Le Brexit est une chance pour l’Europe

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(Crédits : DR)
OPINION. Le séisme qui secoue actuellement la Grande Bretagne vient de loin. Par Michel Santi, économiste (*).

La crise constitutionnelle, les 2 millions de manifestants le samedi 23 mars dernier dans les rues de Londres, la chute probable cette semaine de Theresa May, et même le référendum de 2016 ne sont que l'aboutissement de plus de 40 ans de turbulences ente ce pays et le reste du continent européen.

De fait, l'issue de ce référendum était inévitable dans la perspective historique longue, car le Royaume-Uni a toujours été tiraillé -voire écartelé- d'une part entre le Commonwealth qui fut sa zone d'influence quasi naturelle, et l'Europe d'autre part où il fut moins dominant. La débâcle était en effet gravée dans le marbre de la construction européenne, car l'union douanière fut le cauchemar britannique qui dut dès lors choisir l'Europe au détriment du Commonwealth, alors que la définition d'une zone de libre-échange intra européenne l'aurait autorisé à gagner sur les deux tableaux en conservant ses relations préférentielles avec ses anciennes colonies. L'hostilité des britanniques à la construction européenne provient donc du choix qui leur fut originellement dicté d'intégrer une union douanière...qu'ils ne cessèrent néanmoins de tenter de saboter car non conforme à leur doctrine ni à leurs intérêts vitaux. Dès le départ, les institutions supra nationales, l'intégration européenne et la volonté profonde du continent de ne plus réitérer les graves erreurs ayant provoqué deux guerres mondiales, ne furent pas comprises ni admises par une nation britannique qui penchait plutôt en faveur de processus décisionnels informels.

Ce sont ces tensions qui se déclinent en autant de facteurs liés à l'Histoire, à l'hégémonie du naguère Empire Britannique, aux échanges commerciaux et à l'influence politique, voire civilisationnelle, de cette nation qui furent incontestablement à l'œuvre dans le cadre du référendum de 2016. Au-delà des partis politiques, des sensibilités diverses et des classes sociales, l'identité même des Britanniques permettait de prévoir la grave crise actuelle. Souvenons-nous de la répartie de Hugh Gaitskell, leader à la fin des années 1950 d'un parti pourtant réputé europhile - les travaillistes - clamer que l'adhésion de son pays à une Communauté européenne sonnerait « la fin de mille ans d'histoire » ! Les paradoxes de ce Brexit sont donc nombreux, et l'on n'a pas encore fini de les apprécier, ou de les découvrir.

Tandis que la Royaume-Uni était censé reprendre le contrôle de sa destinée - en tout cas selon les tenants du Brexit -, alors que la sortie du pays sans accord constituera tout au plus une égratignure pour l'Union européenne dont seulement 10% du commerce se fait avec la Grande-Bretagne, le « no deal Brexit » sera un choc massif et sans précédent pour l'Angleterre dont la moitié des échanges se fait avec le continent ! Autre contradiction inhérente au Brexit : la pacification des relations entre le Royaume-Uni et l'Irlande s'est précisément réalisée à la faveur de l'adhésion de ces deux pays à l'Europe. Sans projet européen et sans union douanière, pas de réconciliation ni de normalisation entre Angleterre et Irlande !

Le Brexit n'est donc pas seulement une volonté britannique de sortir de l'Europe. Il est aussi - et peut-être surtout - un geste d'humeur et un réflexe ultime pour répudier cette Europe-là dont les Britanniques sentent confusément qu'elle déconstruit lentement mais sûrement leur identité après avoir sapé leurs intérêts légitimes. En creux, le Brexit, le rejet britannique est une chance pour l'Europe, car il permet de révéler enfin la nature profonde de l'Union européenne qui, après avoir été projet pour ramener la paix et instaurer une union douanière et monétaire, doit désormais d'urgence devenir construction politique. Quant à la Grande-Bretagne, plus ancienne démocratie parlementaire au monde, ses convulsions actuelles montrent qu'elle est plus que jamais une nation gouvernée par les partis, pour les partis.

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L'AUTEUR

(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier "Fauteuil 37", préfacé par Edgar Morin. 
Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2019 à 18:18 :
Des le premiere jour l objectif du projet europeen est politique. Il suffit de lire et ecouter (dispo sur internet) les discours des peres fondateurs. C est tellement politique que DES 1949 le premier projet fut d une armee commune. On fait difficilement plus politique que cela.
a écrit le 25/03/2019 à 23:13 :
Les Anglais en réalité sont bien plus européens que nous, mais ils ont raison de faire le Brexit (enfin à leur niveau) car le pays se délite , l'écosse, le pays de galles l'Irlande du nord les Cornouailles n'attendent que ça de d'intégrer à l'Europe et de lacher peu à peu l'Angleterre, le vote pro brexit c'est au fond le reflexe du colonisateur atavique des Anglais, si on reste on va se noyer et rester seuls.
Chez-nous on n'en pense pas grand-chose, l'Europe ne nous a rien apporté sauf des normes stupides et la perte de notre espace maritime qui a ruiné la pêche bretonne, vendéenne et charentaise, et l'invention d'une imbécilité l'euro.
Eux vont retrouver l'immense bonheur de pêcher ce qui leur appartient.
Réponse de le 26/03/2019 à 9:41 :
La construction européenne ne vous à rien apporté.....!! Incroyable en 2019 de lire de telles "conneries"..... Voyages lis regardes sors de ton trou. Le monde ne se limite pas à la pêche bretonne, ni au bonnets rouges et autre folklore. Quand à la pêche encore chance qu'il y a les règlements européens car autrement depuis longtemps il n'y aurait plus de poisson à pêcher.
Réponse de le 26/03/2019 à 14:14 :
@mr Lachor,
Ben vous êtes visiblement plus jeune que moi, tant mieux pour vous, mais vous n'avez pas connu la France d'avant l'Europe.
Regardez la Suisse, qui pourtant dans les années 50 n'était pas bien plus riche que nous qui n'a pas eu à subir les ukases de l'union européenne, le plein emploi des années 60, le serpent monétaire avait seulement commencé à injecter son venin dans notre économie, il y avait quasiment aucunes bagnoles allemandes sur nos routes, quand j'ai quitté le lycée j'ai trouvé un emploi en fixe dans la journée.
Réponse de le 26/03/2019 à 16:04 :
L'Europe n'a rien apporté à la France ? Et à votre avis, la France a apporté quoi à ses provinces ? Des normes fiscale, sociales etc..., une monnaie unique le Franc… Dire que l'Europe ne nous a rien apporté, c'est aussi simplet que de dire que la France n'a servi à rien.
a écrit le 25/03/2019 à 14:28 :
Les anglais sont des pirates qui ne sont mus que par leurs propres intérêts. Ils ont voté il y a presque 3 ans, ils doivent partir. Ils seront bien assez pragmatiques pour s’en sortir seuls même au prix d’une faible croissance ou récession dans les 2 ans à venir.
L’Europe doit maintenant essayer d’avoir les mêmes règles fiscales afin de simplifier la vie des entreprises et tout faire pour forcer les différents pays à avoir un déficit public faible (ex : La France qui est cette année comme en 2018 la lanterne rouge européenne).
Pas de fédéralisme mais une Europe des nations qui doit se tourner vers son environnement proche (l’Afrique) afin d’aider à développer ces pays qui ont besoin de commercer. Le Royaume-Uni va se rendre compte de son erreur ou pas mais ils sortent de l’UE pour au moins 20 ans
a écrit le 25/03/2019 à 12:27 :
L'Europe n'a pas vocation à devenir une construction politique! Un seul chef, une seule langue? Non merci! Aucun régime ayant cette vision communautaire n'a réussi. L'Europe doit se maintenir diverse et si finalement le Brexit aboutit, l'Europe sera une grande perdante!
a écrit le 25/03/2019 à 12:23 :
Il y a 10 ans j'avaix conclu que la fusion BEA - Airbus était une proposition nulle.
a écrit le 25/03/2019 à 12:21 :
Les britanniques n'ont jamais été europhile par conviction mais par intérêt et par la réalité de la géographie, et ils n'ont jamais pris des décision pour l'Europe mais plutôt pour la saborder.
Donc bon vent pour eux !
Réponse de le 25/03/2019 à 12:49 :
Vous avez tout dit parfait
Réponse de le 25/03/2019 à 14:10 :
Tu parles comme si vous apportez un plus à l'Europe ou vous faites mieux que les britanniques et les allemands
a écrit le 25/03/2019 à 10:53 :
Bonne analyse du point de vue historique, mais on n'y lit pas l'influence des conservateurs US qui ont largement joués le populisme et le nationalisme dans les médias anglais ( via Murdoch&Co, très présent en GB notamment )....
La GB n'a plus grand chose a espérer des pays du Commonwealth, qui ont tous signés avec la CE ds accords commerciaux et avec qui ils échangent déjà beaucoup...Que vont-ils gagner ? Par contre les milieux d'affaire US, notamment dans l'agro-industrie - mais pas que - ont une réelle volonté de faire éclater le bloc européen avec ses normes et standards...D'ou l'idée de faire un "Singapour aux portes de l'Europe", tête de pont de tous les produits de moindre qualité que la CE bloque à l'importation.
Réponse de le 25/03/2019 à 11:22 :
Quand on voit les résultats de l'UE sur dix ans, on comprend que le Brexit puis le Frexit seront les seules opportunités des pays ligotés dans l' UE de voir revivre leur économie en échangeant et en coopérant avec le reste du monde, sans l' arbitraire de la géopolitique UE qui ferme la moitié des états au bloc atlantiste.
Les américains en rient encore.
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/croissance-depuis-2009-chine-139-inde-96-etats-unis-34-europe-2-809418.html
a écrit le 25/03/2019 à 10:21 :
Toujours a confondre l'Europe avec l'UE de Bruxelles.
C'est le dogme bruxellois de cet administration hors sol, voulant imposer l'uniformisation de la zone et l'euro, qui sont a supprimer: Tout cela pour permettre une économie d'échelle aux multinationales!

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