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Le green bond, en vert et contre tout

Léonard De Rivière

Publié le 07 mai 2018 à 16:18 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:00

Léonard De Rivière

Léonard De Rivière

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Le 24 avril 2018, la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement Européen a publié un rapport sur la finance durable qui servira de base de discussion à la Commission européenne pour la rédaction d'un projet de loi global sur la finance dite verte. Par Léonard De Rivière, analyste chez Augusta & Co, banque d'investissement européenne spécialisée dans les énergies renouvelables.

C'est important de le rappeler, la part de l'écologie et du développement durable est de plus en plus prépondérante dans les stratégies de développement et d'investissement des entreprises. Par exemple, pour Xavier Girre, directeur exécutif en charge de la direction financière groupe chez EDF : « Les acteurs du financement de l'économie privilégient de plus en plus les investissements qui favorisent une croissance bas carbone. Ils intègrent désormais dans leurs choix d'allocation des critères environnementaux, sociaux, sociétaux et éthiques. » L'enquête menée au premier trimestre 2017 par l'agence de notation Fitch Ratings auprès d'un échantillon de managers de fonds va aussi dans ce sens : une majorité des personnes interrogées disent s'attendre à un impact de plus en plus important des critères ESG (Environmental, Social and Governance) sur leurs investissements futurs.

Promouvoir  la transition énergétique et écologique

Un des outils de la finance verte est le green bond, obligation verte, qui parait dès lors être un instrument tout indiqué pour à la fois répondre à cette volonté des investisseurs d'incorporer une dimension environnementale à leurs investissements tout en promettant un bénéfice financier attractif. Dans sa forme, une obligation verte est une obligation comme les autres. Une institution publique ou privée va émettre sur les marchés financiers une obligation à laquelle vont souscrire des investisseurs. La différence réside dans le fait que cette obligation verte a uniquement pour vocation de financer des projets contribuant à la promotion de la transition énergétique et écologique.

Le premier green bond a été émis en 2007 par la banque centrale européenne et porte le doux nom de « Climate Awareness Bond » et a trouvé pour 600 millions d'euros de souscripteurs. Depuis, les obligations vertes sont en plein essor. Le marché des obligations vertes a en effet augmenté de 80% par an depuis 5 ans : de 13 milliards de dollars en 2013 à une prévision de 200 milliards de dollars en 2018. Cet engouement s'explique par plusieurs facteurs. 

Le premier étant la diversité géographique des émetteurs d'obligations vertes. Bien que l'Europe reste encore la principale zone d'émission de green bonds, l'Amérique du Nord rattrape son retard notamment porté par les Etats-Unis. Pour ces derniers, il est intéressant de noter que cette hausse se produit malgré leur retrait de la COP 21. Cela s'explique par le fait que ces green bonds sont émis en majorité par des entités locales (municipalités, entreprises privées) qui contrebalancent la frilosité fédérale. Les pays émergents ne sont pas en reste, notamment tirés par la Chine, le Mexique et l'Inde. Ces trois pays représentent à eux seuls 20 % des émissions de green bonds en 2017 contre 7% en 2015 avec en particulier les plus grosses émissions entreprises par la Banque de Pékin (5 milliards de dollars), la compagnie énergétique Indienne Greenko (1 milliard de dollars.) et Mexico City Airport (4 milliards de dollars).

Diversité des émetteurs

Le deuxième facteur de croissance s'explique aussi par la diversité des émetteurs d'obligations vertes. Un bel exemple de cette diversité : en septembre 2017, la compagnie malaisienne Tadau-Energy a émis la première émission verte Islamique (green Sukuk). Lorsque l'on sait qu'en 2013 60 % des green bonds ont été émises par des banques de développement, on ne peut que se féliciter de voir s'agrandir cette verte famille aujourd'hui constituée d'institutions locales, d'entreprises du privé ou bien encore tout simplement des projets sur lesquels vont s'adosser des titres (Asset Backed Securities).

Cette multiplicité d'acteurs peut aussi s'expliquer par les différents secteurs qui bénéficient de ces obligations vertes dont les principaux sont : les énergies renouvelables (33%), l'efficacité énergétique et construction bas carbone (29%), les transports propres (15%) et enfin le secteur de l'eau (13%).

Une combinaison inédite de facteurs qui favorise l'essor des obligations vertes

Cependant, cet essor reste à relativiser, les obligations vertes ne représentent que 1% du total des obligations émises. De plus, la définition même d'obligation verte peut être sujette à différentes interprétations. N'importe quel acteur économique pouvant déclarer verte une émission d'obligation sans qu'il n'y ait forcement de contrôle a posteriori ou de possibilité légale de contraintes, ainsi il est impossible de garantir qu'une obligation verte va véritablement servir son but initial. 

Pour répondre à cette volonté de certification deux ONG ont vu le jour, la Principles for Responsible Investment (PRI) et la Climate Bond Initiative (CBI). Ces deux organisations, en prenant sur elles de vouloir proposer un label garantissant le côté vert d'un investissement, cherchent surtout à attirer l'attention des pouvoirs publics sur certains abus de définitions. Mais pour Dominique Plihon, porte-parole d'Attac, économiste et spécialiste de l'économie financière « on reste dans le cadre d'un dispositif volontaire, dans lequel il est difficile de vérifier que les émetteurs d'obligations respectent leurs engagements. »

Problème de confiance

Ainsi, selon CBI, il y avait fin 2017 895 milliards de dollars d'encours d'obligations à caractère écologique. Sur ces 895 milliards de dollars, elle n'a pu en labelliser que 221 milliards comme étant véritablement vertes. On voit bien ici le problème de confiance qui se pose, le manque de règlementation et de certification autour de la labellisation green bonds peut favoriser le phénomène de l'écoblanchiment : le Green Washing. Un exemple parlant : en août 2017, un producteur d'électricité chinois de la ville de Tianjin a émis une obligation verte de 150 millions de dollars afin de financer une centrale à charbon de 2GW. 

Pour se prémunir de tels problèmes, le High Level Expert Group on Sustainable Finance, le groupe d'experts de la commission Européenne sur la finance durable, a recommandé en juillet 2017, l'établissement d'un standard Européen pour labéliser les obligations vertes et autres actifs liés au développement durable, ce rapport a été remis au parlement européen qui ne l'a pas jugé assez ambitieux et a donc produit un nouveau rapport, mentionné en introduction. Pour François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et président de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), « il s'agit là, pour nous, en tant que superviseurs du XXIe siècle, d'un défi majeur. Je dirais même que c'est notre « nouvelle frontière », à l'instar du financement de la croissance et des grandes infrastructures au XIXe siècle ou de la gestion des grandes crises financières au cours des cent dernières années ».

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1% du marché actuel des obligations

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L'obligation verte apparait donc comme un véritable outil à mettre au service de la transition énergétique et du développement durable. Bien que ces green bonds ne représentent que 1% du marché actuel des obligations, elles connaissent un succès grandissant auprès d'un pool de plus en plus important d'acteurs de l'économie réelle. Ces acteurs ne font que répondre à une demande elle aussi de plus en plus importante de la part d'investisseurs soucieux des problématiques environnementales. Mais les obligations vertes peuvent aussi être détournées, et une crise de crédibilité couve actuellement face à la pléthore d'offres qui inonde le marché. Il est donc capital de légiférer afin de parer au plus vite à ce risque dont la finance verte, qui s'efforce de mettre avant ses atouts écologiques et humanistes mettrait trop longtemps à s'en remettre.

Léonard De Rivière

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