Le bureau post-Covid sera agile, intelligent et résilient

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La directrice Workplace Strategy & Design chez Arcadis, Laetitia Haussy.
La directrice Workplace Strategy & Design chez Arcadis, Laetitia Haussy. (Crédits : Arcadis)
OPINION. Après deux mois ou plus enfermés chez eux, les Français envisagent de reprendre le chemin du bureau. Certains ravis d’échapper à leurs chères têtes blondes, d’autres inquiets à la perspective de sortir. D’autres encore, convaincus des bienfaits du travail à domicile, restent perplexes quant à la nécessité de revenir sur leur lieu de travail. On les comprend. Par Laetitia Haussy, directrice Workplace Strategy & Design chez Arcadis.

Après quatre semaines de déconfinement, plus de 6 millions de salariés poursuivent leur activité à domicile. Pas seulement par obligation, mais aussi par sécurité et parce qu'ils ont su trouver un nouvel équilibre. Est-ce à dire que le « home office » va devenir la norme ? Non bien entendu. Mais il a acquis ses lettres de noblesse et a démontré par l'exemple son efficacité, dans une certaine mesure. L'homme est un animal social. Il a besoin de ses congénères pour avancer. Les bureaux restent nécessaires, même s'ils doivent évoluer.

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L'espace de travail ne sera plus subi, mais choisi

L'espace de travail de demain ne sera plus subi comme il l'a été pendant des générations, mais choisi. On restera chez soi, un à deux jours par semaine, lorsque l'on aura besoin de se concentrer. On se rendra au bureau ou dans un tiers-lieu le reste du temps, pour apprendre, échanger, former ou se former voire se détendre. Bref pour socialiser, bénéficier d'une dynamique différente pour créer, innover, construire, avec et pour ses semblables.

Alors à la question « l'espace de travail/le siège social a-t-il encore un avenir ? », notre réponse est oui. Indéniablement. Plus que jamais. Mais différemment. Sans doute plus incarné, plus responsable et plus high tech. Le siège social devient un point de ralliement, garant d'une cohésion interne, figure de proue d'une culture commune et de valeurs partagées.

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Comme toute organisation après une crise majeure, elle doit évoluer, s'adapter. Les « open space » ne vont pas disparaître au profit des bureaux individuels. C'est économiquement impossible. Mais leur usage va évoluer pour répondre à des exigences d'espaces moins denses - et c'est plutôt une bonne nouvelle ! - ou pour revenir à des postes fixes, mais à la journée. Idem pour les salles de réunion et les espaces collaboratifs. Leur conception, leur taille comme leur nombre seront revus à l'aune des nouvelles solutions d'échanges interactifs utilisées pendant le confinement. Nous avons appris à travailler ensemble autrement, autant l'exploiter.

« Less is More »

C'est sans doute l'une des grandes leçons que l'on peut tirer de cette crise sanitaire. Il est urgent de revenir à une juste utilisation des ressources, et ce, dans tous les domaines. Espace de bureaux compris. Il nous faut réapprendre à identifier le besoin réel de l'envie et utiliser le juste espace pour la/les fonctions adéquates. Pour les architectes, designers d'intérieur et ingénieurs que nous sommes, le cahier des charges est de plus en plus complexe.

Dans les mois et les années à venir, les surfaces de bureaux n'augmenteront pas, voire continueront de diminuer, et nous devrons trouver des solutions efficientes pour concilier innocuité des lieux, distanciation sociale et convivialité. L'équation est complexe mais pas insoluble, grâce à la technologie notamment. En intégrant des solutions de type Smart Building dès la conception du projet, il nous est possible de limiter notre empreinte sur l'environnement comme il est possible de créer et de faire vivre des espaces collaboratifs et conviviaux en toute sécurité. Reposant sur l'utilisation de capteurs, elles permettent de contrôler la température, l'hygrométrie, le niveau sonore ou encore le taux de présence des collaborateurs in situ. Assurant ainsi un contrôle continu du niveau de salubrité des lieux.

Car avec le Covid-19, l'hygiène est devenue la priorité absolue des usagers de bureaux, devant le bien-être et le confort. Et si, à court terme, toutes les entreprises sont à pied d'œuvre pour permettre à leurs salariés d'observer les gestes barrières en installant des distributeurs automatiques de gel hydroalcoolique dans tous les endroits stratégiques et de respecter les distances de sécurité en revoyant les flux de circulation et les zones de travail effectif, à moyen terme, les dispositions à prendre devront sans doute être plus holistiques, plus techniques et plus durables.

La qualité de l'air, une préoccupation majeure

Au niveau des accès, des ouvertures ou encore des boîtiers de commande par exemple, il est probable que nous passerons sur des systèmes automatisés à grande échelle éliminant tout contact inutile (poignées de porte, ouverture de poubelle, bouton on/off etc.).

Au niveau de l'air ambiant, la qualité du traitement de l'air va indéniablement devenir une des préoccupations majeures, entraînant une révision des systèmes de ventilation et de climatisation mécaniques au profit de systèmes plus sophistiqués.

Au niveau du choix des matériaux, on privilégiera les surfaces aux propriétés hygiéniques irréprochables et résistantes aux agents pathogènes.

L'espace de travail devra être pensé, conçu et développé comme un ensemble, un véritable microcosme. Agile, intelligent et résilient.

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Commentaires
a écrit le 19/06/2020 à 10:12 :
Sympa cet article ...alors que la France perd 900 000 emplois ...
Le design a aussi un prix , à l’heure où c’est la chute économique pour une bonne majorité , n’est il pas temps de faire des économies en recyclant la matière première ?
Un design économique et recyclé et recyclable ?
a écrit le 19/06/2020 à 10:08 :
"Les « open space » ne vont pas disparaître au profit des bureaux individuels. C'est économiquement impossible."

La spéculation a dévaste le logement du particulier le rendant excessivement cher, anéantissant ainsi le pouvoir d'achat de tout le monde et donc amputant fortement al croissance économique et elle s’attaque désormais carrément à l'immobilier professionnel, quand allons nous enfin stopper la cupidité destructrice de cette activité bon sang !?

Une belle introduction que les journalistes devraient copier car exposant le fait que vous avez pris un beau recul pour parler de votre sujet, ne faisant qu'augmenter brutalement l'intérêt de la lecture de votre article. bravo

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