Plan de relance : la construction sacrifiée

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Norbert Fanchon, président du directoire du groupe Gambetta
Norbert Fanchon, président du directoire du groupe Gambetta (Crédits : DR)
OPINION. Il faut croire que le gouvernement ne regarde pas les indicateurs de la construction de logements dans notre pays. Ils n’ont pas été aussi mauvais depuis des dizaines d’années et sans lien avec la pandémie : ces chiffres pointent un doigt accusateur sur les choix budgétaires de la première heure, ainsi que sur la dégradation des relations entre l’État et les maires. Il est sans doute douloureux de regarder la réalité en face sans déplaisir. Par Norbert Fanchon, Président du Directoire du Groupe Gambetta (*)

Les faits sont là : tous les signaux sont au rouge, sans exception. Notre production annuelle s'établit en dessous de 400000 unités par an, alors que le pays en a besoin d'un quart de plus. Le 2e trimestre a été marqué par un recul sans précédent des mises en vente. Toujours sur ce trimestre, les réservations de logements neufs par les ménages ont cédé 41,7% et les annulations ont atteint le niveau record de 31,4% (chiffres du ministère du Logement).

Lire aussi : La Covid-19 a fortement ralenti la commercialisation de logements neufs


L'essentiel des 7,5 Mds € concentré sur la rénovation

L'avenir immédiat s'écrit avec la même encre : globalement, les permis de construire délivrés, les demandes de nouveaux permis, comme les logements commencés fléchissent sur un rythme de l'ordre de 3% par mois, avec une obstination que rien ne vient contrarier. Le prix des logements neufs augmente, sous les effets conjoints de la baisse de l'offre et de la hausse ininterrompue du prix des terrains, sous le poids de ces normes qui doivent être simplifiées et qu'on ne simplifie pas, et des précautions sanitaires qui enchérissent le coût des chantiers.

Il ne saurait être question d'être aveugle quant à la mobilisation des fonds publics pour soutenir l'activité globale du bâtiment, mais l'essentiel des 7,5 milliards est concentré sur la rénovation des immeubles existants. Moins de 10% de l'enveloppe globale sont fléchés vers la construction neuve, avec deux dispositifs qui n'influeront que difficilement et avec du retard sur la production : une aide de 350 millions aux villes qui privilégient les constructions denses et une de 300 millions pour dépolluer des friches industrielles à des fins de construction. Dans le meilleur des cas, ces mesures, pour opportunes qu'elles soient, n'abonderont la production que dans trois ou quatre ans...après la fin du quinquennat !

120.000 suppressions d'emplois à redouter

De quoi le secteur a-t-il besoin ? De gestes immédiatement efficaces, qui resolvabilisent la demande par tous moyens utiles, en jouant sur le budget des ménages et sur les coûts de production. Le prêt à taux zéro doit retrouver sa pleine puissance et le dispositif Pinel doit être pérennisé au-delà de 2021. Rien non plus dans le plan de relance sur la fiscalité de la construction neuve : alors que l'Allemagne a baissé sa TVA, ce qui profite au logement, la France se satisfait d'un taux de 20% pour les logements libres, auxquels il faut ajouter des droits de mutation de plus de deux points. Bref, plus du cinquième du prix final d'un logement pour l'acquéreur n'a rien à voir avec ce que vaut vraiment le logement. En temps de fragilisation des revenus des ménages, alors que leur pouvoir d'achat a baissé de 2,3%, aucun geste fiscal. Enfin, rien pour que le prix du foncier ne baisse.

À l'arrivée, un secteur de la construction résidentielle sacrifié : 120 000 suppressions d'emplois sont à redouter dans la filière.  Ce sont des dizaines de milliers de projets logement des Français, dont les plus modestes d'entre eux vont être ensevelis par l'étonnante indifférence de l'exécutif à la situation du logement neuf, exemplaire en outre au plan écologique. Il serait heureux à ce stade que le parlement corrige la copie incomplète du gouvernement lors de l'examen du plan de relance à l'Assemblée et au Sénat. Sans cela, le redressement de la France sera compromis : le bâtiment et la construction constituent le plus puissant levier de relance, à l'origine de plus de 5% du produit intérieur brut. La maladie du moment qui affecte le secteur coûte au pays près d'un demi-point de croissance. Il est urgent d'y remédier.

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Pionnier du logement coopératif, le Groupe Gambetta est un promoteur spécialiste de l'accession à la propriété. Créé  à  Cholet  (49)  en  1923,  le  Groupe  est présent dans l'Ouest, le Centre, en PACA, en Occitanie et Ile-de-France, des territoires où il a construit plus de 30 000 logements depuis sa création. Il prépare aujourd'hui de nouvelles implantations afin d'atteindre une dimension nationale et de poursuivre son développement.  Membre de la Fédération des Promoteurs Immobiliers et de l'Union Sociale pour l'Habitat, le groupe produit 1 000 logements par an, égalitairement répartis entre secteur social et privé.

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a écrit le 09/09/2020 à 12:26 :
Il faut que le gouvernement relance l'idée de constructions de prisons. Et qu'ensuite il y mette le personnel. Il jette déjà assez de milliards d'euros à tout va.
a écrit le 09/09/2020 à 9:59 :
Tout cela est bel et bon : comme d'hab' c'est la faute au gouvernement.
Mais, à regarder les comptes des promoteurs cotés, on peut voir que ceux-ci gagnent très bien leur vie, vraisemblablement grâce à des prix de ventes élevés (et boostés par les aides Pinel et autres).
Et on peut se demander s'ils ne font pas très attention à ne pas construire trop, pour ne pas tuer la poule aux oeufs d'or. En tout cas, ils n'ont pas beaucoup de stocks "durs" d'invendus.
a écrit le 09/09/2020 à 9:23 :
L echec complet de l aménagement du territoire...
La france au début du TGV avait mis à 1 heure de Paris un très grand nombre de ville avec une bonne qualité de vie. Les prix prohibitifs du TGV et grèves n'en font plus une solution.

Les politiques avec leur ego surdimmensioné ne pensent qu'à entasser les gens dans des grandes urbanisations.

Il y a assez de logement en Francesi l'activité était mieux répartie dans les régions

A part paris, l'emploi et les salaires sont us bas.

Seules les professions libérales s'en sortent un peu mieux
a écrit le 08/09/2020 à 18:00 :
Encore un promoteur qui vient pleurer pour qu on subventionne ses clients. Et c est suremenent le meme qui va se plaindre qu il paie trop d impots ....

Ca ne lui vient pas al idee que s il n y a plus de demande , c est que les prix ne sont pas en accord avec les ressources de ses clients ?

Il faut faire exactement l inverse de ce que preconise ce monsieur et que l etat arrete de subventionner le secteur qui est devenu completement accro aux subventions. Ca va etre dur, comme un drogué le secteur va devoir etre sevré.

En resumé il faut supprimer le PTZ, supprimer le Pinel, annoncer que les APL ont vocation a disparaitre (a la place on peut relancer la production d HLM pour loger ceux qui ne peuvent vraiment pas payer). Du coup les prix des logements vont s effondrer car il n y a plus l etat pour jeter de l huile sur le feu (et en plus les boomers vont bientot devoir vendre pour payer l ephad)


Evidement pour un promoteur c est pas tres rejouissant. c est mieux de vendre de la defiscalisation (les gens n achetent pas des logements mais une reduction d impot. ca permet de vendre des logemenst pas terrible au prix fort)
Réponse de le 08/09/2020 à 22:10 :
Analyse pertinante.
Réponse de le 09/09/2020 à 10:00 :
Entièrement d'accord avec vous. Merci et bravo !
a écrit le 08/09/2020 à 15:24 :
On comprend que le gouvernement évite de sponsoriser des entreprises qui ne peuvent faire travailler que des étrangers à l'UE ou des travailleurs détachés puisque nos jeunes sont dans les universités , qui leurs donnent un savoir et non un métier.
a écrit le 08/09/2020 à 11:36 :
Depuis l’apres guerre mais plus encore depuis la fin des années 80 ont a construit énormément,boulogne,issy les moulineaux par exemple sont surdensifies,la ou le choix se limitait au 16eme ou neuilly dans les années 90 il est infiniment plus élargi aujourd’hui.C’est d’acquéreurs solvables dont on a besoin,pas de logements.
a écrit le 08/09/2020 à 11:01 :
Il est bien plus important de maintenir en bon état nos infrastructures routières et ferroviaires que de construire du "neuf" destructeur d'environnement!
Réponse de le 08/09/2020 à 12:35 :
Bien vu !
Mais... on va vivre où ? Sous des ponts ? Remarquez, s'ils sont rénovés ça peut attirer du monde !
Réfléchissez, bon sang.
Il faut faire les deux : construire et développer/rénover les infrastructures.
a écrit le 08/09/2020 à 10:43 :
N'importe quoi, au lieu de regarder les chiffres, promenez vous en France et comptez le nombre de maisons ou immeubles vides du seul fait de la spéculation immobilière, votre stratégie de construire toujours plus sans rénovation ne pouvant que mener à toujours plus de spéculation, de gaspillage, de pollution, de dumping fiscal et social. Je traverse des villages presque entiers à vendre même... Des logements il y en aurait largement assez si les magouilles politico-financières ne les monopolisaient pas.

C'est pénible d'avoir à ouvrir les yeux d'aveugles seulement intéressés par eux.
Réponse de le 08/09/2020 à 18:05 :
1) "Plus personne ne veut vivre en pleine cambrousse, éloignés de tout service ou médecin" pas sur, regeardez les gilets jaunes. c est des gens qui ne peuvent pas se payer des logement ailleurs qu en pleine cambrousse et devoir rouler 2 h par jour pour aller travailler

2) promenez vous dans une grande ville (paris ou probablement aussi lyon) le soir. vous allez voir qu il n y a pas beaucoup d appartements eclaires... donc il y a pas mal d appart qui sont vide (ou font du AirB&B)

3) vu la qualite du neuf actuel (en particulier la reduction des surfaces), je prefere l ancien ! et la domotique c est vraiment un gadget (surtout le jour ou ca va tomber en panne et qu il n y aura plus de peice detache pour reparer)

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