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Les effets pervers d'une écologie à crédit

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 30 septembre 2020 à 05:59 - Mis à jour le 30 septembre 2020 à 06:25

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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OPINION. Dans le cadre de son plan de relance, le gouvernement a décidé de financer la transition écologique à hauteur de 30 milliards d'euros par dette et non par hausse d'impôt, pour des raisons électoralistes. Outre qu'il n'est pas assuré que les taux restent bas à l'avenir, ce choix va faire peser l'accroissement de cet endettement sur les futures générations au profit des générations actuelles. Un tel choix est non seulement économiquement discutable mais éthiquement critiquable. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC Business School.

L'être humain a le travers commun d'endosser facilement la posture de défenseur du bien commun, des plus démunis, des plus faibles, des bonnes causes, d'être prêt à lutter pour ses idées nobles, et en même temps, de stopper quand il faut payer de sa poche la moindre somme pour faire advenir le changement. Ainsi prolifère le populisme, porté par des politiciens habiles, de tous bords politiques avançant des solutions miracles permettant de réaliser le bien commun sans payer un centime.

Cette triste mais constante réalité s'illustre également dans la lutte contre le changement climatique. L'urgence climatique est une réalité maintenant bien étayée par les faits - si la production mondiale des biens et services ne réussit à se sevrer rapidement de l'énergie fossile de façon à mettre un terme à l'accumulation de carbone dans l'atmosphère, à un horizon de quelques centaines d'années l'augmentation des températures sera catastrophique. Le gouvernement français, conscient du problème comme la plupart des autres gouvernements et désireux de jouer le rôle d'exemple, s'est donné comme objectif ambitieux la décarbonation de son économie à l'horizon 2050 (sachant que 2100 serait plus réaliste). La transformation du système productif qu'implique cet objectif a un coût énorme, notamment s'il doit peser sur une génération.

L'illusion dangereuse de la dette publique facile

En même temps, pour reprendre l'expression chère au Président Macron, les politiques français vivent depuis trop longtemps sous l'emprise de l'illusion extrêmement dangereuse de la dette publique facile (le dernier budget équilibré remonte à plus de 40 ans), notamment dans un contexte de taux d'intérêt proches de zéro. Sans contrainte budgétaire, toutes les idées, tous les projets publics, même les plus saugrenus deviennent envisageables car il suffit de s'endetter pour trouver des ressources pour leur mise en œuvre sans prendre la peine d'arbitrer sur les mérites et le rendement des différents projets. La dimension d'« illusion » vient de l'hypothèse implicite qu'à l'échéance, ces dettes pourront être refinancées dans les mêmes conditions favorables qu'aujourd'hui, ce qui ne sera surement pas le cas.

Partant de cette illusion, le gouvernement Macron a décidé d'appliquer la formule miracle usuelle à la française -financer la transition énergétique sans faire payer un centime à l'électeur en la finançant par la dette. Le plan de relance du gouvernement prévoit 30 milliards de dépenses à vocation écologique financés par un accroissement de dette publique, française et européenne (à 40%). Pour la plupart, il s'agit de subventions pour isoler les locaux, remplacer des technologies à énergie fossile par des énergies renouvelables et améliorer les transports. Au total, la dette publique de la France devrait atteindre 125% du PIB en 2021 sachant que comme le gouvernement s'est engagé à ne pas augmenter les impôts, la dette devrait se maintenir pour des années. D'autres gouvernements, et d'autres générations d'actifs auront à la rembourser, ou tout au moins à en supporter la charge annuelle. Bien que présentées comme des mesures prises pour les jeunes générations, en réalité ces mesures sont conçues pour soutenir l'emploi des générations présentes, charge aux générations futures à payer la facture.

Un conflit éthique intergénérationnel

Ces mesures présentent un véritable conflit éthique intergénérationnel. En apparence, on affirme ne pas vouloir faire peser sur les générations futures le coût du réchauffement climatique, mais en réalité on fait peser sur elles le coût d'une dette publique qui profite aux générations présentes.

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L'électoralisme cynique de ces mesures ne fait aucun doute, puisqu'elles profitent aux électeurs d'aujourd'hui au détriment des électeurs de demain. Quant à savoir si les gains environnementaux des investissements d'aujourd'hui excèdent les impôts supplémentaires que les futures générations auront à payer pour rembourser ces dépenses, il est impossible de répondre car, sauf erreur de notre part, le gouvernement n'a pas dévoilé la méthode d'évaluation de ces investissements mais a simplement indiqué que ces mesures permettront de réduire les émissions de 57 millions de tonnes de carbone. En appliquant un coût social du carbone de 100 euros/tCO2 comme recommandé par la Banque Mondiale, cela chiffre le bénéficie environnemental à 5,7 milliards d'euros, payé 30 milliards par nos enfants.

Cette écologie sur le dos des générations futures nous apparaît contestable en ce que les coûts de la décarbonation devraient être répartis équitablement entre générations. S'il ne serait pas raisonnable de mettre une charge excessive sur notre génération, c'est un acte d'égoïsme de ne pas supporter notre part d'effort. L'alternative équitable en même temps que courageuse à ces dépenses colossales pour la transition énergétique serait une taxe carbone à hauteur de 100 euros/tCO2 sur l'ensemble des activités à émissions de carbone ce qui pourrait à la fois inciter à la décarbonation en faisant supporter la dépense aux pollueurs sans affecter les non-pollueurs et limiter l'endettement public. Ce serait un coût subi par notre génération gavée aux combustibles fossiles et en transition vers un sevrage, et non une charge transférée à nos enfants.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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