ENTRETIEN. Gérard Ancelin, vice-président en charge du développement économique au Conseil départemental de l'Aube, expose les enjeux de la mise au gabarit de la Seine. Le projet est actuellement soumis à une enquête d'utilité publique.LA TRIBUNE - Le département de l'Aube se situe aux confins du Grand-Est et de l'Ile-de-France. Quel est le rôle de la voie fluviale dans la dynamique de votre territoire ?
GERARD ANCELIN - Ce territoire doit beaucoup à la Seine. C'est un fait historique depuis les moulins carolingiens. Les foins de la vallée ont alimenté les chevaux de la capitale. Le charme de la région du Nogentais a attiré des Parisiens venus acheter des résidences secondaires. Dans le département de l'Aube, Nogent-sur-Seine est la seule commune qui possède un port. La centrale nucléaire qui se trouve ici, couplée au réseau en 1987, est la seule sur la Seine. L'intérêt économique de la voie fluviale est vital pour le département de l'Aube, mais aussi pour l'Yonne et le sud de la Marne. Parmi les produits transportés, il y a évidemment le malt du groupe Soufflet et les céréales, mais aussi les sables alluvionnaires qui alimentent les grands chantiers de la capitale.
Avez-vous de tous temps porté la même attention à la voie d'eau pour développer votre économie ?
Nous avons construit avec la Seine des rapports comparables avec ceux que les Egyptiens entretiennent avec le Nil. La Seine permet d'échanger avec les ports de Rouen et du Havre, donc avec le monde entier. Nogent possède deux zones portuaires dont l'une, privée, appartient au groupe Soufflet. L'autre, détenue par la commune, est gérée par le biais d'une délégation de service public. Nous l'avons confiée à l'Union Nogentaise de Manutention, liée au groupe de transport Blanchet.
Quels sont les freins à votre développement ?
Nogent est le port le plus en amont sur le fleuve. Au-delà, la Seine n'est plus navigable. Nous sommes limités par le gabarit Freycinet, une norme qui autorise des péniches jusqu'à 350 tonnes. Avec quelques aménagements, nous sommes parvenus à monter à 600 tonnes, voire à 800 tonnes pour certains produits. Nous caressons depuis quarante ans un projet de mise au gabarit européen. Les Voies Navigables de France ont retenu le gabarit de 2.500 tonnes entre Bray-sur Seine, en Seine-et-Marne, et Nogent. Ce sont 28,5 kilomètres à aménager. Le secteur de la logistique est souvent déterminant dans le développement économique. Les entreprises auboises verront leur activité confortée. Ce projet fluvial aura un effet bénéfique sur l'environnement, avec trafic routier en recul de 300 camions en 2040. En 2060, ce recul pourra atteindre 600 camions par jour.