Le "Green IT", réel modèle d'avenir ou symbole du "greenwashing"  ?

OPINION. C'est un modèle qui s'impose de plus en plus au sein des entreprises, urgence climatique et nouvelles réglementations obligent. Pour autant, ces belles intentions peuvent aussi cacher une forme de greenwashing qu'il est essentiel de contrer en impliquant tous les acteurs du numérique dans ce processus, du cloud provider aux entreprises. Par Armelle Reffait, International & France Senior Sourcing Advisors chez T-Systems

4 mn

(Crédits : Reuters)

L'essor du digital, bien qu'apportant de nombreuses opportunités, fait émerger de nombreuses interrogations quant à la pollution numérique qu'il engendre. Au vu du récent rapport alarmiste du GIEC, on n'imagine sans mal les efforts que tout un chacun devra consentir pour alléger son empreinte carbone. Ce ne sera pas chose facile et notamment pour les entreprises qui rencontrent des difficultés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en lien avec le numérique. Selon les résultats de la 6e édition du Benchmark Green IT, ces émissions représentent déjà 27% du forfait GES (gaz à effet de serre) soutenable d'un français. La route est encore longue pour tendre vers une forme de sobriété numérique.

Le rôle central des cloud providers

Il est important de considérer la démarche du Green IT comme un ensemble, un réseau d'acteurs et de pratiques qui ouvrent la voie à une plus grande sobriété numérique. Soyons réalistes, avoir un impact nul ou presque représente un objectif difficile à atteindre à l'heure actuelle. Pour autant, si on applique cette démarche en commençant par les fournisseurs de cloud, la probabilité pour que les entreprises clientes suivent plus aisément le mouvement devient plus grande.

Pourquoi cibler en priorité les cloud provider ? La transition vers le cloud d'une majorité d'entreprises place les providers en position de force, tels des acteurs majeurs du phénomène de transformation digitale. En assumant ce statut, ils se doivent d'être en adéquation complète avec la démarche de Green IT s'ils souhaitent l'impulser auprès de leurs nombreux clients via des services dédiés. Sans être les fers de lance de ce mouvement, ils ont un rôle bien plus important à jouer qu'il n'y parait.

Et cela commence par la conception même des data centers. Si les premières générations étaient très énergivores, les nouveaux data centers, notamment en Europe, sont conçus de façon responsable. On parle ici d'écoconception : ventilation et isolants naturels, utilisation de matériaux recyclés et des structures qui sont alimentées par des énergies renouvelables. Autant d'innovations qui vont dans le sens d'une démarche durable et qui engagent d'ores et déjà les entreprises clientes dans un processus de Green IT. Le provider assure ainsi la base des bonnes pratiques environnementales. Il en va donc de l'intérêt des entreprises de sélectionner leur fournisseur en n'oubliant pas ce premier point qui leur assurera un cercle vertueux pour leurs propres RSE.

Proposer des services adaptés aux entreprises

La prépondérance du cloud consacre aussi et surtout la pléiade de services proposés par les providers. On pourrait même parler de surabondance tant leur variété et leur nombre sont grands. Malgré tout, il en va de leur responsabilité de fournir aux entreprises des services dédiés à la mise en place d'une politique de Green IT. Cela concerne autant la mise à disposition de logiciels permettant de calculer son empreinte CO2 que des applications à même de gérer le parc informatique d'une entreprise : de l'entretien à la maintenance prédictive pour tirer profit du matériel à disposition et éviter de jeter et remplacer à outrance.

De la même manière, certaines sociétés surconsomment du cloud et accumulent des volumes de données considérables, souvent brutes et non exploitées. Face à cela, les cloud providers endossent, paradoxalement, un rôle de régulateur en proposant aux entreprises d'optimiser leur espace de stockage afin de supprimer ce qui peut l'être. Cette étape de cloud assessment est de plus en plus courante et montre aux clients la volonté de l'accompagner plutôt que de les surcharger en services et les inciter à stocker indéfiniment. C'est une nouveauté dans la démarche. Ainsi, certains providers ne vont plus pousser à la consommation, qui équivaudrait à deux surchages pour l'entreprise : l'une financière et l'autre environnementale.

Le risque de basculer dans le "greenwashing"

Non sans quelques réticences, l'ensemble des actions en vue d'une démarche RSE efficace semble trouver de la résonance auprès d'un nombre croissant d'entreprises. Cette prise de conscience n'est pas uniquement motivée par des enjeux écologiques ou sociaux mais également par le souci d'améliorer son image de marque auprès des clients. Un tel raisonnement mène certaines entreprises à enjoliver la réalité voire mentir sur leurs pratiques. Si ce dernier cas n'est pas en lien direct avec la pratique du "Green IT", il démontre les conséquences des engagements non tenus sur l'image d'une marque.

De fait, le "Green IT" ne doit pas être un moyen de se donner bonne conscience, il doit faire l'objet d'une vraie démarche et suivre des objectifs précis. Trier des mails ne suffira pas pour clamer haut et fort qu'un système d'information est propre. Il faut aller plus loin et d'une certaine façon, l'avenir ne laissera pas beaucoup d'options aux entreprises qui peinent encore à reconnaître l'importance de ces enjeux. Leur premiers pas dans ce cycle RSE est de choisir le bon partenaire pour leur IT, qui possède lui-même les bonne pratiques et est à même de les déployer pour ses clients.

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Commentaires 3
à écrit le 11/05/2022 à 11:24
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100 entreprises et pas 100% bien sûr, bref ils n'ont aucune volonté de protéger notre environnement mais ça leur permet de toujours plus nous culpabiliser, nous diviser.

à écrit le 11/05/2022 à 11:23
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Bah 90% des entreprises ne s'orientent pas déjà dans polluer moins, au moins le greenwashing c'est moins pire non ? 100% des entreprises du monde qui produisent 70% des GES, de qui se moque t'on ?

à écrit le 11/05/2022 à 10:09
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Le green n'existe pas. Toute l'économie mondiale est du greenwashing

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