Politique monétaire : pas de quoi se réjouir de l'action de la BCE

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La chute des taux d'intérêt liée à la politique de la BCE nuit au secteur bancaire. Sa capacité à prêter aux entreprises est pourtant essentielle, dans une phase de reprise. par Elga Bartsch, chef économiste chez Morgan Stanley

Il y a un mois, les marchés de capitaux saluaient le succès initial du programme de rachats d'obligations de la BCE. Contrairement aux réactions que suscitent généralement les programmes d'assouplissement quantitatif aux États-Unis et au Royaume-Uni, cette mesure a provoqué une chute marquée des rendements des obligations d'État dans la zone euro. Au même moment, le spread de taux d'intérêt entre les obligations d'État à court et long terme s'est resserré. Les spreads souverains entre les pays du cœur et de la périphérie de la zone euro affichent une tendance similaire.

 L'efficacité de la BCE?

Ces mouvements extrêmes du marché ont amené certains observateurs à conclure que le programme de rachats de la BCE avait été particulièrement efficace dans les premières semaines. Désormais, ils se demandent si l'objectif de 60 milliards d'euros par mois doit être revu à la baisse dès juin compte tenu des effets non négligeables sur les marchés. J'estime que ce serait une erreur de politique monétaire que de réduire le volume d'achats aussi rapidement - même si je ne figurais pas parmi les fervents supporters d'un programme d'assouplissement quantitatif avant sa mise en œuvre par la BCE.

En janvier, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé d'injecter plus de mille milliards d'euros dans le système financier afin d'enrayer la spirale déflationniste. La baisse significative des rendements obligataires n'est donc pas une raison suffisante pour se détourner de cet objectif, dans la mesure notamment où la détérioration croissante des rendements pourrait être interprétée comme le résultat de la révision à la baisse des prévisions de croissance et d'inflation. Il est plus probable que la baisse des rendements est due à la taille très ambitieuse du programme de rachats de la BCE au regard du volume d'émissions nettes d'obligations d'État.

Un rythme d'achats difficile à maintenir

La BCE aura du mal à maintenir le rythme actuel de ses achats si les rendements continuent de baisser. En effet, les investisseurs soumis à une réglementation stricte, comme les banques, les compagnies d'assurance et les fonds de pension, vont se montrer plus réticents à vendre si les rendements continuent de baisser, voire deviennent négatifs. Le taux de rémunération négatif des dépôts devrait encore accentuer cette tendance, la seule option qui s'offre aux investisseurs pour échapper à cette mesure étant de se désengager complètement des produits de taux européens.

Pour relancer l'économie, il faut une relance du crédit bancaire... improbable

Dans la mesure où l'activité économique est financée pour les trois quarts par le système bancaire, le succès à long terme de la politique monétaire actuelle ne reposera pas sur les fluctuations des rendements et des taux de change mais plutôt sur la relance du crédit bancaire. La baisse des rendements, un taux de rémunération négatif des dépôts et l'aplatissement de la courbe des taux sont autant de facteurs qui tendent à peser sur le système bancaire ainsi que, potentiellement, sur le crédit bancaire.

Elga Bartsch, Chef économiste chez Morgan Stanley.

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Commentaires
a écrit le 20/04/2015 à 14:20 :
hum! hum! de beaux yeux derrière des lunettes . J'aime .
a écrit le 19/04/2015 à 9:18 :
Les spéculateurs se frottent les mains, mais l'économie réelle s'enfonce encore plus dans la dépression, merci la BCE !!!
a écrit le 18/04/2015 à 18:41 :
Les citoyens français ne devraient-ils pas être vigilants: on nous publie des risques financiers. Si on parle encore de la crise de 29, aurons-nous un double bétonnage des routes, la réponse de l'Europe est-elle adaptée alors que les américains font de la croissance et de l'emploi et que les pays du sud Europe ont plus de chômage et moins d'actifs qu'ailleurs. Pendant qu’on bavarde dans les palais le chômage augmente… aux USA depuis la crise, on a une baisse relative de la population active. Que faisons-nous ? L’austérité n’est-elle pas à venir alors que nous sommes en perspectives négatives. N’avons-nous pas une apocalypse monétaire ou financière organisée ?
Réponse de le 18/04/2015 à 19:22 :
"les américains font de la croissance et de l'emploi" Certes, vous avez le droit d'y croire. Mettez ça en parallèle avec 50 millions de cowboys aux food-stamps, et là, ça coince.
Réponse de le 20/04/2015 à 0:24 :
Ah oui vous prenez vos infos du blog de resistanceauthentique ? Pro russes ? Vous avez vécu aux usa ? Où ça ? combien de temps ?
a écrit le 18/04/2015 à 18:13 :
La politique monétaire, serait la solution à la crise. Le QE est-il une politique d’Etat libéral ? Dans le blablalitique, on fait des traités non appliqués type Maastricht, à quoi ça sert ? Aurons-nous baisse de la dette de 100 à 60, alors qu’il en existerait qui n’est pas comptée ? Nous avons signé un traité européen, des directives non appliquées, pourquoi dit-on qu’on est dans l’Europe si on n’applique pas le traité de Lisbonne sur la compétitivité innovation ? On prône l’Europe de la croissance et de l’emploi, c’est en 2050 ? Les ménages sont forcés de financer des logements chers au lieu de financer la croissance. En France on fait des fonctionnaires on appelle cela croissance, fort bien, quid des 6 millions de chômeurs qu’on a rejetés de la vie active et des salariés qui n’ont pas de carrière entière ?
Y aura-t-il sanction aux régionales ? Gouvernés par la CAF, est-ce la casse anti France, ou la fonction publique à l’ancienneté, n'est-ce pas fulligineux?
a écrit le 18/04/2015 à 16:56 :
Tiens, on parle du secteur bancaire US là : https://resistance71.wordpress.com/2011/10/19/au-coeur-du-nouvel-ordre-mondial-wall-street-et-la-montee-en-puissance-dhitler-professeur-antony-sutton-1ere-partie/
a écrit le 18/04/2015 à 8:40 :
Bof,on peut douter de la sincérité de la dame:Morgan Stanley a touché 100 milliards de dollars a taux zéro(et sans doute jamais remboursés) de la FED.Donc le QE n'est pas mauvais pour tous...
a écrit le 17/04/2015 à 22:56 :
Qui s'interroge réellement ? L'intermédiation bancaire a été tuée par la politique monétaire avec son inanité concernant les taux. Les banques se sont défaussés sur les marchés du risque et des fonds propres assurant la solvabilité. Le casino de liquidités effrénées a annihilé le désendettement proclamé. Cette gigantesque cavalerie financière et monétaire déboussole les économistes et l'économie réelle.
a écrit le 17/04/2015 à 22:46 :
C'est sur, Elga Bartsch, c'est mieux que Draghi et tout l'Executive Board de la BCE !!! Je suis toujours sidéré de l'aplomb de ces experts auto proclamés qui savent mieux que personne.... Tout en ne participant pas aux instances de décision !!! Chercher l'erreur, et si vous voulez vous ruinez, suivez les économistes....
a écrit le 17/04/2015 à 18:28 :
Un peu d imagination Mrs les banquiers. Il faut prêter à qui veut avec des taux inconstants . Plus la réussite est là plus les taux se tendent , un tradeur au chômage pourrait vous conditionné une abaque des évolutions du taux d emprunt au prorata de la réussite de l investissement ou du passage difficile de la trésorerie .
a écrit le 17/04/2015 à 17:43 :
On nous dit que tout roule, l'économie reprend, le chômage va décroître, l'investissement revient (CICE), les marges des entreprises se sont reconstituées, le moral est orienté beau fixe, bla-bla-bla. Un discours divergent ? Une frondeuse ??
Réponse de le 17/04/2015 à 22:49 :
Mais non, il faut bien que tout le monde vive !!! Alors, un petit papier, c'est nécessaire, de préférence Cassandre, c'est plus facile et on risque moins, surtout quand on ne connaît pas les tenants et aboutissants des décisions prises....

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