Santé connectée : comment Télécom Santé veut numériser l'hôpital
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes

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Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes

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Savoir en temps réel qu'une perfusion a été remplacée, quand et par qui, que le brancardier est bien venu chercher la dame de la 310 pour son IRM et qu'elle est de retour dans sa chambre : pour les personnels soignants des hôpitaux, des cliniques ou des maisons de retraite ainsi que pour les patients, la transformation de l'hôpital en hôpital digital est en marche. Mais l'évangélisation du secteur prend du temps. Pour franchir la porte des établissements de santé, la société rennaise Télécom Santé a d'abord développé une offre innovante de divertissement dédié aux patients hospitalisés.
Produit phare, et revenu majoritaire, de l'entreprise fondée en 2011 par Matthieu Mallédant et Sébastien Duré, le MediaScreen est un écran tactile installé auprès du patient qui lui permet d'accéder à une centaine d'applications (jeux, musique, visiophonie...), ou de regarder la télévision, pour un tarif quasi identique à une offre traditionnelle TV/téléphone (de 6 à 9 euros par jour selon les établissements). Le dossier médical dématérialisé y est aussi accessible. La solution équipe aujourd'hui 30 établissements hospitaliers, et près de 3 500 lits en France. En novembre dernier, l'offre s'est enrichie du réseau social My Hospi Friends, suite au rachat par Télécom Santé de la startup parisienne créée en 2012 par Julien Artu, désormais directeur du marketing et de la communication de l'entreprise.
C'est la première acquisition menée suite à la levée de fonds de 8 M€ réalisée par Télécom Santé en juillet dernier auprès de ses investisseurs historiques 3T Capital et Kreizig Invest, auxquels se sont joints Generis Capital, Unexo, le Crédit Agricole et Breizh Up.
Auparavant déployé dans une cinquantaine d'établissements, aujourd'hui dans 80, My Hospi Friends, qui fournit aux malades une manière ludique de discuter ensemble et de réduire l'isolement pendant leur séjour à l'hôpital, va désormais vivre dans l'écosystème de Télécom Santé. Visant à franchir le cap de l'industrialisation et de l'internationalisation, la levée de fonds permet notamment à l'entreprise de démarrer cette année la commercialisation de trois offres de santé connectée destinées à améliorer le parcours de soin et le travail du personnel soignant.
Outre MediaScreen et My Hospi Friends, Télécom Santé a ainsi développé MultiScreen, une tablette connectée à la TV de la chambre, Ambutrack, qui trace le parcours du patient en ambulatoire ou encore My Patient Care. Ce logiciel suit le malade avant, pendant et après un séjour à l'hôpital.
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Selon les 1ers tests menés dans différents établissements, dont le CHP de Grégoire (1re clinique de France) et la clinique de l'Anjou, Télécom Santé assure qu'avec son parcours numérique, la baisse du poids administratif d'un patient s'élève à plus de 30%. Le temps passé par les infirmières avec les malades grimpe, lui, de 30 à 51%. De quoi lever, selon Matthieu Mallédant, les premières réticences des personnels soignants que l'on soulage de « la partie pas drôle du job. »
Plus réceptive aux arguments en faveur de la digitalisation, voire de la réduction de certains coûts, la clientèle de Télécom Santé est pour l'instant essentiellement celle des cliniques privées. Quelques centres hospitaliers publics font cependant partie de la clientèle de la PME, qui compte aussi sur l'export pour grandir.
Un tiers de l'enveloppe de la levée de fonds est en effet dédiée à l'internationalisation. Télécom Santé, dont les effectifs sont passés de 18 à 48 personnes ces 20 derniers mois, pour un chiffre d'affaires de près de 2,8 millions d'euros, cherche des distributeurs et souhaite réussir une première vente en Europe cette année ainsi qu'au Moyen-Orient.
Les offres de Télécom Santé sont commercialisées en mode SaaS sous forme d'abonnement mensuel courant sur plusieurs années. L'entreprise, qui consacre 1,5 million d'euros par an à la R&D va continuer de les enrichir, y compris par de la croissance externe. D'ici à juin, Télécom Santé annoncera une prise de participation minoritaire dans deux startups françaises qui développent des applicatifs complémentaires. L'une travaille sur les questionnaires médicaux post-opératoires, l'autre sur les aspects d'organisation des pharmacies.
Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes