Le modèle de croissance allemand à bout de souffle

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(Crédits : Fabian Bimmer)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le modèle de croissance allemand à bout de souffle

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A y regarder de plus près, il ne reste finalement plus grand choses de ce qui a fait la réussite de l'économie allemande. L'Allemagne est d'abord un pays où la main d'œuvres est devenue chère, même comparée à la France qui n'est pourtant pas considérée comme la référence en la matière. Le coût horaire dans l'industrie s'élève désormais à 40 euros outre-Rhin, c'est 6,4% de plus par rapport à la main d'œuvre française. C'est à front renversé avec la situation de 2008 où l'Allemagne avait un coût inférieur de 1,5%.


On le sait, l'enjeu de la compétitivité d'un territoire dépasse de loin l'enjeu de la compétitivité coût et hors coût des seuls secteurs exposés de l'industrie ce qui conduit à s'intéresser au coût des services notamment ceux qui entrent directement dans la chaîne de valeur des produits exportés. Dans les activités de soutien aux entreprises (intérim, activité de location et de location-bail, services de sécurité et de nettoyage pour l'essentiel), l'Allemagne conserve encore un net avantage avec des coûts inférieurs de 9,5% vis-à-vis de la France mais l'écart s'est considérablement réduit par rapport à 2008 où il était supérieur à 31%. Dans les services dits spécialisés (activités juridiques, comptables, audit, R&D, etc.), les deux pays se tiennent et la différence est devenue marginale, inférieure à 1% et si l'on devait faire une moyenne pondérée des différents coûts, il est évidement que l'Allemagne a là perdu son principal atout et le trait est encore plus prononcé vis-à-vis de l'Espagne où de l'Italie 2e puissance industrielle européenne. Baisse des charges autours du SMIC, CICE côté français, modération salariale voire baisse des rémunérations dans les pays du Sud contre mise en place de salaires minimums de l'autre côté du Rhin, sont au cœur de ce spectaculaire renversement. A cela s'ajoute une économie de bazar qui a perdu de son efficacité au fur et à mesure de la convergence des coûts salariaux des PECO aux standards des pays plus riches. Non-seulement moins performante, l'Allemagne fait aussi face aujourd'hui au rétrécissement de ses débouchés extérieurs vers les émergents sur lesquels était fondée toute sa stratégie.


Loin des pics des années passées, la croissance mondiale se dérobe désormais petit à petit et que ce soient les pays avancés où émergents l'orientation des courbes est la même, elles piquent du nez. Moins de croissance c'est aussi moins d'échanges. La progression du commerce mondial est désormais proche de zéro et ce n'est pas simplement une histoire de conjoncture. La production industrielle mondiale migre en effet d'un modèle de segmentation des chaînes de valeur vers un « nearshoring », c'est-à-dire une relocalisation ou régionalisation des chaînes de production près des marchés de consommation. À cela s'ajoutent les difficultés des pays émergents à élargir et faire prospérer leur classe moyenne sur laquelle comptait les industriels allemands pour assurer leur prospérité. Enfin, il faut aussi invoquer le développement d'une offre locale qui vient directement concurrencer les pays avancés, l'Allemagne en premier chef. L'Allemagne est aussi un pays où le coût du logement commence à sérieusement empiéter sur le revenu des ménages à tel point que plusieurs manifestations ont eu lieu à Belin et dans d'autres villes au printemps 2019 contre « la folie des loyers ».

A l'achat, les prix de l'immobilier se sont envolés de plus de 51% depuis 2008 c'est 39 points supérieurs environ à la moyenne de la zone euro, et comparables, à la virgule près, à la flambée parisienne, à cette grande différence que c'est sur l'ensemble du territoire. Les salaires, même en hausse, n'ont pas suivi. Or, le consensus social outre-Rhin, a longtemps été un troc entre modération salariale contre coût du logement contenu. Ce consensus est aujourd'hui caduc. Mais l'Allemagne c'est aussi aujourd'hui un système bancaire aux abois. L'agence de notation Moody's a ainsi abaissé la perspective des banques allemandes de « stable » à « négative », ses craintes portant sur la profitabilité et la solvabilité des établissements pour les douze à dix-huit prochains mois, dans un contexte de taux d'intérêt au plancher. Une prise de position qui arrive juste après l'alerte lancé par la banque centrale allemande qui juge le système bancaire « très vulnérable face à un ralentissement économique inattendu et une hausse brutale des primes de risque » L'Allemagne c'est aussi un pays qui a raté l'occasion de transformer la rente de ses réformes en infrastructures et en investissement d'avenir. Le pays passe ainsi à côté de son ambition d'être le leader de l'industrie 2.0 et de la transition écologique, la descente aux enfers de son secteur automobile en donne une parfaite illustration.

C'est enfin un pays dont le déficit démographique, masqué un temps par l'arrivée de réfugiés, ressort à nouveau. Bref, l'Allemagne c'est une économie dont le modèle de développement est totalement épuisé.

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Commentaires
a écrit le 09/01/2020 à 11:52 :
IL serait temps d'arrêter d'exposer la compétitivité comme modèle économique puisque nous savons qu'elle n'a aucun sens notamment grâce aux dérives néolibérales parlant d'éradiquer le "coût du travail" à qui il a fallu plusieurs années quand même pour comprendre que éradiquer le coût du travail c'était tout simplement éradiquer le travail et donc particulièrement idiot et encore ils sont nombreux à ne pas encore l'avoir compris visiblement la preuve avec ce dénie de la pénibilité du travail et c'est reparti pour un tour...

"L'Allemagne c'est aussi un pays qui a raté l'occasion de transformer la rente de ses réformes en infrastructures et en investissement d'avenir. "

Voilà, ici nous avons l'exemple d'un gars qui a commencé de rien du tout il y a 40 ans et qui possède dorénavant la moitié de la petite ville parce qu'ayant investi tout l'argent qu'il gagnait exponentiellement.

Il est évident que s'il n'avait pas investi il serait resté petit et surtout beaucoup moins riche. Notre vieille oligarchie européenne préfère planquer son pognon dans les paradis fiscaux "le fameux un tien" plutôt que d'investir "deux tu l'auras", ne comprenant pas qu'elle ne faisait que se couper les bras.

Et dorénavant c'est toute l'UE qui est gangrenée par cette mentalité d'oligarques en déclin dorénavant incapables d'avoir des idées et donc d’alimenter l'économie réelle.

"Tout est bruit pour celui qui a peur" Sophocle

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