Santé connectée  : comment Télécom Santé veut numériser l'hôpital

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(Crédits : DR)
Dans la foulée d'une levée de fonds de 8 millions d'euros en juillet dernier, Télécom Santé a signé sa première acquisition. My Hospy Friends, un réseau social dédié aux patients hospitalisés, est désormais partie intégrante d'une des trois offres de santé connectée que l'entreprise rennaise lance sur le marché, en France et prochainement en Europe. Les établissements les plus réceptifs à la numérisation du parcours santé des malades et de certaines tâches des personnels soignants sont les cliniques privées.

Savoir en temps réel qu'une perfusion a été remplacée, quand et par qui, que le brancardier est bien venu chercher la dame de la 310 pour son IRM et qu'elle est de retour dans sa chambre : pour les personnels soignants des hôpitaux, des cliniques ou des maisons de retraite ainsi que pour les patients, la transformation de l'hôpital en hôpital digital est en marche. Mais l'évangélisation du secteur prend du temps. Pour franchir la porte des établissements de santé, la société rennaise Télécom Santé a d'abord développé une offre innovante de divertissement dédié aux patients hospitalisés.

3.500 lits équipés

Produit phare, et revenu majoritaire, de l'entreprise fondée en 2011 par Matthieu Mallédant et Sébastien Duré, le MediaScreen est un écran tactile installé auprès du patient qui lui permet d'accéder à une centaine d'applications (jeux, musique, visiophonie...), ou de regarder la télévision, pour un tarif quasi identique à une offre traditionnelle TV/téléphone (de 6 à 9 euros par jour selon les établissements). Le dossier médical dématérialisé y est aussi accessible. La solution équipe aujourd'hui 30 établissements hospitaliers, et près de 3 500 lits en France. En novembre dernier, l'offre s'est enrichie du réseau social My Hospi Friends, suite au rachat par Télécom Santé de la startup parisienne créée en 2012 par Julien Artu, désormais directeur du marketing et de la communication de l'entreprise.

C'est la première acquisition menée suite à la levée de fonds de 8 M€ réalisée par Télécom Santé en juillet dernier auprès de ses investisseurs historiques 3T Capital et Kreizig Invest, auxquels se sont joints Generis Capital, Unexo, le Crédit Agricole et Breizh Up.

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Trois offres pour le suivi des patients, l'aide aux soignants

Auparavant déployé dans une cinquantaine d'établissements, aujourd'hui dans 80, My Hospi Friends, qui fournit aux malades une manière ludique de discuter ensemble et de réduire l'isolement pendant leur séjour à l'hôpital, va désormais vivre dans l'écosystème de Télécom Santé. Visant à franchir le cap de l'industrialisation et de l'internationalisation, la levée de fonds  permet notamment à l'entreprise de démarrer cette année la commercialisation de trois offres de santé connectée destinées à améliorer le parcours de soin et le travail du personnel soignant.

« Réparties en trois offres (chambre connectée, patient connecté, ambulatoire), nos neufs solutions et applications apportent une réponse en termes de suivi des patients, d'optimisation de leur parcours santé, de gestion et d'organisation des flux indique Matthieu Mallédant, président de l'entreprise.

Ces innovations organisationnelles proposent des solutions- quasi logistiques- à trois grands enjeux : le parcours ambulatoire ou la gestion des flux des patients hors hospitalisation, l'hospitalisation ou comment connecter la chambre, la relation patient/famille et certains actes médicaux selon le fonctionnement d'un établissement, et l'optimisation du parcours de soins pour les patients connectés atteints de maladies chroniques (cancer, dialyse..).

On peut par exemple de réduire par trois le nombre de transports nécessaires. Or ce coût peut représenter le même volume en euros que les médicaments. »

Cliniques plus réceptives

Outre MediaScreen et My Hospi Friends, Télécom Santé a ainsi développé MultiScreen, une tablette connectée à la TV de la chambre, Ambutrack, qui trace le parcours du patient en ambulatoire ou encore My Patient Care. Ce logiciel suit le malade avant, pendant et après un séjour à l'hôpital.

Selon les 1ers tests menés dans différents établissements, dont le CHP de Grégoire (1re clinique de France) et la clinique de l'Anjou, Télécom Santé assure qu'avec son parcours numérique, la baisse du poids administratif d'un patient s'élève à plus de 30%. Le temps passé par les infirmières avec les malades grimpe, lui, de 30 à 51%. De quoi lever, selon Matthieu Mallédant, les premières réticences des personnels soignants que l'on soulage de « la partie pas drôle du job. »

Plus réceptive aux arguments en faveur de la digitalisation, voire de la réduction de certains coûts, la clientèle de Télécom Santé est pour l'instant essentiellement celle des cliniques privées. Quelques centres hospitaliers publics font cependant partie de la clientèle de la PME, qui compte aussi sur l'export pour grandir.

Un contrat en Europe cette année

Un tiers de l'enveloppe de la levée de fonds est en effet dédiée à l'internationalisation. Télécom Santé, dont les effectifs sont passés de 18 à 48 personnes ces 20 derniers mois, pour un chiffre d'affaires de près de 2,8 millions d'euros, cherche des distributeurs et souhaite réussir une première vente en Europe cette année ainsi qu'au Moyen-Orient.

« Près de 500.000 patients passent chaque année par l'un ou l'autre de nos produits. L'objectif de 2018 est de doubler le nombre d'établissements clients et de lits et de connecter 300 à 500.000 nouveaux patients, en France et aussi à l'étranger » anticipe Matthieu Mallédant.

Les offres de Télécom Santé sont commercialisées en mode SaaS sous forme d'abonnement mensuel courant sur plusieurs années. L'entreprise, qui consacre 1,5 million d'euros par an à la R&D va continuer de les enrichir, y compris par de la croissance externe. D'ici à juin, Télécom Santé annoncera une prise de participation minoritaire dans deux startups françaises qui développent des applicatifs complémentaires. L'une travaille sur les questionnaires médicaux post-opératoires, l'autre sur les aspects d'organisation des pharmacies.

« Il est important pour nous d'acquérir des briques complémentaires, c'est une clé d'entrée supplémentaire qui permet de proposer l'hôpital digital avec un grand H. Les outils numériques font la somme des bonnes pratiques » estime Matthieu Mallédant.

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Commentaires
a écrit le 14/01/2018 à 15:58 :
C'est un flicage généralisé des patients et du personnel soignant et ça n'apporte strictement rien en matière de qualité de soin par rapport à un service standard correctement rendu par des gens compétents.

A la clef, un message extrêmement négatif envoyé au personnel soignant et aux patients "on se méfie de vous". C'est pour cela que les hôpitaux publics ne sont pas intéressés.

Le seul bonus visible est que la clinique pourra facturer un produit en plus aux clients et augmenter sa rentabilité au détriments des mutuelles et des malades.

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