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Quelles leçons économiques tirer de la crise en Guyane?

Bruno Alomar

Publié le 11 mai 2017 à 10:43 - Mis à jour le 11 mai 2017 à 13:58

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Seule une action de long terme traitant au fond les problèmes des territoires ultramarins, peut permettre, lentement mais sûrement, à ces territoires de trouver la voie de développement original. Par Bruno Alomar, économiste, ancien haut fonctionnaire aux directions générales de la concurrence française et européenne

La crise qui s'est développée en Guyane depuis quelques semaines semble entrée dans une phase d'apaisement. Rappelons qu'un premier accord gouvernemental a été trouvé le 21 avril dernier, prévoyant le versement d'une aide de quelques 3 milliards d'euros, aux fins de combler le retard du territoire en termes d'infrastructures. Le conflit s'était à nouveau durci au cours des semaines récentes, avec l'action d'une minorité d'ultras recourant à la violence, ce qui s'était soldé, outre des violences à l'égard des personnes, par des coupures d'électricité touchant jusqu'à 40% des guyanais. Le 8 mai, une phase d'apaisement que l'on souhaite définitive, s'est ouverte, avec la signature d'un accord entre EDF et l'UTG Eclairage.

Au-delà de la cette crise proprement dite, qui a vu des comportements inadmissibles se dérouler, il est sans doute utile de s'interroger sur les raisons économiques profondes des difficultés que rencontrent, au-delà du cas guyanais, les économies ultramarines.

Concentration des acteurs

Les économies ultramarines, du fait à la fois de leur petite taille, de leur insularité et du caractère atypique de leur réglementation dans leur environnement régional (application des normes françaises et européennes), sont plus exposées que l'économie nationale à des marchés de type monopolistique ou oligopolistique. Cette concentration des acteurs, qui ne doit rien à des pratiques anticoncurrentielles de la part des entreprises présentes, est naturelle et inévitable compte tenu de la taille des économies concernées. Elle alimente pourtant souvent des phantasmes et du ressentiment contre certaines sociétés, qui peuvent déboucher, cela a été le cas en Guyane, sur des actions violentes. Au cours des dernières années, Total et sa filiale locale aux Antilles Guyane la Sara ont ainsi été mis en accusation, de manière particulièrement violente lors de la crise de 2009. Les distributeurs, de gaz, d'électricité ou de produits de consommation, sont chacun passés par les mêmes difficultés.

Pas de profits élevés

Un tel état de fait engendre des phénomènes paradoxaux qui se retournent contre les habitants eux-mêmes. Contrairement aux phantasmes, les sociétés concernées ne génèrent pas de profits exorbitants dans les territoires ultramarins. Les prix élevés des produits et des services proviennent bien davantage de la petitesse des marchés, de leur éloignement, des contraintes réglementaires, des salaires élevés (du fait des sur rémunérations du secteur public qui tirent à la hausse le privé, du fait aussi de la conflictualité qui débouche sur des revalorisations épisodiques). Loin d'agir en profiteurs, beaucoup de grands groupes français présents Outre-Mer, c'est un secret de Polichinelle, ne restent localement que sous la pression des pouvoirs publics, lassés de voir leur image salie et leurs dirigeants locaux cloués au pilori, lassés de l'incertitude, des conflits sociaux et de la complexité locale. D'autres groupes sont partis, notamment dans le secteur bancaire.

Cercle vicieux

Au fil des décennies s'est ainsi enclenché un cercle vicieux au détriment des habitants, les sociétés étant conduites à pratiquer des prix plus élevés non pas pour augmenter leur marge mais pour tenir compte des pertes enregistrées lors des crises récurrentes.

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Plus largement, les économies ultramarines font face à de profondes fragilités, qu'aucun gouvernement, au-delà des annonces, n'a véritablement prises à bras-le-corps : un secteur public prépondérant, écrasant ; une compétitivité très faible du fait des niveaux de qualification et des coûts ; une incapacité des pouvoirs publics à ne pas céder face à la pression imprévisible, violente, et endurante de la rue.

Au total, seule une action de long terme traitant au fond les problèmes des territoires ultramarins, peut permettre, lentement mais sûrement, à ces territoires de trouver la voie de développement original qui doit être la leur, et d'éviter les crises à répétition dont tout le monde sort peu ou prou perdant.

Bruno Alomar, économiste, ancien haut fonctionnaire aux directions générales de la concurrence française et européenne

Bruno Alomar

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