Régénérer notre contrat social par la redécouverte des corps intermédiaires

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OPINION. Comment s'être collectivement félicité du rôle joué par la société civile organisée au plus fort de la crise du Covid-19 et ne pas lui reconnaître, aujourd'hui, la place naturelle qui devrait lui revenir dans la « réparation » de notre tissu social et la prévention des risques pesant toujours et plus que jamais, à très court terme, sur la cohésion de notre pays ? Par Benjamin Labonnélie, Président de l'Observatoire français des Corps intermédiaires (OFCI) (*)

Il est impérieux de redécouvrir les corps intermédiaires sous toutes leurs formes, outils d'organisation du collectif, de médiation et de dialogue avec les pouvoirs publics, tous aspects malmenés depuis trop longtemps !

Quel « Monde d'après » déjà oublié qui ne soit, pour les jeunes arrivant en cette rentrée sur le marché du travail, pour les petits patrons seuls face à leur destinée économique, pour les personnes âgées toujours plus précarisées ou isolées, pour les handicapés, pour les femmes ou enfants violentés et tant de causes auxquelles tant d'associations, fondations, ONG, syndicats de salariés ou patronaux, collectivités locales, mais aussi certaines entreprises engagées et autres corps intermédiaires apportent chaque jour leur part, qui ne soit encore plus brutal qu'avant si l'on ne prend pas enfin la mesure de la part d'intérêt général reposant précisément dans les mains de ces acteurs engagées au quotidien, là où les limites du rôle de l'Etat se sont faites criantes pour ne pas dire indigentes au plus fort d'une pandémie qui reprend vigueur ?

Nous n'avons plus le temps d'attendre pour replacer
l'engagement au cœur de la régénération de notre République

L'engagement n'est pas un mot d'ordre à destination de quelques bonnes âmes individuelles préoccupées du collectif et tissant chaque jour la toile d'un maillage ne s'occupant que de quelques-uns, mais le cœur battant de notre République, en tout cas de son troisième pilier permettant, pour chaque Français, engagés ou pas, bénévole ou pas, donateur ou pas, de trouver ou retrouver au jour de l'épreuve un sens du collectif se vivant au quotidien et dont chacun peut avoir besoin. S'interroger sur le sens de l'engagement, c'est répondre en effet assez vite à la question de la place et du rôle joué par chacun dans la société, dans l'organisation du collectif.

S'engager n'est jamais anodin et c'est même, dans l'Histoire, un des plus puissants points d'appui offert aux Politiques (qui l'oublient souvent) pour agir en faveur du Bien commun.

Il ne s'agit pas de s'adresser à des chapelles ou de voir disparaitre ce qui fonde et justifie nos Libertés individuelles, mais de permettre, plus que jamais, d'accompagner, d'associer, de canaliser et d'organiser la formidable soif de servir et d'aider qui innerve nos sociétés et dont la tragédie du Covid-19 a offert un puissant révélateur : aides entre voisins, distribution de repas chauds aux nécessiteux, constitutions de cagnottes, visites aux personnes isolées, ces élans spontanés organisés par tant de corps intermédiaires, collectivités, associations, etc., déjouent les pronostics de sociétés rongées par l'anomie, l'indifférence, si ce n'est la guerre de tous contre tous, et peuvent laisser augurer d'une nouvelle société reconnaissant, valorisant, impliquant enfin la société civile organisé dans la mise en œuvre des politiques publiques en dehors du régalien.

Dans le monde de l'entreprise, comment ne pas reconnaître l'évidence de la dynamisation de l'écosystème propre à chacune, pour celles se donnant une politique RSE ou se faisant sociétés à mission ou à raison d'être par exemple, sans oublier les points d'appuis au développement offert ou favorisé par le maillage de l'appartenance à un groupement professionnel, syndicat ou fédération, et bien sûr « interpro » type MEDEF, CPME ou U2P ?

Comment ne pas s'attrister d'un monde politique mettant d'ailleurs trop souvent, autour de la table, les mêmes visages du monde de l'entreprise, salutairement certes, mais ne se donnant pas la peine de prendre le pouls de tant et tant de secteurs d'activités trop souvent « sous le radar » des pouvoirs publics, et pourtant structurant de notre vie économique et sociale ?


Il est du rôle des Politiques de se mettre au service de ceux qui font. La question est pourtant permise de l'acceptation, par nombre des derniers gouvernements voire présidents, du coût d'une démocratie qui ne mette pas le peuple de côté une fois l'élection passée, faisant vivre à chacun le poids d'une solitude institutionnelle parfois redoutable et sans partage.


Dès lors, comment ne pas être alerté, depuis plusieurs années, de la mise à l'écart par les derniers gouvernements, de tant de professionnels du terrain relayant tant bien que mal les préoccupations vues et vécues de nombreux Français, retraités, salariés ou patrons peu ou plus écoutés ? Par exemple de celles portées par le personnel soignant à travers tant de syndicats, collectifs ou fédérations de professionnels de santé ? Il est intolérable de se dire par ailleurs que les associations de personnes âgées, représentant plus de 10 millions de personnes, n'ont plus d'interlocuteurs au plus haut niveau, alors que l'on ne saurait nier le rôle quotidien de ces associations !

Et quid d'une réforme des retraites menée tambour battant et restée à quai sans un dialogue poussé avec les partenaires sociaux braqués d'abord par la méthode ? Quid des Gilets jaunes ayant d'abord démontré qu'une demande politique sans débouché, se transforme évidemment en fureur, quand bien même le Grand débat, a priori salutaire, n'aura apporté que trop tard un début d'organisation, bienvenu, mais dont les résultats n'ont à ce jour fait l'objet d'aucun traitement ?

Quid d'un nouvel acte de décentralisation permettant une meilleure implication des collectivités locales que l'on semble redécouvrir, aujourd'hui, ainsi dans un déconfinement marquant le retour d'une éducation plus communale que nationale d'ailleurs, pour faire revenir les enfants sur le chemin de l'école ?

Notre conviction est que le manque de corps intermédiaires est à la base des nombreux orages ayant pesés sur la France et dont ils nous prévenaient pourtant. Il est temps que le pouvoir central retrouve le chemin menant aux Français tels qu'ils sont, par une rénovation de notre ingénierie démocratique passant par de multiples solutions dont les corps intermédiaires peuvent constituer les meilleurs outils, à même de tester ou proposer ou mettre en œuvre des solutions adaptées aux réalités, car en l'absence d'un modèle républicain chimiquement pur permettant au Prince de s'adresser à chaque Français, les corps intermédiaires ont toute leur place à prendre, au prix, bien sûr également, d'une transformation de leur fonctionnement.

Faire preuve d'humilité et d'empathie

Il en va de la vitalité et de la pérennité de notre modèle démocratique dont ils doivent être des sentinelles.

Mieux associés au processus législatif dans les études d'impact les concernant, par exemple, disposant d'interlocuteurs « affaires publiques » à l'entrée de chaque ministère, il serait selon l'Observatoire français des Corps intermédiaires du rôle de l'Etat de tendre sa main à ceux qui entendent porter efficacement la parole de tant de réalités vécues et qui ont besoin d'être reconnus, accompagnés, impliqués.

A l'heure des réseaux sociaux, baromètres de l'instant vécu donnant parfois l'illusion d'une verticalité inversée, plaider pour des corps intermédiaires associés à la bonne marche du pays revient à promouvoir un nouveau vivre-ensemble témoignant d'une demande d'une plus grande horizontalité et permettant une meilleure respiration démocratique de la France, pour la raison simple qu'aucune démocratie n'existe sans corps intermédiaires.

Il appartient aux pouvoirs publics de faire preuve d'humilité et d'empathie et de rassembler, chacun, autour de la notion de Bien commun afin de faire vivre, enfin, le troisième pilier le plus délaissé de notre République et de sa devise : notre Fraternité.

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(*) Par Benjamin Labonnélie, Président de l'Observatoire français des Corps intermédiaires, auteur de Le retour des corps intermédiaires, éditions Fauves 2020, ouvrage collectif écrit avec 30 personnalités engagées

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Commentaires
a écrit le 08/10/2020 à 22:17 :
Il faut dire à ce Monsieur qu'il est trop tard : Macron s'est chargé de les discréditer et de les étouffer, pour au moins dix ans. Ce en quoi ils l'ont aussi un peu cherché vue la mollesse des réactions, des protestations, de l'opposition quand Macron et ses séides ont commencé leur travail de démolition.
a écrit le 08/10/2020 à 17:36 :
Notre modèle démocratique doit évolué, nous avions les corps intermédiaires et des représentants élus faute de la technologie permettant au peuple souverain d'intervenir directement! Ce n'est plus le cas! Nous pouvons aussi mieux les contrôler, mais la loi ne suit pas ce qui est logique puisque ils veulent rester incontrôlable!
a écrit le 08/10/2020 à 13:35 :
"S'engager n'est jamais anodin et c'est même, dans l'Histoire, un des plus puissants points d'appui offert aux Politiques (qui l'oublient souvent) pour agir en faveur du Bien commun."
C'est quoi déjà les engagements passés de notre Président ? Ah oui, engagé dans la banque, j'avais oublié !
L'exemple vient d'en haut, et l'exemple en question a détruit par son mépris et sa orgueil les corps intermédiaires, leur représentativité, leur intérêt pour la Nation.
Qui, aujourd'hui, aurait envie de s'engager sur le long terme pour participer à la société, à la vie de la cité, quand cet engagement n'est plus reconnu pour son importance par nos politiques (qui ont effectivement la mémoire courte) ?
Aujourd'hui, c'est le court terme et l'individualisme qui priment. Et cela nous conduira directement à l'anarchie ; mais pas celle de la violence (qui peut toujours être réprimée), celle de l'argent ! Ceux qui en ont seront à l'abri, et tant pis pour les autres !
"Ni Dieu Ni maître, mais avec mon pognon"... voila le monde que Macron (et ceux de son acabit) nous laisseront.

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