Relance : pourquoi la France doit rapidement actionner ses leviers d'épargne

OPINION. La France disposera à la fin de l'année d'une épargne Covid d'un montant de quelque 180 milliards d'euros, soit l'équivalent de près de 7% du PIB. Cette manne doit être mobilisée au plus vite pour assurer une relance rapide et durable de l'économie du pays ! (*) Par Sylvain Coriat, membre du comité exécutif d’Allianz France, en charge des assurances de personnes.

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Le Premier ministre Jean Castex, lors d'une présentation à Orléans le 21 février dernier du plan France Relance pour la région Centre Val de Loire.
Le Premier ministre Jean Castex, lors d'une présentation à Orléans le 21 février dernier du plan "France Relance" pour la région Centre Val de Loire. (Crédits : Reuters)

La relance est l'enjeu des prochains mois et sera le marqueur de l'efficacité de l'action gouvernementale à l'aune des prochaines échéances électorales.

En France, l'épargne Covid devrait s'élever à près de 180 milliards d'euros en fin d'année selon la Banque de France, soit près de 7 % du PIB. Cette manne représente un levier de relance indispensable pour le pays. La mobilisation rapide de cette épargne accumulée par les Français est donc essentielle pour soutenir les fonds propres de nos PME et ETI.

Quel paysage économique retrouvent les entreprises dont l'activité redémarre ? La plupart d'entre elles anticipent une dette de long terme à laquelle il va falloir faire face. En parallèle, les Français disposent de capacités d'épargne exceptionnelles, majoritairement en attente d'affectation sur leurs comptes courants.

C'est sur ce constat qu'a été pensé le plan France Relance, qui vise à soutenir la relance économique sur l'ensemble du territoire et à permettre aux épargnants d'orienter leur épargne vers le financement des PME et ETI françaises à travers des fonds d'investissement qui portent le label « Relance ». Ces fonds demandent des horizons d'investissement d'une quinzaine d'années.

La France dispose déjà de solides outils pour assurer le fléchage des excédents de liquidité vers ces besoins de long terme. Encore faut-il en améliorer la compétitivité et en valoriser tout le potentiel pour que les Français s'en emparent. Les solutions d'épargne sur plus de 20 ans comme le contrat « vie génération », le Plan d'Epargne Retraite (PER) et les Fonds de Retraite Professionnels Supplémentaires (FRPS) constituent trois leviers d'investissements bien adaptés pour participer à une relance économique saine et durable, dans l'intérêt des générations à venir.

Trois pistes à étudier

Trois pistes devraient être étudiées à l'occasion du projet de loi de finances 2022 pour flécher cette épargne au profit des PME et ETI françaises.

  • Inscrire les fonds avec le label 'Relance' dans la liste des investissements prioritaires du contrat « vie génération » :

Le contrat « vie génération » permet de transmettre son patrimoine en finançant durablement le tissu économique de nos territoires. Il s'agit d'un contrat d'assurance vie, souscrit pour plus de 20 ans, et investi en unités de compte qui doit porter pour au moins 33% sur des actifs dans certains secteurs de l'économie française jugés prioritaires par le législateur : les PME et les entreprises de taille intermédiaire, le logement social, les entreprises de l'économie sociale et solidaire.

En contrepartie de ce cadre d'investissement contraint, les capitaux transmis par décès du souscripteur bénéficient d'un abattement supplémentaire de 20% des sommes soumises à l'imposition. En cas de rachat avant le décès, aucun avantage supplémentaire n'est consenti au souscripteur par rapport à un contrat d'assurance vie classique, ce qui encourage un placement durable. Pourtant, à ce jour, les fonds avec le label 'Relance' n'y figurent pas, alors qu'ils sont au cœur des besoins de financement de tissu économique et qu'ils pourraient pleinement bénéficier de la pérennité de ce contrat. Par ailleurs, les assurés de plus de 70 ans ne peuvent pas transférer leurs contrats existants dans ce cadre fiscal innovant, alors que la loi Pacte les autorise à procéder à un transfert vers des produits d'assurance vie classiques moins favorables à la relance.

  • Assouplir la fiscalité du PER pour booster son attractivité

Le Plan d'Epargne Retraite (PER) est un placement investi jusqu'à la retraite, permettant à son souscripteur d'investir sur le très long terme.

Néanmoins, une réactualisation du barème des rentes qui date de 1979, notamment en faisant passer le taux d'imposition actuel de 40% à 30% pour les assurés de plus de 60 ans et de 30% à 20% pour ceux de plus de 70 ans, serait nécessaire pour accroître l'attractivité du produit et l'adéquation entre PER et fonds de relance, le tout avec un coût nul pour les finances publiques. Cette modification renforcerait l'intérêt d'une rente viagère qui assure aux assureurs de pouvoir investir sur des durées très longues et évite des rachats qui se tournent très fréquemment vers l'immobilier lors du départ à la retraite. Mais, aujourd'hui, le traitement fiscal de la rente est dissuasif et le terme même de « rente » est négativement connoté. Pourtant, la rente n'est qu'un complément de retraite : la fiscaliser plus justement ne coûterait pas à l'Etat et permettrait des investissement longs et fructueux au bénéfice des futurs retraités et des entreprises dans lesquelles l'assureur investirait les provisions correspondantes. Cette démarche aurait le mérite de la cohérence tant avec la loi Pacte qu'avec la fiscalité immobilière.

  • Faire valoir les avantages des Fonds de Retraite Professionnels Supplémentaires, un levier encore trop confidentiel en France

Les Fonds de Retraite Professionnels Supplémentaires (FRPS) sont les vrais « fonds de pension à la française ». Ces entreprises d'assurances disposent d'un régime dérogatoire leur permettant d'investir sans contrainte dans le financement de l'économie tout en conservant une gestion « en bon père de famille ». Ils sont à la fois les gardiens des retraites futures et les gardiens du financement à long terme de l'économie.

Malheureusement, ils sont encore méconnus du grand public et pourtant c'est bien à eux qu'ils sont destinés. En choisissant de confier leur épargne retraite à ces assureurs d'un nouveau genre, spécialistes de la retraite, les épargnants optent pour un assureur qui peut investir sur le très long terme, sans souffrir des contraintes excessives de Solvabilité 2. « Qui est l'assureur ? » : cette question devrait devenir le réflexe de tous les épargnants. A ce jour, les FRPS proposant des produits au grand public ne sont qu'au nombre de 4 (Allianz Retraite, Aviva Retraite professionnelles, Axa Retraite Entreprise, Malakoff Humanis Retraite Supplémentaire). Il est urgent de les faire connaitre et reconnaitre.

Jouer un rôle d'amplificateur du plan de relance

En conclusion, ces trois leviers peuvent jouer un rôle d'amplificateur du plan de relance, en contribuant à le promouvoir et à renforcer son attractivité. La France doit donc capitaliser sur leurs atouts et améliorer le plus possible leur compétitivité. Ne pas adapter le projet de loi de finance à cette fin serait une occasion manquée dommageable pour les PME et TPE françaises dans le contexte de relance économique.

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Commentaires 8
à écrit le 08/09/2021 à 11:56
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La France n a pas d epargne les Francais oui Vous ne confondez pas un peu? L état mange tout et plus que ce que lui donne les peux de contribuable qu il reste

à écrit le 08/09/2021 à 10:04
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aah par que ces les journalistes et les économistes maintenant qui dirige le Futur Jeune Chef Mafieux en Devenir de LREM avec ses collègues Truands A Cols Blancs

à écrit le 08/09/2021 à 8:25
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rien d etonnant qu un assureur preche pour sa paroisse et demande des faveurs fiscales pour ses contrats d assurance vie. par contre est ce l interet de la France de favoriser ces contrats ? Rien n est moins sur ! Quel interet d alleger la taxation...

à écrit le 08/09/2021 à 2:49
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Vu le climat et les perspectives politiques, ceux qui ont pu menager la chevre et le chou continueront d'epargner. Demain sera un autre jour...

à écrit le 07/09/2021 à 22:10
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J'adore les propositions des grands "démocrates" qui se proposent de mieux dépenser l'argent qui ne leur appartient pas...

à écrit le 07/09/2021 à 17:19
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Faut demander à ceux qui ont mis de côté pendant cette crise covid En plus c'est surement une bonne partie de l’électorat LREM: La crise du Covid est particulièrement inégalitaire pour les Français, même pour leur épargne . La Banque de France est...

à écrit le 07/09/2021 à 15:18
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La moitié de l'article consiste à décrire le démantèlement du système de retraites ... et toujours rien d'innovant, et de réellement plus avantageux, sur les successions.

à écrit le 07/09/2021 à 15:14
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Pourquoi ne pas utiliser une partie de cette argent pour réduire la dette, meme si la France emprunte a 0% ???

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