Pourquoi la Health Tech française décolle

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La France dispose de tous les atouts pour prendre des positions décisives dans la Health Tech.
La France dispose de tous les atouts pour prendre des positions décisives dans la Health Tech. (Crédits : DR)
OPINION. Jusqu'à présent principalement portée sur la simplification de la gestion administrative des actes médicaux (Doctolib, Lifen, ...), la Heath Tech française constitue désormais un écosystème solide qui élargit son champ d'activité au diagnostic, aux prescriptions, aux suivis médicaux et jusqu'au traitement des maladies. Les investisseurs en raffolent.

La Health Tech française accélère, se diversifie et suscite l'enthousiasme des investisseurs. Et pour cause : l'écosystème des startups de la e-santé ne cesse de grossir et d'élargir son périmètre. Jusqu'à présent principalement porté sur la simplification de la gestion administrative des actes médicaux (Doctolib, Lifen, ...), la Health Tech passe désormais à la phase d'après.

Un écosystème solide

De nombreux entrepreneurs adressent les problématiques de diagnostics, de prescriptions et de suivis médicaux à l'instar de Voluntis, pionnier français depuis 2001. Cardiologs, DNA script, Gleamer, Implicity, Owkin ou encore Synapse sont celles qui ont attiré l'attention des investisseurs ces derniers mois. Encore plus audacieuses, certaines startups s'attaquent aux problèmes de santé en eux-mêmes. Wandercraft, par exemple, a développé un exosquelette pour refaire marcher ceux qui ne le peuvent plus.

Cette accélération peut s'appuyer sur un écosystème solide avec de nombreux incubateurs spécialisés comme Eurasanté, Agoranov, Paris Biotech Santé, Paris & Co (Boucicaut), IPEPS-ICM, ... De nombreux investisseurs travaillent aussi sur ces dossiers: XAnge, LBO France (anciennement Innovation Capital), Cap Décisif, Kurma, ISAI, Elaia, Serena, Patient Autonome (BPI France)...

Abaissement des barrières à l'entrée

Mais comment expliquer cette récente accélération. Et comment expliquer l'intérêt croissant des investisseurs pour la Health Tech ? D'abord, le coût d'entrée pour développer un software baisse. Aujourd'hui, un million d'euros suffit pour développer un produit là où il en fallait encore dix il n'y a pas si longtemps. Merci aux très nombreux logiciels disponibles en open source qui permettent de gagner du temps et donc, de faire baisser les coûts.

Même schéma dans le hardware. Avant, il fallait développer des circuits intégrés dédiés. Puis les fabricants de téléphones portables sont passés par là, développant des composants d'une qualité inégalée, que l'on peut réutiliser dans le hardware medical. Grâce à ces évolutions, Wandercraft, avec son business de système (hardware + software) a pu sortir son produit pour un investissement d'une vingtaine de millions d'euros là où il lui en aurait fallu 200 il y a quelques années.

Enfin, la barrière réglementaire n'en est plus vraiment une. L'indispensable marquage CE n'est plus un obstacle pour des entrepreneurs qui sont de plus en plus aguerris. Toutes les startups citées ont ou sont en passe de l'obtenir. La législation vient aussi favoriser la digitalisation de la médecine, avec l'exemple récent du remboursement de la télémédecine par l'assurance maladie.

L'IoT et l'IA, avenir de la Health Tech

Par ailleurs, la collecte des data s'est simplifiée. D'abord grâce à la digitalisation générale des différents systèmes (imagerie médicale, administration, ....). Mais aussi, avec l'arrivée de l'internet des objets. A partir de 2014, de nombreux objets connectés sont imaginés pour traquer et mesurer l'état du corps humain (Withings, Dream, ...). En 2017, 60% des établissements de santé avaient recours à l'IoT.

Tous ces facteurs mis bout à bout, certains se disent qu'il faudrait utiliser cette data disponible et déjà numérisée à des fins ... médicales. Il faut dire que la santé est un champ d'application tout trouvé pour l'intelligence artificielle, par essence grosse consommatrice de data, et que de très nombreuses banques publiques de données médicales sont disponibles comme celle du National Health Service britannique (NHS Digital). La création du Health Data Hub est actuellement au centre de nombreuses discussion pour remplacer l'Institut national des données de santé.

Enfin, les mentalités évoluent. Doctolib mène depuis plusieurs années un énorme travail d'évangélisation auprès des médecins sur la productivité et la santé de demain. Ces derniers sont maintenant en attente de solutions leur permettant de répondre à ces enjeux. Et des entrepreneurs aux profils hybrides, entre la science et le business, comme Clément Goehrs (Synapse) ou Christian Allouche (Gleamer), ont compris ces attentes et développent des solutions pour y répondre.

La France a donc tous les atouts pour prendre des positions décisives dans cette industrie : tout d'abord des médecins et des ingénieurs que le monde entier nous envie ; mais aussi, et c'est nouveau, un écosystème qui se met en place, au service d'entrepreneurs ambitieux.

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