Pénurie d'eau : le tout début des problèmes

OPINION. Après un été historiquement sec, la situation des cours d'eau est préoccupante dans plusieurs régions françaises. Au point de risquer à terme, après l'essence, le gaz et l'électricité, une pénurie d'eau potable ? La réponse est malheureusement positive en raison de deux phénomènes qui se combinent. Par Alain Denis, expert en gestion de l'eau.
(Crédits : Pixabay / CC)

Le dérèglement climatique en cours augmente le risque de sécheresse. On sait aujourd'hui que le volume des précipitations annuelles est en train de diminuer en France et que la fréquence des étés secs et brûlants s'accroît. Mais on le sait moins, les installations de traitement et d'approvisionnement en eau sont particulièrement vétustes dans notre pays, ce qui nous fragilise.

La France a été longtemps une des nations pionnières dans le domaine de l'eau. C'est le pays d'origine de deux géants mondiaux du secteur. Mais la situation hexagonale s'est beaucoup dégradée, avec un besoin d'investissement estimé à quelque 4,5 milliards d'euros par an par l'Union Nationale des Industries et entreprises de l'Eau.

Un seul exemple de l'impéritie actuelle : le taux de renouvellement des réseaux d'eau potable est estimé à 0,63%, un rythme qui correspond à un remplacement des tuyaux tous les 158 ans. Or, selon les professionnels, les tuyaux sont hors d'état de fonctionner normalement après seulement 60 ans d'utilisation, avec, dès lors, des risques de fuite majeurs, en particulier lorsqu'ils sont enterrés sous des routes très fréquentées.

Ce sous-investissement chronique, depuis au moins trente ans, a déjà des conséquences importantes. Alors qu'au Luxembourg, pays particulièrement performant, avec des canalisations datant en moyenne de 22 ans, le rendement des réseaux est supérieur à 95% (98% en 2020), en France, le rendement moyen est de seulement 80%. Autrement dit, en moyenne, 20% de l'eau traitée par nos installations de potabilisation et de distribution file dans la nature et n'atteint jamais un robinet.

Des dépenses et des émissions de CO2 pour rien. Une dilapidation de notre capital eau.

Des risques existent par ailleurs, qui pourraient aggraver la situation sur certains territoires. À la suite de l'effondrement d'un pont à Gênes en Italie, en 2018, le Sénat a fait un bilan de l'état des ponts français, identifiant pas moins de 25 000 ponts défaillants. Une partie d'entre eux supporte des canalisations.

Comment expliquer un tel laisser-aller dans ce secteur économiquement et socialement stratégique ? La réponse est malheureusement prosaïque. Les travaux sont coûteux, dérangeants, et les améliorations peu visibles à court terme. Pour les élus, faire changer des canalisations est d'autant plus délicat qu'ils veulent éviter de mettre en difficulté les habitants défavorisés de leurs territoires, en augmentant le prix de l'eau.

Ce contexte politico-économique suboptimal n'avait pas posé de problème majeur tant que l'eau apparaissait comme une ressource abondante. Mais le choix de recourir à des réparations ponctuelles plutôt que d'investir dans les infrastructures met le système sous pression en période de sécheresse. Les villages sont particulièrement impactés en raison de leur manque de moyens, avec souvent des réseaux d'eau dont les rendements ne dépassent pas 60% .

Une réaction des pouvoirs publics est nécessaire. Les capacités d'agir des Agences Régionales de l'Eau doivent d'abord être renforcées. Elles soutiennent les communes dans leurs investissements. Mais sommées, depuis 2016, de s'occuper aussi du maintien de la biodiversité, elles n'ont pas bénéficié d'une hausse correspondante de leurs moyens.

Pendant longtemps a prévalu par ailleurs le principe équitable de « l'eau paie l'eau », autrement dit, un financement du secteur pour l'essentiel par les consommateurs. Mais devant le retard pris en matière d'investissement, face à l'aggravation de la situation provoquée par le changement du climat, trouver de nouvelles ressources semble désormais nécessaire.

De « grands emprunts » pourraient contribuer à financer la remise en état de ces infrastructures vitales. Une réforme des règles comptables est aussi indispensable. Les canalisations durent une cinquantaine d'années. Les investissements devraient être amortis sur cette durée et non comme aujourd'hui sur des temps beaucoup plus courts. La question peut paraître technique, mais cela permettrait d'investir à coût plus faible et d'attirer également des fonds privés.

Avoir des réseaux qui fuient est peut-être acceptable avec une ressource en eau abondante. Cela devient un risque problématique quand la ressource s'appauvrit. N'attendons pas d'être à sec pour commencer à agir.

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Commentaires 9
à écrit le 15/11/2022 à 20:45
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En France on ne gère que le court terme, le profit immédiat. Idem pour toutes les canalisations, les ponts, les routes, les trains hors TGV etc, l'agriculture alimentaire humaine dont on dépend à 80% d'autres pays, idem pour les hôpitaux, les médica...

à écrit le 08/11/2022 à 10:27
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Arrêter les casses de centrales hydro-électriques et des moulins sur argent public: ça fera des sous pour changer les tuyaux...et de l'électricité propre...et surtout, arrêter d'envoyer l'eau douce à la mer. ça fait 2 moyens simples pour ne pas augme...

à écrit le 03/11/2022 à 18:20
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Mouais, autant je comprends la maladie du lavage des bagnoles, ça permet aux gens de se sentir mieux cela a donc un véritable rôle de paix sociale, autant celle des piscines est incompréhensible et jamais remise en question tout comme le gaspillage a...

à écrit le 03/11/2022 à 13:58
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Il est indispensable de remodeler "les régions" en fonction de l'eau, c'est réunir les départements par bassins fluviaux, pour éviter les inévitables conflits qui vont être généré si rien n'est fait !

à écrit le 03/11/2022 à 13:32
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tout le monde veut plein d'investissements de toute sorte, donc du bon pognon.........bon, c'est oublier au passage l'etat de la france, qui a fait le choix d'etre vice championne du monde d'impots et du nivellement par le bas, et qui a prefere inves...

à écrit le 03/11/2022 à 13:06
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Il y a 5% d'eau douce sur la terre !! Ca nous ouvre sur les yeux qu'il faut faire un plan Marshall de dessalement de l'eau de mer. Les agriculteurs ont besoin d'eau comme les industriels de l'électricité et les routiers du gazole . Naturellement, to...

à écrit le 03/11/2022 à 13:05
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Il y a 5% d'eau douce sur la terre !! Ca nous ouvre sur les yeux qu'il faut faire un plan Marshall de dessalement de l'eau de mer. Les agriculteurs ont besoin d'eau comme les industriels de l'électricité et les routiers du gazole . Naturellement, to...

à écrit le 03/11/2022 à 12:48
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petite réflexion sur les années de travaux non réalisés pour le remplacement des réseaux ou est passé l argent que chaque client paye sur sa facture et qui correspond a l investissement ? peut être dans les caisses des grands distributeurs ! non ?...

à écrit le 03/11/2022 à 12:44
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Ce qu'on paie dans les factures pour l'entretien des canalisations, ça n'est pas pour les refaire, cette action coûteuse n'est sans doute pas à charge du vendeur d'eau mais des villes. Les sommes versées sur les factures, ça doit être pour 'surveille...

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