Les châteaux de la Loire dans la brume

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Pour pallier la baisse des recettes, les propriétaires de Cheverny, Charles-Antoine et Constance de Vibraye, envisagent d’augmenter le prix moyen des billets d’entrée et réfléchissent à la mise en place de visites VIP.
Pour pallier la baisse des recettes, les propriétaires de Cheverny, Charles-Antoine et Constance de Vibraye, envisagent d’augmenter le prix moyen des billets d’entrée et réfléchissent à la mise en place de visites VIP. (Crédits : Reuters)
Série d’été - Centre Val de Loire (1/4). De Cheverny à Amboise, deux châteaux stars de la Loire, en passant par le moins connu, Gizeux, le mot d’ordre des propriétaires ou exploitants reste la prudence. Si les visiteurs sont de retour depuis le 2 juin, tous pointent un avenir toujours incertain avec le Covid 19 qui continue à circuler.

A Cheverny, château du Loir et Cher dont l'architecture actuelle remonte au XVIIe siècle, la fréquentation est revenue quasiment à la normale en juillet. A la clé de ces bons chiffres, selon Charles-Antoine de Vibraye, propriétaire des lieux, « le remplacement des touristes étrangers par les Français et des normes de protection scrupuleusement respectées qui ont permis de rassurer les visiteurs face au risque de contagion ». Via un protocole sanitaire validé le 11 mai par le préfet de la région Centre Val de Loire, la plupart des châteaux du Centre Val de Loire ont pu rouvrir dès le 2 juin. Rendu célèbre par le fameux château de Moulinsart à qui il a servi de modèle pour les aventures de Tintin et Milou, Cheverny reçoit plus de 400.000 visiteurs par an depuis 2001, date du partenariat avec la fondation des descendants d'Hergé.

Le constat est également satisfaisant au château royal d'Amboise, situé lui en Indre-et-Loire et couru par près d'un demi-million de personnes en 2019. « Avec un taux de 75% de visites par rapport à l'année dernière sur les quinze premiers jours de juillet, nous devrions parvenir à l'étiage habituel en août », se félicite le directeur général, Marc Métay. Amboise, détenu par la Fondation Saint-Louis, a également pris des mesures drastiques pour accueillir les clients en toute sécurité. Le personnel du château va jusqu'à décontaminer les Histopad de visites devant eux. Contrairement à ces deux grosses machines touristiques qui bénéficie d'une notoriété internationale, le redémarrage du château de Gizeux, à 30 kilomètres de Saumur, est plus laborieux. « Le mois de juin, où nous accueillons traditionnellement des groupes scolaires, de retraités et d'étrangers, a vu la fréquentation du château chuter de 60%, constate Géraud de Laffon, son propriétaire. Heureusement, juillet s'annonce meilleur, tant au plan des visites que de l'occupation de nos quatre chambres d'hôtes. Le besoin intergénérationnel de retrouvailles après le confinement favorise ce type d'hébergement ».

Nécessité de se réinventer

Pour séduire les visiteurs, apeurés par les risques de contagion du virus dans les espaces couverts, le château d'Amboise a misé cette année au maximum sur les surfaces à l'air libre. A la clé, de nouvelles animations comme l'inauguration d'un parcours découverte dans les jardins intitulé « Les oiseaux et les plantes voyageuses », ou encore des pique-niques panoramiques agrémentés de concerts musicaux. « La tendance en faveur d'un tourisme plus aéré et moins rapide est nette », assure Marc Métay. Même son de cloche à Gizeux où le jardin discret, dessiné avec l'aide d'Henri Carvalho, propriétaire du château de Villandry, n'a jamais été aussi couru par les visiteurs.

Pareillement, à Cheverny, les visites du parc en bateaux électriques ne désemplissent pas. En revanche, la totalité des festivals y a été annulée. Autre conséquence, cette fois pérenne, du Covid 19, la gestion nécessaire de la décroissance de la fréquentation touristique. « Avec une baisse probable de 25 à 30% du nombre de visiteurs dans les prochaines années, la crise sanitaire contribue opportunément à marquer la fin du tourisme de masse, remarque Charles-Antoine de Vibraye. Nous étions arrivés à un trop plein en 2019, dans les châteaux comme dans les grandes capitales touristiques, Paris, New York et Venise notamment. Le virus a ainsi permis de tirer le signal d'alarme. Restera à trouver les recettes de substitution pour pallier le manque à gagner ».

Impact financier

La crise sanitaire pèse déjà lourdement sur l'exploitation des châteaux après deux mois et demi de fermeture au public. Le directeur d'Amboise a fait ses comptes et anticipe une baisse de 500.000 euros de revenus cette année. « Nous avons d'ores et déjà adapté nos charges et réduit les dépenses de personnel, explique Marc Métay. En jouant sur la polyvalence de nos 35 salariés en CDI, nous ne recruterons que très peu de saisonniers cette année alors qu'ils étaient 26 l'année dernière. En revanche, côté restauration du bâtiment, nous essayerons autant que possible de réaliser les travaux prévus, également pour préserver le savoir-faire local des entreprises ».

Le château privé de Cheverny devra lui reporter en 2021 la reprise des enduits et la taille de pierre sur sa façade ouest. « L'agrandissement de la boutique attendra également, regrette Charles Antoine de Vibraye. Le confinement a engendré un manque à gagner de l'ordre d'un million d'euros sur cinq millions de chiffre d'affaires réalisés en temps normal ».

A Gizeux, l'austérité sera aussi de mise avec une perte estimée à 30.000 euros. L'impact est lourd pour le château familial qui génère des revenus de 160.000 euros. Fragilisés par la crise sanitaire, inquiets face à un rebond de l'épidémie de Covid 19 à la rentrée, les perles patrimoniales du Val de Loire espèrent néanmoins passer une convalescence sereine.

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Commentaires
a écrit le 20/08/2020 à 20:19 :
ne pas oublier Challain la Potherie qui a appartenu à la famille Larochefoucault, il est presqu'aussi beau que Cheverny, devenu maison d'hôte de luxe.

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