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La guerre des générations aura-t-elle lieu au sein des entreprises ?

Gwënola Dubois-Dorkel

Publié le 15 novembre 2023 à 07:06 - Mis à jour le 15 novembre 2023 à 10:42

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OPINION. Les dirigeants d'entreprises sont-ils prêts à répondre favorablement aux exigences et aspirations nouvelles qu'expriment celles et ceux qui viennent à peine de quitter les bancs de leur école d'ingénieurs ou de commerce ? Oui, si l'on en croit les conclusions de l'étude L'entreprise en 2030 : Regards croisés jeunes diplômés et cadres dirigeants réalisée par l'Institut Bona fidé en partenariat avec l'Ifop pour le compte d'Arthur Hunt Transition. Au prix d'une reconfiguration complète des structures de l'entreprise. Par Gwënola Dubois-Dorkel, Directrice Générale d'Arthur Hunt Transition

« Il faut que tout change pour que rien ne change ». Cette célèbre citation du Guépard s'applique plus que jamais au monde de l'entreprise, qui est entré ces dernières années dans une zone de turbulence sous l'effet cumulé de la révolution numérique, de la crise écologique, de la pandémie et de l'arrivée de nouvelles cohortes dans le monde du travail.

En confrontant le point de vue des jeunes diplômés issus d'écoles de commerce et d'ingénieurs et celui des cadres dirigeants, il apparaît nettement que l'entreprise envisagée comme institution, unité économique et collectif de travail, va devoir se réinventer en profondeur si elle veut continuer à attirer en son sein les meilleurs talents.

Car c'est sans doute le tout premier enseignement de l'étude L'entreprise en 2030 : Regards croisés jeunes diplômés et cadres dirigeants : de même que le travail a perdu la place centrale qu'il occupait jusqu'alors dans l'existence pour 80% des jeunes diplômés interrogés, l'entreprise a, elle, perdu son caractère d'évidence.

Jeunes diplômés : les « bifurqueurs » ont gagné la bataille culturelle

On a beaucoup commenté les coups d'éclat lors des cérémonies de remise de diplôme de certains étudiants de Sciences Po, HEC ou encore Polytechnique, faisant état de leur refus de travailler pour le compte d'entreprises jugées insuffisamment vertueuses. Dans les sphères économiques, on était tenté de se rassurer en considérant qu'il ne s'agissait que d'une petite minorité active. Or, si l'on en croit les chiffres de l'étude, c'est bien cette minorité qui semble donner le la : 83% des jeunes diplômés disent comprendre les « bifurqueurs ».

Ainsi, les attentes - les exigences ? - exprimées par la majorité silencieuse ne diffèrent que très peu de celles de leurs condisciples plus vocaux. Le constat est sans appel : l'entreprise ne fait plus rêver. 54% des jeunes diplômés interrogés disent que l'entreprise leur « fait envie ». C'est peu, d'autant que la proportion tombe à 47% chez les jeunes femmes diplômées, ce qui point le défi de la féminisation du monde corporate. Fait étonnant : ce sont les scientifiques qui ont encore foi dans l'entreprise (64%) quand les commerciaux qui n'envisagent pas de déserter sont maintenant minoritaires (42%). Une chose est sûre : il va falloir convaincre.

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La bonne nouvelle, c'est que les attentes des jeunes diplômés vis-à-vis de l'entreprise peuvent être résumées en deux axes : des changements dans l'organisation du travail pour maximiser l'autonomie et le temps pour soi d'un côté, et une reconnaissance accrue de la responsabilité de l'entreprise sur le plan social et environnemental. Individualisme, et en même temps, enjeux collectifs : le paradoxe n'est qu'apparent. Environ huit jeunes diplômés sur dix jugent ainsi souhaitable une meilleure prise en compte des indicateurs de performance extra-financière, l'extension du télétravail, le passage à la semaine de quatre jours - à choisir, 92% préfèreraient réussir leur vie personnelle que leur carrière - et le développement du management de transition.

Cadres dirigeants : jeunes, si vous revenez, j'annule tout.

Le regard que portent les cadres dirigeants sur le futur de l'entreprise n'est pas si différent que celui qu'expriment les jeunes diplômés. Progressistes, les dirigeants ? On dirait bien : ils sont 82% à juger « souhaitable » que les indicateurs extra-financiers deviennent plus centraux dans l'évaluation de la performance de l'entreprise (contre 64% chez les managers intermédiaires) et 76% à voir d'un bon œil l'extension du télétravail (contre 62% des managers intermédiaires, décidément plus conservateurs car en prise avec les difficultés pratiques qu'engendre un changement de modèle sur le terrain).

Mieux encore : 70% des cadres dirigeants considèrent que la mutation du modèle de l'entreprise sans lieu physique ni horaires fixes serait une bonne chose... Contre seulement 47% chez les jeunes diplômés ! Le zèle des nouveaux convertis ? Peut-être bien.

Ce qui ne fait pas de doute, c'est que les dirigeants sont attendus au tournant par les jeunes diplômés : 64% des jeunes diplômés considèrent que les patrons et dirigeants des grandes entreprises ne comprennent pas le monde et ses mutations, 73% qu'ils ne sont pas assez sensibles à l'urgence climatique et 86% qu'ils ne comprennent pas bien les aspirations et les attentes des jeunes.

Rebâtir une entreprise attractive pour les talents d'aujourd'hui et de demain est maintenant plus une histoire d'actes que de paroles. Réflexion faite, il faudra bien que quelque chose change, n'en déplaise à Visconti !

Gwënola Dubois-Dorkel

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