La mascarade de la TVA à 0% sur les produits de première nécessité

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

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Supprimer le taux de TVA sur les produits de première nécessité pour donner un coup de pouce au pouvoir d'achat des plus modestes et réduire les inégalités : l'idée est implacable, mais c'est un mirage.
Premier niveau, s'intéresser aux masses en jeu. La TVA a généré en 2017, 162 milliards d'euros selon les Comptes de la Nation.
70% de 9 milliards d'euros, c'est en grossissant un peu le trait une cagnotte de 6,5 milliards à se partager. C'est quasiment la moitié de la valeur de l'enveloppe théorique du départ. En valeur absolue, la somme est impressionnante, mais rapportée par ménage cela correspond, en arrondissant, à 220 euros annuels, c'est-à-dire 18 euros par mois soit 8 euros par habitant. Quand les fins de mois sont difficiles, cela peut être salutaire.
Mais encore faut-il que les distributeurs jouent le jeu et n'en profitent pas pour augmenter leurs marges. Cela c'est déjà vu par le passé. Le Contrat d'avenir signé entre les représentants de la restauration et le gouvernement Fillon en 2009 prévoyait de partager équitablement les retombées du passage du taux de TVA de 19,6 à 5,5% entre les restaurateurs, leurs employés et leurs clients. Or l'analyse de l'Institut des Politiques Publiques met les pieds dans le plat : 56% de la baisse a été siphonnée par les restaurateurs au lieu du 33% théorique et seulement 9,7% ont été transférées aux consommateurs.
A moins d'un encadrement strict des prix, une diminution de la TVA se transforme systématiquement en subvention aux entreprises, pas en baisse de prix. Supprimer la TVA, notamment sur les produits alimentaires, bénéficiera avant tout au commerce, notamment la grande distribution.
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Enfin, dernier élément, si c'est bien essentiellement l'alimentaire qui est visé par la suppression du taux de TVA, ce sont toutes choses égales par ailleurs les ménages les plus aisés dont le budget alimentaire est le plus élevé qui en seront les grands gagnants. Pas en termes relatifs certes, mais en niveau absolu. C'est un fait : les 10% des ménages ayant les niveaux de vie les plus élevés dépensent plus du double en alimentation que les 10% les moins favorisés.
Les retombées de la suppression de la TVA sur les produits de base seront donc décevantes et manqueront leur cible.
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Alexandre Mirlicourtois, Xerfi