Emploi : Nokia, Hop ! , Brittany Ferries, la Bretagne mobilisée face au risque de choc économique

Sur un rayon de 50 kilomètres, plusieurs milliers d’emplois sont concernés par des projets de réorganisation ou par l’impact de la crise. Les annonces de réductions d’effectifs chez Nokia et Hop!, les inquiétudes de Brittany Ferries touchent particulièrement la côte Nord de la Bretagne. A Rennes, le site de R&D de Technicolor est en sursis. Le président de la Région et les élus locaux appellent le gouvernement à se manifester et agir vite.

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A Roscoff, la compagnie de transport maritime Brittany Ferries n'envisage pas de plan social mais redoute le contrecoup de la crise sanitaire et les conséquences du Brexit.
A Roscoff, la compagnie de transport maritime Brittany Ferries n'envisage pas de plan social mais redoute le contrecoup de la crise sanitaire et les conséquences du Brexit. (Crédits : Britanny Ferries)

Mercredi 23 septembre, sur l'antenne de BFM TV, le coup de gueule de Loïg-Chesnais-Girard n'est pas passé inaperçu. Le président PS de la région Bretagne n'a pas mâché ses mots à propos de la situation chez Nokia à Lannion. Dans cette ville moyenne de 20.000 habitants, dont l'expertise sur les télécoms est historique, le groupe de télécommunications finlandais envisage de supprimer 402 emplois sur 800 au sein de sa filiale Alcatel-Lucent, principalement dans le secteur de la R&D. Selon Loïg Chesnais-Girard, la promesse de maintien des emplois et de l'excellence à Lannion n'a pas été tenue. Il propose de mettre dans la balance l'annulation de la vente d'Alcatel à Nokia en 2015 (validée par Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie et des Finances) ainsi que la restitution des brevets, des technologies et des contrats. « Nous Bretons, nous nous sentons trompés. Vous voulez partir ? Rendez-nous les brevets, les technologies, les contrats ! » a-t-il réagi à l'antenne. « A un moment, ces boîtes sont venues chercher la puissance publique. Au moment où elles décident de partir, on peut leur demander des comptes. »

Pour le pôle Lannion-Trégor, « Silicon Valley bretonne » qui accueille un écosystème d'excellence dédié aux télécommunications, aux réseaux et images de demain (5G, 4K, IoT, fibre, cybersécurité) via des structures comme Orange Lab, Nokia mais aussi des PME, des start-ups et des laboratoires, le coup est dur. Nokia représente le troisième employeur de la ville derrière l'hôpital et Orange. Le groupe a même investi 30 millions d'euros dans son campus mondial HQE de R&D, inauguré en 2018 et dédié à la cybersécurité et à la 5G. En parallèle, la ville a poursuivi ses efforts afin de revitaliser son centre-ville et attirer des habitants.

Alors que l'intersyndicale poursuit ses actions et ses discussions avec la direction, les élus bretons, comme le député LaRem Eric Bothorel ou Joel Le Jeune, président de Lanion-Trégor-Communauté, ont déjà défendu à Bercy un rejet du plan. Loïg Chesnais-Girard l'a répété lundi au Premier ministre Jean Castex avec lequel il s'est entretenu en marge de la signature du partenariat Etat-Régions de France.

Technicolor refinancé en mars par bpifrance

« Nous lui demandons la même vigueur qu'avec Bridgestone à Béthune. Des brevets ont été développés avec de l'argent public. Il faut décortiquer le contrat et les clauses de la vente d'Alcatel pour envisager une action. Au-delà de la pérennisation d'un site et des emplois sur le territoire, il en va de la souveraineté numérique en Europe. Les données qui transitent via la 5G ou les box internet sont aussi sensibles que la fabrication d'un Airbus ou d'une frégate. Il faut rester ferme face aux équipementiers et aux pays à bas coûts dans lesquels ils délocalisent », explique l'élu régional, qui voit dans certains dossiers « une aubaine due à la crise ». Un « opportunisme fiscal » également puisque Nokia a bénéficié de crédits impôt recherche (CIR) dans des proportions importantes (le chiffre de 285 millions d'euros de CIR a été évoqué mercredi 8 juillet à l'Assemblée nationale). Tout comme Technicolor.

A Rennes, le groupe d'électronique a de son côté annoncé 110 suppressions de postes sur 283 sur son site de R&D de Cesson-Sévigné soit 40 % des effectifs d'ici à la fin de l'année. Les élus du CSE estiment qu'il s'agit de « délocaliser les activités de développement logiciel en Inde ». Ce plan fragiliserait l'écosystème technologique et numérique de la capitale bretonne alors que Technicolor a été refinancé en mars à hauteur de 2,5 millions d'euros par bpifrance, grimpée à 7 % du capital. S'y s'ajoutent plusieurs années de CIR.

85 millions d'euros pour Brittany Ferries?

Les plans sociaux de Nokia ou de Technicolor ne sont, en ce début d'automne, pas les seuls dossiers industriels ou projet de réorganisation qui préoccupent les élus bretons par l'ampleur des destructions d'emplois qu'ils laissent présager. La côte Nord est particulièrement exposée à ces chocs économiques qui font craindre un nouveau sentiment de décrochage des territoires. « Il s'agit de plusieurs milliers d'emplois dans un rayon de 50 kilomètres », diagnostique Loïg Chesnais-Girard.

Ainsi à Morlaix, Air France, aidé par l'Etat à hauteur de 7 milliards d'euros, change de stratégie et projette de supprimer d'ici à 2022 son site Hop ! avec 300 emplois. « Morlaix, c'est un site déporté d'Air France, l'ancien siège de Hop ! qui concentre des emplois administratifs et techniques. On ne peut pas bénéficier de milliards pour fermer Morlaix, où le bassin d'emplois n'est pas extensible et délocaliser à Nantes », s'insurge le président de la Région qui réclame un conditionnement des aides.

A Roscoff, la compagnie de transport maritime Brittany Ferries n'envisage pas de plan social mais redoute le contrecoup de la crise sanitaire et les conséquences du Brexit. Pour ce groupe qui emploie 2.000 marins sous pavillon français (sur 3.000 collaborateurs), la menace sur les emplois est forte pour 2021. La compagnie a désarmé plusieurs navires et prévoit une perte de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année.

La Brittany Ferries, qui sollicite un allègement des charges salariales et patronales sur cinq ans, et ses soutiens attendaient une réactivité appuyée du gouvernement pour sauver l'activité transmanche, mais l'annonce par Jean Castex d'un « effort exceptionnel » de 15 millions d'euros a déçu. « C'est une première mesure mais elle ne suffit pas. La discussion n'est pas close pour pérenniser l'entreprise », rapporte Loïg Chesnais-Girard au lendemain de son entrevue avec Jean Castex. « Un groupe de travail est en cours de constitution pour poser les différentes actions. » Dans l'intervalle, les régions Bretagne et Normandie (Hervé Morin) ont confirmé leur engagement à contribuer au plan de sauvetage à hauteur maximale de 85 millions d'euros, en aides directes et indirectes. Le dossier sera soumis en octobre aux assemblées des deux régions. La Bretagne prévoit une première enveloppe de 30 millions d'euros dans le cadre du budget supplémentaire 2020.


Caudan : les discussions avancent avec Renault

Sans oublier les PME (restaurants, restauration collective, boîtes de nuit, bars...) qui pourraient fermer en silence, faute de trésorerie suffisante, un autre dossier emblématique concerne la Fonderie de Bretagne. L'usine de Caudan en Morbihan, spécialisée dans la production de pièces de fonderie brutes et usinées pour l'industrie automobile, se cherche un avenir après l'annonce en juin du désengagement de Renault. Le site qui emploie 400 personne restera-t-il dans le groupe ? Pour les collectivités, qui ont accompagné la modernisation de l'usine deux fois à hauteur de 8,2 millions d'euros, pas question, que l'affaire vire au fiasco. L'accord passé avec la Région implique l'élaboration d'une étude stratégique sur la construction d'un projet de diversification, vers de nouveaux clients, de nouveaux débouchés et pas forcément dans le secteur automobile.

« On avance avec Renault », fait savoir Loïg Chesnais-Girard, qui veut ainsi étudier comment les compétences de la FDB peuvent être utilisées sur d'autres chantiers voire dans des secteurs comme le naval, les EMR, la fibre...

Son tissu économique risque la fracture : la Bretagne met la pression sur les entreprises concernées et sur l'exécutif. Aux cabinets ministériels d'agir avec elle.

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Commentaires 3
à écrit le 30/09/2020 à 11:17
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Quand les francais ouvriront les yeux sur les motivations de l'election du petit rond de cuir "aux ordres", il sera trop tard. On a les politiques que l'on merite.

à écrit le 30/09/2020 à 9:02
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Nos dirigeants ont opté pour une mauvaise solution dans la lutte contre la pandémie à savoir pénaliser tout le monde alors qu'il aurait été bien plus simple, bien moins coûteux et bien plus épanouissant de confiner les personnes à risques et de nous ...

à écrit le 30/09/2020 à 8:38
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Et nous gonfle avec le congé paternité.

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