Les Gilets Jaunes et Emmanuel Macron ne doivent pas se laisser voler le Grand Débat

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Jean-Christophe Gallien.
Jean-Christophe Gallien. (Crédits : Reuters)
OPINION. Après avoir trop tardé, Emmanuel Macron a désormais le courage de proposer une démarche ambitieuse et innovante, le Grand Débat National. En renouant avec son ADN de président "Live", celui du dégagisme de l'Ancien monde, il prend aussi un risque politique hautement inflammable. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

Sur les ronds-points, dans les occupations et les rassemblements de la rue physique, comme dans leur agora digitale et permanente facebookée, twitterisée... les Gilets Jaunes ont libéré des énergies hybrides refoulées depuis trop longtemps.

L'éruption jaune n'est pas la France, mais elle est bien française

Cette vague puissante, et c'est sa beauté citoyenne, contredit le modèle d'une France dépolitisée, individualisée, repliée, déprimée... L'éruption jaune n'est pas la France, mais elle est bien française. Elle met à jour des évidences verticales que les gouvernants et leurs administrations hélicoptères n'ont pas vu ou pas voulu voir, encore moins répondre. Évidemment, les énergies et leurs expressions sont composites et souvent contradictoires. Rien de très surprenant: comme tous les pays du monde globalisé, la France est multi-fracturée et son espace public, loin de se contracter, s'est élargi et s'est surtout complexifié.

Les professionnels de l'influence

Une multitude d'acteurs, entre groupes de pression et défenseurs de minorités d'intérêts divers et variés, vient exercer son droit d'influence. Et contrairement aux corps intermédiaires classiques, leur capacité d'obtention de résultats favorables à leurs causes est puissante. Ils le font le plus souvent dans un rapport de force invisible au plus grand nombre mais à l'efficacité silencieuse et redoutable. Entre contradictions, débordements ou complicités, nos gouvernants et leurs administrations souffrent pour résister à ce jeu politique déjà très affranchis des circuits et rythmes de la négociation classique en démocratie représentative.

Emmanuel Macron renoue avec son  ADN de "Président Live"

Emmanuel Macron a trop tardivement répondu à la polyphonie du peuple jaune. Il a désormais le courage de proposer une démarche ambitieuse et innovante, le Grand Débat National. Lui aussi hybride, inédit, incertain... le Grand Débat est l'écho institutionnel de cette bronca citoyenne. En renouant avec son ADN de Président Live, celui du dégagisme de l'Ancien monde, Emmanuel Macron prend aussi un risque politique hautement inflammable. Celui de voir sa belle créature démocratique devenir un monstre hanté et manipulé par les activistes professionnels de la démocratie d'influence, voire par certains acteurs politiques ou administratifs. Non pas que ces derniers devraient être exclus de ce moment national et républicain qui, s'il sera évidemment imparfait, pourrait être fondateur de lendemains prometteurs. Mais ils ne devraient pas être en mesure ni de le dérober aux Gilets Jaunes en l'étouffant par leurs forces de frappes de proposition et de censure déjà en marche, ni de le condamner en s'associant dans une occupation volontairement défouloir ou bataille de rue.

Protéger le Grand Débat

C'est là que réside à la fois la responsabilité et l'opportunité du politique, entre gouvernement national et gouvernances territoriales, de se recharger en légitimité démocratique. Faire en sorte que les doléances soient libres et démultipliées, mais tracées et vérifiables, que la synthèse soit transparente, authentifiable et totalement partagée, et qu'ensuite les retours et propositions soient argumentés et trouvent une voie ou des voies de choix citoyen les plus fondatrices et innovantes possibles pour tenter de solder un passé de dérives et de dénis. Renaître ou disparaître ...

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 15/01/2019 à 15:02 :
#JeanChristopheGallien a raison quand il salue l'innovation institutionnelle de Macron. C'est un fait qu'aucun gouvrenement étranger face à un tel mouvement n'a proposé une telle plateforme de conversation. Il a encore davantage raison quand il insiste sur les professionnels de la démocratie d'influence qui occupent largement et en permanence l'espace public.
a écrit le 15/01/2019 à 7:47 :
Le vrai Débat, c'est celui qui a lieu lors des élections et des referendum. Le reste est illégitime. Arrêtons de céder à la violence de quelques individus marginaux et immatures qui mettent en péril notre démocratie protectrice des libertés individuelles, notre République qui redistribue tant les revenus et notre modèle social qui garantit considération et assistance au plus grand nombre. Les Gilets Jaunes scient la branche sur laquelle ils sont assis, ne tombons pas avec eux...
Réponse de le 15/01/2019 à 17:27 :
Britannicus, tous les 5 ans, 6 ans ... le peuple vote et ... ensuite il se tait si l'on vous suit. C'est terminé, ce fut un bon contrat jusqu'aux années de François Mitterrand, funestes, qui ouvrirent la voie à toutes les usurpations et autres dérives dont nous voyons les tristes résultats aujourd'hui. Il faut intégrer un contrôle régulier, une traçabilité politique et une responsabilité administrative.
Réponse de le 15/01/2019 à 17:29 :
Et pourquoi pas le retour du censitaire !!! Du contrôle, de la vérification, et des sanctions. Et commençons par le vote obligatoire avec les blancs et nuls dans les suffrages exprimés.
a écrit le 14/01/2019 à 20:18 :
Les gilets jaunes ont un côté Bouvard et Pécuchet affligeant : nous expliquer sur les ondes sans être contredit que l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) est injuste puisqu'il exonère la résidence principale des riches alors que cette exonération n'existe pas (seulement un abattement de 30%)!!!il est urgent d'arrêter ces polémiques aussi stériles qu'inexactes alimentées par les oisifs de tous poils et de remettre la France au travail au lieu d'être la risée des autres pays...
Réponse de le 15/01/2019 à 14:59 :
Avatar, vous vivez dans quel monde. Ici dans le réel, même celui de @LaTribune on ne vit pas dans l'oisiveté d'une caste qui capte tout et redistribue des miettes. Vous devez en faire partie. C'est bientôt fini !
a écrit le 14/01/2019 à 19:16 :
Les gilets jaunes ont besoins d'un responsable à leurs erreurs. Assumer l'échec de leur entreprise, de leur vie sentimental et j'en passe, c'est trop dur à assumer, alors il faut un responsable. L'état ! C'est facile, mais ça mène à rien de penser comme ça.
Réponse de le 15/01/2019 à 14:57 :
Les Gilets Jaunes sont-ils tant que ca dans l'erreur ? Sont-ils responsables, seuls ? Je ne crois pas. Une Oligarchie vampirise le pouvoir, les richesses et brade ce pays. Le Peuple tente de réagir. Voilà tout !
a écrit le 14/01/2019 à 16:14 :
Ouais bon enfin vous faites comme si la "base" avait encore envie d'écouter le "sommet" hein, or je pense que jamais nous n'avons autant vu les ficèles de l'oligarchie manipuler nos politiciens que sous notre président, je ne sais pas si vous avez pris un peu de recul sur la situation politique du pays mais la désobéissance civile se fait plus forte tous les jours et ça ne concerne pas que les gilets jaunes loin de là et en plus internet nous montre ce que les journalistes nous cachaient jusqu'à présent, du coup il est quand même particulièrement maladroit de continuer d'essayer de nous le cacher afin encore et toujours de dédouaner les principaux responsables de la crise économique et environnementale que sont les propriétaires d'outils de capitaux et d'outils de production.

Enfin je ne sais pas mais là il est flagrant que la plupart des raisons motivant les gilets jaunes viennent de la façon dont communiquent et gouvernent nos lrem, peut-être que vous évoluez un peu sur ce terrain politico-médiatico-affairiste et que ça vous choque moins mais je vous garantie que quand on évolue seulement dans le réel on a l'impression forte qu'ils se moquent ouvertement de nous. Ce qui là aussi peut être le début d'un autre bilan, mauvais également.

L'oligarchie n'est pas la démocratie or les politiciens des oligarques veulent à tout prix que l'on continue à croire que nous serions en démocratie. Avec tout ce qu'on voit... Non mais n'importe quoi !
Réponse de le 15/01/2019 à 14:55 :
Citoyen blasé si comme je le crois nous nous croisons sur ces pages, vous savez que je partage votre analyse de la sécession voire des sécessions à l'oeuvre dans notre pays. Je voulais juste dans ce petit texte insister sur la tentative, imparfaite, de Macron de reprendre l'attache des français. La suite, nous la connaissons vous et moi.
Réponse de le 16/01/2019 à 9:15 :
@ JCG

Du fait de la diffusion de vos articles vous avez des obligations sémantiques et formelles que je comprends parfaitement ne vous en faites pas. IL est obligé que vous preniez des gants pour annoncer certaines vérités.

Et vu tous les boulets que je me coltine il ne vaut mieux pas que les trop peu nombreux progressistes démontrent une attache quelconque envers mes propos parce que à savoir ce qu'il se cache derrière cet obscurantisme là (même si j'ai ma petite idée quand même...), celui des boulets du clavier.

J'ai une bonne expérience de ce monde là du coup je suis généralement méfiant m'imposant une pensée complexe et une élocution contestataire généralisée qui je vous avoue ne me déplait pas non plus. Cela rajoute au charme de commenter.

"D'être contestable n'est pas le moindre des charmes d'une théorie" Nietzsche

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