvres, à la prime d'activité, à une assurance chômage profilée pour sécuriser l'intermittence, et surtout grâce à l'accès universel à une multitude de services essentiels (santé, éducation), dont le coût a été socialisé.

Et ce coût, enfin, a été largement reporté sur les plus riches, en termes de revenu et de patrimoine, au risque de fragiliser l'attractivité du territoire.

C'est le rééquilibrage de ce compromis qui est au cœur de la réforme pour Emmanuel Macron : flexibiliser le temps et la rémunération de travail des moins qualifiés, moins solliciter dès lors la dépense publique correctrice de l'exclusion, ce fameux pognon de dingue, et alléger la barque fiscale des plus riches. Pour faire passer la pilule, Emmanuel Macron a focalisé son attention sur l'indemnisation des plus pauvres parmi les perdants de ses réformes : à travers la revalorisation programmée des minimas, des mesures de préservation du pouvoir d'achat pour les plus petits revenus (si l'on exclut l'erreur symbolique des APL) ou la couverture maladie universelle. Et dans le même temps, il a en partie dilué la charge de l'ajustement sur la masse des invisibles. Et pour cause, la majorité des économistes, promoteurs des réformes en début de mandat, validaient le constat, qui faisait quasi figure de slogan selon lequel, « au-dessus de 1,3 SMIC, il n'y a pas de problème ».

Une erreur d'économistes

C'était une erreur. Une erreur d'économistes ou de certains économistes. Car parmi les sociologues (à l'instar de Louis Chauvel par exemple),  ou des démographes (à l'instar d'Hervé Lebras), la conscience du caractère diffus du malaise social étaient bien plus avancée. Le constat du déclassement des classes moyennes, était lui-même de mieux en mieux étayé, même parmi les économistes, avec l'objectivation du processus  de polarisation post-industrielle de l'emploi, qui met en lumière la perte de vitesse des emplois de qualification intermédiaires.

La France a été gouvernée comme si elle constituait une exception, du fait de son modèle social correcteur. Une erreur, car son modèle social, s'il a limité le fossé entre les situations extrêmes de revenus, ne l'a pas immunisée contre le processus de déclassement des classes moyennes qui traverse l'ensemble des économies avancées. Ce qu'ont montré de récents travaux de l'OCDE.

Emmanuel Macron avait entièrement bâti sa politique autour de la figure du peu qualifié exclu du marché du travail et du riche condamné à l'exil. Entre ces situations extrêmes simplificatrices, le président de la complexité a vu se dresser la vraie complexité du tissu social français qui complique profondément la pédagogie et l'équation financière de ses réformes.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 09/09/2019 à 19:43 :
Macron n'y est pas pour grand chose puisque le problème c'est la baisse constante des salaires du fait de la politique de dumping social de l'europe, Macron lui sa seule faute c'est de bien obéir à la classe dirigeante dont les intérêts ne sont pas ceux de la nation.
a écrit le 09/09/2019 à 14:30 :
Depuis les trente glorieuses les gouvernements successifs sont toujours en déphasage sur les dépenses et les recettes. Les orientations de la croissance économique ont mal été étudié. Aujourd'hui l'état providence n'éxiste plus. Nous avons donc épuisé les réserves. On le voit sur l'endettement. Je n'ai pas de recettes pour améliorer cela. Je pense par contre comme je l'ai cité dans mon mémoire. Que " la cohésion sociale est le clé de voûte de l'édifice républicain ". Que comme l'écrivait St Ex... la terre n'ai pas un héritage de nos parents mais un emprunt à nos enfants. Une phrase symbolique labour et pâturages sont les deux mamelles de la France...
a écrit le 09/09/2019 à 13:57 :
Analyse interessante: il est evident que la France ne vit pas sur une ile et que le meme phenomene se passe qu aux USA ou ailleurs : la mondialisation/modernisation elimine les classes moyennes.
Une autre optique peut etre de considerer les Generations: actuellement vous avez en France une Generation qui vit tres bien (les baby boomers pour simplifier) et une autre qui elle rame (les 20-30 ans). Il est quand meme grave que 70 % du capital (immobilier et mobilier) soit detenu par les plus de 65 ans. (dans les annees 60 c etait l inverse, les vieux etaient les pauvres). ET comme par hasard qu est ce qui a explosé depuis 15 ans : le prix des logements, le cours des actions (au benefice des boomers) alors que les salaires eux ont stagnes
Réponse de le 09/09/2019 à 15:22 :
Retraite moyenne en 2018 : 1367 euros, j n'ai pas le montant médian de la retraite qui serait plus intéressant en terme de comparaison. Cela ne fait pas de la majorité des retraités des riches ou des personnes aisées.
Réponse de le 09/09/2019 à 16:28 :
le montant de retraite moyen ne veut rien dire. On parle ici de capital.
Vivre avec 1300 /mois (voire 2600 en couple) en ayant logement paye c est pas comme vivre avec 1300 et devoir en laisser la moitie en loyer et encore 20 % en frais professionnel (trajet par ex)

Qui beneficie de l explosion des prix de l immobilier ? c est pas les jeunes Generations qui doivent payer cher pour se loger ?
a écrit le 09/09/2019 à 12:03 :
rappelons que les inégalités n'ont quasiment pas progressé en France en plus de 30 ans. c'est en Suède qu'elles ont le plus progressé (La Tribune, 26/11/2015).
le taux de pauvreté français a baissé en 2017 (Eurostat). quasiment stable depuis 2005, alors qu'il a progressé de près de 7 points en Suède, 4 points en Allemagne ou 2,5 points aux Pays-bas.
le nombre d'apprentis a grimpé de plus de 8% cette année, après plus de 7% en 2018 (Usine Nouvelle, 06/09/2019). le gouvernement a lancé en 2017 un plan d'investissement dans les compétences de 15 milliards d'Euros à destination des plus fragiles.
le World Inequality Lab laissait entendre l'année dernière que la France limitait plus les inégalités par les politiques publiques (éducation/formation, santé et autres) que par les prestations sociales (Trois décennies d'inégalités et de redistribution en France (1990 - 2018), World Inequality Database, 25/09/2018). alors que c'était le contraire aux US.
Réponse de le 09/09/2019 à 18:03 :
Vous êtes payés par qui pour répandre sans cesse votre propagande à base d'études circulaires, qui se référence entre elles ?
a écrit le 09/09/2019 à 11:26 :
Le "pouvoir" est dans la com permanente et certain "couac" permettent de le comprendre!

La France a besoin d'adaptations et non pas de réformes!
Celles-ci imposés par une administration hors sol, l'UE de Bruxelles et de son arme favorite l'euro, nous maintient la tête sous l'eau!
a écrit le 09/09/2019 à 11:07 :
texte assez abscons. ça part dans tous les sens. avec pas mal d'affirmations non étayées.
la classe moyenne a plutôt résisté en France :
- "Classe moyenne : un Américain sur deux, deux Français sur trois", France Stratégie, 02/2016 ; 61% de la population en Allemagne d'après une étude de 2016 de l'Institut DIW Berlin.
- étude "Middle class fortunes in Western Europe" d'avril 2017 du Pew Research Center : la classe moyenne a progressé en France entre 1991 et 2010.
- "Les classes moyennes font de la résistance en France", Les Echos, 21/11/2017.

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