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Pénurie d'eau : le tout début des problèmes

Alain Denis

Publié le 03 novembre 2022 à 10:43 - Mis à jour le 03 novembre 2022 à 10:52

robinet, eau, canalisations

Photo d'illustration

Pixabay / CC

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OPINION. Après un été historiquement sec, la situation des cours d'eau est préoccupante dans plusieurs régions françaises. Au point de risquer à terme, après l'essence, le gaz et l'électricité, une pénurie d'eau potable ? La réponse est malheureusement positive en raison de deux phénomènes qui se combinent. Par Alain Denis, expert en gestion de l'eau.

Le dérèglement climatique en cours augmente le risque de sécheresse. On sait aujourd'hui que le volume des précipitations annuelles est en train de diminuer en France et que la fréquence des étés secs et brûlants s'accroît. Mais on le sait moins, les installations de traitement et d'approvisionnement en eau sont particulièrement vétustes dans notre pays, ce qui nous fragilise.

La France a été longtemps une des nations pionnières dans le domaine de l'eau. C'est le pays d'origine de deux géants mondiaux du secteur. Mais la situation hexagonale s'est beaucoup dégradée, avec un besoin d'investissement estimé à quelque 4,5 milliards d'euros par an par l'Union Nationale des Industries et entreprises de l'Eau.

Un seul exemple de l'impéritie actuelle : le taux de renouvellement des réseaux d'eau potable est estimé à 0,63%, un rythme qui correspond à un remplacement des tuyaux tous les 158 ans. Or, selon les professionnels, les tuyaux sont hors d'état de fonctionner normalement après seulement 60 ans d'utilisation, avec, dès lors, des risques de fuite majeurs, en particulier lorsqu'ils sont enterrés sous des routes très fréquentées.

Ce sous-investissement chronique, depuis au moins trente ans, a déjà des conséquences importantes. Alors qu'au Luxembourg, pays particulièrement performant, avec des canalisations datant en moyenne de 22 ans, le rendement des réseaux est supérieur à 95% (98% en 2020), en France, le rendement moyen est de seulement 80%. Autrement dit, en moyenne, 20% de l'eau traitée par nos installations de potabilisation et de distribution file dans la nature et n'atteint jamais un robinet.

Des dépenses et des émissions de CO2 pour rien. Une dilapidation de notre capital eau.

Des risques existent par ailleurs, qui pourraient aggraver la situation sur certains territoires. À la suite de l'effondrement d'un pont à Gênes en Italie, en 2018, le Sénat a fait un bilan de l'état des ponts français, identifiant pas moins de 25 000 ponts défaillants. Une partie d'entre eux supporte des canalisations.

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Comment expliquer un tel laisser-aller dans ce secteur économiquement et socialement stratégique ? La réponse est malheureusement prosaïque. Les travaux sont coûteux, dérangeants, et les améliorations peu visibles à court terme. Pour les élus, faire changer des canalisations est d'autant plus délicat qu'ils veulent éviter de mettre en difficulté les habitants défavorisés de leurs territoires, en augmentant le prix de l'eau.

Ce contexte politico-économique suboptimal n'avait pas posé de problème majeur tant que l'eau apparaissait comme une ressource abondante. Mais le choix de recourir à des réparations ponctuelles plutôt que d'investir dans les infrastructures met le système sous pression en période de sécheresse. Les villages sont particulièrement impactés en raison de leur manque de moyens, avec souvent des réseaux d'eau dont les rendements ne dépassent pas 60% .

Une réaction des pouvoirs publics est nécessaire. Les capacités d'agir des Agences Régionales de l'Eau doivent d'abord être renforcées. Elles soutiennent les communes dans leurs investissements. Mais sommées, depuis 2016, de s'occuper aussi du maintien de la biodiversité, elles n'ont pas bénéficié d'une hausse correspondante de leurs moyens.

Pendant longtemps a prévalu par ailleurs le principe équitable de « l'eau paie l'eau », autrement dit, un financement du secteur pour l'essentiel par les consommateurs. Mais devant le retard pris en matière d'investissement, face à l'aggravation de la situation provoquée par le changement du climat, trouver de nouvelles ressources semble désormais nécessaire.

De « grands emprunts » pourraient contribuer à financer la remise en état de ces infrastructures vitales. Une réforme des règles comptables est aussi indispensable. Les canalisations durent une cinquantaine d'années. Les investissements devraient être amortis sur cette durée et non comme aujourd'hui sur des temps beaucoup plus courts. La question peut paraître technique, mais cela permettrait d'investir à coût plus faible et d'attirer également des fonds privés.

Avoir des réseaux qui fuient est peut-être acceptable avec une ressource en eau abondante. Cela devient un risque problématique quand la ressource s'appauvrit. N'attendons pas d'être à sec pour commencer à agir.

Alain Denis

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