Fusion des départements : "Le besoin d'Alsace est aussi affectif" (Brigitte Klinkert)

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Brigitte Klinkert.
Brigitte Klinkert. (Crédits : Conseil départemental du Haut-Rhin)
INTERVIEW. Le projet de loi sur la nouvelle collectivité européenne d'Alsace, qui regroupera les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, entre dans sa phase de finalisation. Les membres de la commission des lois se rendront dans la région ce jeudi 13 juin, en audition décentralisée, à la rencontre des élus locaux. Le texte sera examiné en commission à l'Assemblée nationale avant cet été. Brigitte Klinkert, présidente (LR) du conseil départemental du Haut-Rhin, explique les enjeux de cette réforme territoriale sur mesure.

Le projet de loi sur la nouvelle collectivité européenne d'Alsace entre dans sa phase de finalisation. Les membres de la commission des lois se rendront dans la région ce jeudi 13 juin, en audition décentralisée, à la rencontre des élus locaux. Le texte sera examiné en commission à l'Assemblée nationale avant cet été.

La future collectivité regroupera les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Ses contours ont été fixés dès octobre 2018 par l'accord de Matignon, paraphé par Edouard Philippe et les ministres concernés. Ils créent crée une décentralisation à la carte pour la vallée du Rhin : sans toucher aux contours du Grand-Est, qui inclut aussi les anciens territoires de Lorraine et Champagne-Ardenne, la collectivité européenne d'Alsace deviendra chef de file de la coopération transfrontalière, assurera la promotion du bilinguisme et pilotera le développement économique. Elle sera aussi dotée de nouvelles compétences dans le transport, avec la possibilité de créer une écotaxe locale. La collectivité doit être opérationnelle en 2021.

Brigitte Klinkert, présidente Les Républicains du conseil départemental du Haut-Rhin, explique les enjeux du projet.

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LA TRIBUNE - En fusionnant deux départements, vous portez la renaissance d'une Alsace administrative. Dans quel but ?

BRIGITTE KLINKERT - La collectivité européenne d'Alsace n'est pas un département d'Alsace ! Elle va naître du rapprochement du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, elle couvrira le territoire de deux préfectures avec des compétences particulières et spécifiques. Il ne s'agit donc pas d'une simple fusion : pour cela, une loi n'aurait pas été nécessaire.

Quel est l'objectif ?

Nous devenons chef de file de la coopération transfrontalière, en lien avec le traité de coopération franco-allemand d'Aix-la-Chapelle signé cette année par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Nous allons agréger d'autres compétences autour de la construction de l'après-Fessenheim, organiser des services publics communs autour de la santé, coordonner la politique et la formation au bilinguisme. La collectivité pourra recruter des intervenants allemands, proposer des heures d'enseignement supplémentaires aux élèves du primaire au secondaire. C'est essentiel pour les jeunes : il faut ouvrir le marché de l'emploi à 360 degrés.

Quels seront vos outils spécifiques pour l'aménagement du territoire ?

La collectivité va prendre en charge le réseau de routes nationales non concédées. Nous voulons mettre fin au scandale de l'autoroute A 35, qui est saturée sur l'axe nord-sud alsacien. Cette situation est due à la mise en place, depuis quelques années, d'un péage pour les poids lourds en transit sur les autoroutes allemandes. Un transfert s'est effectué sur l'autre rive du Rhin. Nous allons étudier les modalités pour mettre en place, nous aussi, une taxation ou une redevance sur le trafic en grand transit. L'accord de Matignon prévoit un tel mécanisme.

De tels outils ne devraient-ils pas être nationaux ?

Je suis défavorable à l'extension du texte alsacien à l'ensemble du territoire. Cela correspondrait à une négation du principe de différenciation que j'ai toujours défendu. Il faut permettre à chaque territoire de construire sa trajectoire en fonction de ses enjeux.

Les Alsaciens ont mal digéré leur intégration dans le Grand-Est. Voulez-vous sortir de cette Région ?

Dans un récent sondage, 67% des Alsaciens se sont déclarés favorables à la sortie du Grand-Est. 83% des habitants du Bas-Rhin et du Haut-Rhin souhaitent une collectivité spécifique à l'Alsace. L'Alsace n'existe plus en tant que collectivité, mais le besoin d'Alsace est réel. Avec mon collègue Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin, nous avons porté la voix des Alsaciens auprès du président de la République dès octobre 2017. Il nous a répondu qu'on pourrait construire ensemble une collectivité spécifique pour l'Alsace, mais sans sortir du Grand-Est. Nous avons accepté cette voie car sinon nous prenions le risque de la disparition définitive de l'Alsace.

Quel est l'intérêt des élus pour ce projet ?

Nous ne faisons pas ce projet pour nous, les élus, mais parce que la disparition de l'Alsace en tant que collectivité pénalise les jeunes, les entreprises, les agriculteurs et nos partenaires transfrontaliers. Nous ne voulons pas laisser cette question aux extrémistes, qui ont voulu s'emparer du sujet et ont été présents dans tous les cantons lors des dernières élections départementales.

La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim est l'un des principaux enjeux économiques pour l'Alsace. Comment allez-vous l'aborder ?

Je plaide pour que la construction de l'après-Fessenheim soit franco-allemande. Nous sommes déjà signataires d'un pacte de territoire avec nos voisins. L'un des projets phares, c'est la liaison ferroviaire transfrontalière entre Colmar et Freiburg. Cette liaison a déjà existé, mais le pont sur le Rhin a été détruit à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s'agit de le reconstruire, c'est le seul pont sur le Rhin non reconstruit. Il y a un aspect symbolique fort mais aussi économique dans ce projet évalué entre 250 millions d'euros et 275 millions d'euros. J'aimerais y voir circuler des trains à hydrogène ! Colmar-Fribourg fait partie des "Missing Links", les liens manquants transfrontaliers identifiés par la Commission européenne. Les Allemands attendent avec impatience la naissance de la collectivité européenne d'Alsace pour trouver un partenaire stratège et en même temps en proximité.

Quel sera le mode de gouvernance de la nouvelle collectivité ?

Le mode d'élection en mars 2021 restera inchangé, dans les cantons, pour garantir la proximité. Nous tenons également aux binômes qui assurent la parité. L'assemblée aura un président ou une présidente, et quinze vice-présidents. la question du siège ne constitue pas un problème. Depuis l'intégration de l'Alsace dans le Grand-Est, il existe une grande solidarité entre les Bas-Rhinois et les Haut-Rhinois. Nous ne voulons pas reproduire la centralisation à l'échelle de l'Alsace. Strasbourg et Colmar resteront les préfectures. Nos hémicycles sont assez grands pour permettre à nos 80 élus de siéger en plénière. Il faudra aussi compter avec Mulhouse, la deuxième ville alsacienne en termes de population, Sélestat, Saint-Louis, Haguenau... L'assemblée pourra siéger occasionnellement dans ces villes, voire ailleurs.

Quelles sont les prochaines échéances ?

Le projet de loi sera discuté le 18 juin en commission des lois à l'Assemblée nationale et sera examinée par l'Assemblée en séance à partir du 24 juin. La collectivité européenne d'Alsace naîtra le 1er janvier 2021. En attendant, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin commencent à rapprocher leurs politiques. Il y aura des transferts de moyens humains et financiers de la part de l'État. Des éléments sont à mettre en place très rapidement dans le domaine de l'attractivité. Les deux départements ont d'ores et déjà repris la stratégie de marketing territorial avec sa "Marque Alsace", et coordonnent leurs politiques touristiques.

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Propos recueillis par Olivier Mirguet,
correspondant de la région Grand-Est pour La Tribune

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Commentaires
a écrit le 18/06/2019 à 12:20 :
De quels extrémistes Mme Klinkert parle-t-elle ? Est-ce du parti devenu marginal qu'on appelle Les Républicains ? Dans ce cas elle se trompe puisqu'en 2015 le seul parti qui défendait une collectivité Alsace était Unser Land, le parti alsacien, le parti le plus raisonnable qui soit puisqu'il ne s'inscrit pas dans une logique droite-gauche, mais qu'il tient à défendre les valeurs qui caractérisent le mieux l'Alsace : ouverture, tolérance, bi-culture, subsidiarité, travail de fond, ...
L'affectif joue aussi un rôle, mais il faut être conscient que les Alsaciens se sont fait manipuler à l'affectif par Paris depuis 1919.
a écrit le 13/06/2019 à 9:37 :
Cela ne suffit pas à l'Allemagne de vouloir soumettre l'armée française, elle veut en plus récupérer "ses" vieux territoires... -_-

L'UERSS ou l'empire prévu pour durer 1000 ans.

(Si je ne peux pas diffuser ce commentaire vous ne le publiez pas, vous ne le laissé pas coller par un troll quelconque, merci)
a écrit le 12/06/2019 à 23:13 :
Plus d’autonomie locale pour l’Elsass/Alsace!! C’est pourtant pas compliqué !!! On ne coute rien et on ne demande rien à part de gérer nos affaires....ça fait 100 ans que nos lois en Alsace sont meilleures droit local, foncier, chasse, social, concordaire... chambre des métiers.......même pas fichu de copier...
a écrit le 12/06/2019 à 21:46 :
Enfin! Le début.
Hollande a imposé un découpage contre toute logique.L’avenir c’est la décentralisation et l’Alsace à la taille et l’histoire pour réussir cette décentralisation et progresser économiquement comme les régions frontalières suisses et allemandes performantes.
a écrit le 12/06/2019 à 20:02 :
L'Alsace accède ainsi bientôt à l'indépendance comme collectivité européenne. C'est bien l'illustration que l'Europe libère les peuples. Sous son égide la Hongrie, la Pologne, la Slovénie etc. sont devenues indépendantes. L'Alsace ni française ni allemande va pouvoir enfin s'auto-gérer dans une Europe pacifiée.
a écrit le 12/06/2019 à 19:25 :
Je vis en Alsace. Ici les gens ont voté contre la réunification des deux départements 67-68. Mais on leur impose quand même !
Jusqu'au bout on refuse les résultats des référendums.
Au-delà de ça, c'est la France qui se décompose petit à petit au profit de l'Allemagne (que les gens n'aiment pas du tout en Alsace).
Réponse de le 12/06/2019 à 21:39 :
Ah bon les gens n’aiment pas l’Allemagne.Faut pas généraliser votre opinion !
Réponse de le 12/06/2019 à 23:19 :
Nein! 58% des alsaciens ont voté pour! Le quorum de 25% n’ a pas été atteint dans le 68 et le référendum est devenu caduc !!!! Après le pays de la liberté ne nous a pas demandé notre avis sur le Grand Est... rien de choquant en 1918 il ne l’avait pas fait non plus.... récent sondage 83% des alsaciens veulent une collectivité propre à l’Elsass / Alsace et 67% veulent une sortie du Grand Est....
a écrit le 12/06/2019 à 15:08 :
Et allez, encore un machin administratif qui va se superposer aux départements et à la région...
Franchement, après la création des grandes régions, il fallait aller jusqu'au bout du raisonnement et donner plus d'autonomie aux Conseils Régionaux, et décentraliser les centres de pouvoirs.
Je suis persuadé que c'est l'avenir des pays que de donner plus de responsabilités et "d'autonomie" pour gérer au mieux les territoires.
Paris n'arrive plus à gérer correctement le pays dans son ensemble, le centralisme c'est dépassé.
a écrit le 12/06/2019 à 13:42 :
Si ce n'est qu'affectif, on leur achètera des gros ours en peluche en costume folklorique.

La réalité est qu'ils sont plus chauvins qu'une portée de corses et qu'ils opteraient pour l'Allemagne plutôt que la France s'ils devaient choisir.

Et puis, carton rouge à Hollande qui au travers des mega-régions a créé des entités politico-administratives qui n'ont aucune réalité, historique, linguistique ou culturelle. Ce qui ne peut que susciter des séparatismes locaux.
Réponse de le 12/06/2019 à 21:53 :
Ils opteraient pour l’autonomie,ni français ni allemands mais alsaciens avec une double culture et 2 langues.Comme le Luxembourg mais en plus grand.
L’Alsace n’est française que par les conquêtes militaires .En 1919 il était prévu un référendum pour ou contre le rattachement à la France.Raye d’un trait de plume par Clemenceau et la justice française qui chassa et deporta tous les autonomistes .En effet il connaissait le résultat......
Réponse de le 12/06/2019 à 23:24 :
Autonomie!!! Sans nulle doute! Je n’ai jamais apprécié ces agissements étrangers qui nous imposent qui nous devons être, adouber, quelle langue on doit parler et à qui on doit se soumettre ! On a toujours été alsacien peu importe l’occupant !!!!
a écrit le 12/06/2019 à 13:19 :
Bonjour,

La région Alsace est la plus riche au niveau économique , ces réformes vont «  impacter » économique l’Alsace , ça sera un avantage pour le Haut - Rhin et les autres régions du Grand Est.

Les LR ont « une maladie « 
: celui de tout contrôler et diviser pour refondre les acquis sociaux des gens

Après l’Assemblée et le Sénat demanderont ( bon sens ) un rapport avant de dire «  Ok » à ce projet LR.

Tout ce que font les LR : impact négativement la vie des citoyens ( nes) et pour très très longtemps.

Zéro confiance en «  eux ».

Cordialement,
a écrit le 12/06/2019 à 13:12 :
Au referendum les alsaciens au vote non, donc cela est une trahison de la democratie ,comme traite de lisbonne et notre dame des landes
Réponse de le 12/06/2019 à 21:55 :
Non la majorité des votants était pour la fusion des 2 départements .
Réponse de le 12/06/2019 à 23:27 :
Nous ne vivons pas en démocratie en France, si elle l’etait L’Alsace la Corse la Bretagne le Pays Basque seraient des régions autonomes françaises !!! CQFD
a écrit le 12/06/2019 à 8:29 :
Cela ne suffit pas à l'Allemagne de vouloir soumettre l'armée française, elle veut en plus récupérer "ses" vieux territoires... -_-

L'UERSS ou l'empire prévu pour durer 1000 ans.

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