Pourquoi Safran doit dire « oui » à Zodiac

Le rachat de Zodiac par Safran serait synonyme de réussite à plusieurs niveaux... mais pour en avoir conscience, il ne faut pas se restreindre à une simple vision court-termiste. Par Eric Blanchard associé gérant de la société Harold-Alexander
(Crédits : DR)

 Une fusion n'est jamais chose simple. Safran et Zodiac en savent quelque chose. Plus de trois mois après l'annonce du projet d'OPA, en janvier 2017, l'alliance entre les deux entreprises françaises n'est toujours pas officialisée. En cause : des réticences du côté des actionnaires de Safran et plus particulièrement du fonds activiste The Children Investment Fund (TCI), qui juge le prix de la transaction trop élevé. Pourtant, le rachat de Zodiac par Safran serait synonyme de réussite à plusieurs niveaux, mais pour en avoir conscience, il ne faut pas se restreindre à une simple vision court-termiste.

 La dictature du court terme

 Détenant à peine 4 % des parts de Safran, le fonds d'investissement britannique TCI entend pourtant dicter à l'entreprise son orientation stratégique, notamment sur la question du rachat de Zodiac. Arguant que le prix de la transaction — 29,47 euros par action Zodiac — est trop élevé et mettant en avant les récentes difficultés de l'entreprise à suivre l'augmentation frénétique de ses commandes, le fonds d'investissement veut à tout prix empêcher ce mariage.

 Le fonds est même allé jusqu'à déclarer, ce mercredi 3 mai, que l'action « Zodiac ne valait plus que 7 à 10 euros » et « qu'une offre supérieure à 10 euros se traduira par une destruction de valeur ». Une vision bien éloignée de celle du groupe bancaire Crédit Suisse qui a, quant à lui, maintenu sa recommandation « surperformance » pour Zodiac, « tout en ajustant de 27,50 à 26 euros son objectif de cours ». Le groupe bancaire estime ainsi que Safran pourrait baisser le prix de son OPA entre 26 euros, ce qui serait le « minimum » acceptable, et 27 euros par action.

 Les réticences du fonds d'investissement TCI semblent ainsi être dictées par des objectifs financiers à court terme et occultent en grande partie les profits qu'engendrerait cette fusion sur le long terme. En effet, entre économies d'échelle et place de choix au niveau mondial, le nouvel acteur issu de l'alliance entre le spécialiste des sièges d'avions, Zodiac, et le fabricant des moteurs de l'Airbus A320, Safran, offre des perspectives d'avenir plus que prometteuses.

S'installer parmi les leaders mondiaux

 Le rachat de Zodiac permettrait en effet à Safran d'occuper la 2ème et 3ème position au niveau mondial pour ce qui est respectivement du secteur des équipements aéronautiques et de l'aéronautique. En ce qui concerne l'aéronautique, le chiffre d'affaires de cette nouvelle entité atteindrait les 21,2 milliards d'euros, la plaçant ainsi juste derrière United Technologies et GE Aviation, qui comptent un chiffre d'affaires de 25,4 milliards et 22,2 milliards d'euros.

 Pour Safran, grimper sur la troisième marche du podium mondial de l'aéronautique, représente une opportunité à ne pas laisser passer. Le nouveau groupe, qui compterait alors 90 000 collaborateurs, détiendrait des arguments de poids à faire valoir lors des négociations commerciales et autres appels d'offres internationaux : baisse des coûts, création d'emplois, construction d'usines, etc.

 Par ailleurs, cette position permettrait au nouvel acteur de faire face à une concurrence internationale exacerbée dans le secteur des équipements aéronautiques, surtout depuis l'acquisition de l'équipementier BE Aerospace, spécialiste des cabines d'avions, par son compatriote Rockwell Collins, spécialisé quant à lui dans l'avionique et les technologies de l'information.

 Et si une telle opération n'est évidemment pas à prendre à la légère, adopter une vision à long terme est indispensable lorsqu'il s'agit du secteur industriel. Airbus, Renault ou encore Thales ne se sont pas imposés dans leur secteur du jour au lendemain. Les sirènes de la finance et du profit à court terme ne sont pas compatibles avec l'appareil industriel qui requiert plus de temps pour être source de profits.

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Commentaire 1
à écrit le 07/05/2017 à 19:46
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quelle pauvreté dans l'argumentation digne d'un quotidien gratuit de métro

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