Le Centre européen d'étude sur le diabète (CeeD) crée une spin-off pour financer ses recherches dans une thérapie innovante, basée sur le potentiel jusqu'alors inconnu des cellules musculaires.Les myokines, composés protéiques sécrétés par le muscle, vont-elles pouvoir soigner le diabète ? Une équipe de 30 chercheurs strasbourgeois a établi et validé cette preuve de concept, sur des rats, dans le laboratoire du Centre européen d'étude sur le diabète (CeeD). Pour orienter ses découvertes vers la production d'un médicament, Michel Pinget, président du CeeD, crée une spin-off, Ilonov, grâce à laquelle il prévoit de lever cet hiver entre 3 millions d'euros et 5 millions d'euros.
Dès 2018, le CeeD avait posé les bases de ses travaux dans une publication scientifique parue dans la revue Scientific Reports. "Les myokines, molécules endocriniennes (libérées dans le sang) sécrétées par le muscle, jouent un rôle primordial pour le bon fonctionnement du corps humain en servant de barrières face à certaines maladies comme le cancer du sein, la dépression, les maladies cardiaques ou encore le diabète", écrivaient alors les chercheurs strasbourgeois. "Chaque muscle produit un ensemble différent de myokines. Dans le cas du muscle de résistance, elles ont un effet direct et bénéfique sur le pancréas et son fonctionnement", confirme aujourd'hui Michel Pinget. Pour convaincre ses interlocuteurs, cet ancien chef de service de endocrinologie et de diabétologie présente ses expériences dans une video. Le film met en scène quatre rongeurs diabétiques. Deux spécimens soignés par le CeeD sont sveltes et apparaissent pleins d'énergie. Les deux autres demeurent apathiques. Michel Pinget jubile : "Les deux premiers sont guéris".
Karim Bouzakri, directeur de laboratoire au CeeD, accède à la présidence d'Ilonov, société dont les statuts ont été enregistrés le 3 octobre. "Notre objectif, c'est la mise sur le marché de ces molécules issues du muscle", dit-il. "Elles auront un effet thérapeutique en prévention, en protection et en guérison du diabète de type 1. Nous devons encore établir la toxicologie et déterminer le mode d'administration adéquat".
Olivier Mirguet à Strasbourg