Lutte contre la précarité de l'emploi : les employeurs ont un rôle à jouer
Quentin Guilluy

Photo d'illustration
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J'ai récemment écouté le dernier album d'Orelsan et sa chanson engagée « Baise le monde ». Elle parle de l'impact de l'acte d'achat du consommateur dans notre société - la pollution, l'exploitation de travailleurs, l'anorexie dans le mannequinat, tout y passe. Par extension, ses paroles m'ont fait réfléchir à l'impact de nos comportements sur l'emploi.
La société s'est instantanéisée. Si la pandémie de Covid-19 a accéléré ce phénomène, elle n'en est cependant pas à l'origine. Uber a révolutionné notre rapport aux taxis/VTC en proposant des chauffeurs en bas de chez nous en 5 minutes. Amazon Prime permet au consommateur d'être livré en 24h, 7/7. Aujourd'hui, tous les acteurs de la livraison de repas revendiquent un temps de livraison moyen inférieur à 30 minutes.
Cette économie de l'instantané a engagé un changement de paradigme pour la grande majorité des entreprises qui s'organisent à flux tendus pour ne pas prendre de risques. Les fonctions RH sont évidemment les premières concernées, et la tendance des vingt dernières années est passée de 8% à 12% de CDD sur l'ensemble des actifs français entre 1993 et 2019, quand le CDI est passé de 77% à 75%. Pire, ces CDD et intérimaires ne prennent pas en compte la part des travailleurs indépendants « subis » : ceux qui sur(?)-vivent de ce modèle par dépit plutôt que par volonté.
Pointer du doigt le consommateur est bien trop simple. Bien entendu, nous pouvons changer nos modes de consommation. Cela vaut également pour nos décisions d'achat en entreprise. Un exemple peu connu du grand public l'illustre bien : en refusant de croiser les hommes et femmes de ménage, les entreprises forcent leurs prestataires à embaucher à temps partiel afin de coller aux horaires 6-9h et 18h-21h. Une précarisation imposée à tout un secteur en somme.
Les chiffres récents du chômage confirment cette tendance à la précarité. En effet, derrière la baisse du chômage se cache une nette augmentation des travailleurs précaires, notamment ceux qui exercent une activité réduite. Beaucoup diront que « c'est un mal pour un bien ». C'est faux.
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Les employeurs peuvent faire mieux et doivent faire mieux. Beaucoup le savent. Certains le font déjà. La plateforme de livraison Just Eat a embauché en CDI ses 5000 livreurs, tout comme Gorillas, la start-up allemande, spécialiste du « quick commerce ». L'entreprise de nettoyage responsable Cleany a changé les habitudes de ses clients en proposant ses services de nettoyage sur les horaires de bureau, en tirant d'ailleurs énormément de bénéfices. L'Éducation nationale a un système de professeurs remplaçants « volants », appelés « brigades », dont le modèle a été copié par de nombreuses entreprises car il est peu coûteux et plus efficace pour gérer un seuil plancher de remplacements.
La précarité du marché du travail est trop souvent présentée comme une fatalité par les employeurs et une résultante d'un changement sociétal. Pourtant, il sera beaucoup plus facile de changer nos choix d'employeurs que nos comportements de consommateurs.
Agilité n'est pas forcément synonyme de contrats courts. Il ne tient qu'à nous, dirigeantes et dirigeants, de prendre le sujet à bras le corps, car de nos décisions et nos volontés dépendent la stabilité de millions de familles. Ainsi que le maintien de notre modèle social.
Quentin Guilluy
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