Grand Paris Express : et Camille se remit à creuser entre Créteil et Champigny

REPORTAGE. Le 13 mai dernier, La Tribune est descendue à 23 mètres de profondeur sur le chantier de la ligne 15 Sud du super-métro avec les présidents d'Eiffage Génie Civil, Guillaume Sauvé, de la Fédération nationale des travaux publics, Bruno Cavagné, et de la Société du Grand Paris, Thierry Dallard.
César Armand

7 mn

La cloche de métal (photo) est ce qui permet au tunnelier d'être étanche au démarrage du forage et d'éviter les fuites
La cloche de métal (photo) est ce qui permet au tunnelier d'être étanche au démarrage du forage et d'éviter les fuites (Crédits : C.A. pour La Tribune)

Fièvre ? Courbatures ? Toux ? Mal à la gorge ? Diarrhée ? Fatigue inhabituelle ? Manque de souffle ? À peine sorti de la ligne 8 au métro Créteil-L'Échât pour rejoindre les travaux du Grand Paris Express (GPE), tout travailleur ou visiteur doit s'auto-diagnostiquer à un "point de contrôle Covid-19". S'il répond "non" à toutes ces questions, il récupère un masque ainsi que du gel hydroalcoolique. "Chacun passe 30 à 60 minutes supplémentaires entre son arrivée sur site et sa prise de poste du fait des procédures Covid. Il nous faut tout réinventer", témoigne le président d'Eiffage Génie Civil, Guillaume Sauvé.

"La reprise sera beaucoup plus longue que l'arrêt. La chaîne a été complètement désorganisée entre le réaménagement des bungalows, les arrivées de matériel et la gestion des fournisseurs", ajoute-t-il. "Nous devons par exemple réactiver les autorisations de transport entre la France et les différents pays européens d'où viennent nos approvisionnements, et encore nous assurer que des hôtels ou des restaurants rouvrent en région pour loger et nourrir nos équipes."

Après le coup de frein du 17 mars, le redémarrage du 20 avril

Sur ce chantier de la ligne 15 Sud, tout s'est arrêté le 17 mars à la demande la Société du Grand Paris (SGP), notamment au motif de l'indisponibilité des sas de décompression liée à la surcharge des hôpitaux. En cas de problème sur le tunnelier, par exemple s'il faut changer une molette, le pilote peut quitter son poste et y accéder. Il faut toutefois qu'il passe par ce sas, qui permet une transition atmosphérique sans s'astreindre à revêtir un scaphandre. Au moindre accident, cela aurait été compliqué d'envoyer une équipe médicale sur place.

Lire aussi : Grand Paris Express: mode d'emploi pour fabriquer un tunnelier

"Le 17 mars, un coup de frein a été donné pour faire face aux enjeux de sécurité posés par la désorganisation soudaine issue du début du confinement, puis la SGP a travaillé à la reprise avec la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) et les professionnels sur le guide de l'OPP-BTP comme cadre de référence", confirme le président de la Société du Grand Paris. "Dès le 10 avril, nous avons donné un ordre de service pour enclencher la relance. Le 20, les chantiers ont redémarré. Les entreprises des TP sont proactives, elles ont la culture de la sécurité", salue Thierry Dallard.

Lire aussi : Coronavirus : le BTP a enfin son guide, mais va-t-il relancer les chantiers ?

L'activité partielle ne couvre pas les coûts de fonctionnement...


Le 13 mai à Créteil, 85% du personnel avaient repris. "Certains de nos compagnons bénéficient donc du chômage partiel - c'est un amortisseur, mais cela n'est pas pérenne - quand une partie de l'encadrement est en télétravail, en arrêt maladie ou en garde d'enfants", précise le président d'Eiffage Génie Civil. "En réalité, moins nous sommes en activité partielle, mieux nous nous portons car aujourd'hui ce dispositif ne permet pas de couvrir nos coûts de fonctionnement", complète Guillaume Sauvé.

"C'est une très bonne nouvelle que le GPE reparte, étant un des chantiers parmi les plus compliqués à redémarrer. Cela nécessite des mesures et de lourdes procédures à mettre en place pour assurer la sécurité des salariés. La mise en place de ces mesures génère néanmoins des surcoûts significatifs dont il faut régler de toute urgence la prise en charge", commente le président de la FNTP. "En effet, si la période du Covid s'étend sur plusieurs mois, les entreprises de travaux publics ne pourront à elles seules absorber ces coûts supplémentaires qui viendront s'ajouter aux reports de charges à payer et à la baisse du chiffre d'affaires attendu sur l'année...", prévient Bruno Cavagné.

Une application adaptée à la crise sanitaire

Pour garantir à ses équipes une reprise dans les meilleures conditions de sécurité, Eiffage Génie Civil forme justement ses salariés aux nouvelles règles avec un accueil spécifique. "Ce n'est qu'après cet accueil que les autorisations d'accès au chantier sont réactivées, un flacon de gel individuel ainsi que deux, voire quatre masques pour ceux qui prennent les transports, leur sont distribués chaque jour", déclare son président Guillaume Sauvé. Des lavabos supplémentaires ont été installés, des accès aux vestiaires réaménagés et limités, des affichages adaptés disposés de même que les périodes de pause ont été étalées pour contenir l'accès aux réfectoires et un sens de circulation a été imposé.

Le groupe de BTP avait en outre déjà une application Safety Force, qu'il a adapté à la crise sanitaire. Tous les salariés y ont accès et ont la possibilité d'y faire des observations, de tester leurs connaissances, de mettre des commentaires. Cela permet en outre de vérifier si les mesures sont bien appliquées ou encore de constater et de diffuser des bonnes pratiques. "Ce qui fonctionne à Lille peut ainsi se dupliquer à Marseille et sur tous nos 700 chantiers", dit son patron.

La confiance des élus et des investisseurs

Arrivé à 23 mètres de profondeur, au niveau de la cloche de métal (photo), c'est-à-dire ce qui permet au tunnelier d'être étanche au démarrage du forage et d'éviter les fuites, Thierry Dallard arbore un large sourire... sous son masque évidemment. Non content de rejoindre le tunnelier Camille, du nom de la championne de squash Camille Serme, le président de la SGP a également réussi, en plein confinement, à maintenir la confiance des élus et des investisseurs.

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Le 28 avril, l'établissement public a en effet émis une cinquième obligation verte, cette fois d'un total de 1,5 milliard d'euros au taux de 1,03%. "Les banques et les équipes de la Société du Grand Paris ont en effet pu procéder à cette émission malgré la crise et le basculement en télétravail. C'est la preuve en outre que les investisseurs gardent confiance dans le projet", relève Thierry Dallard.

Lire aussi : Grand Paris Express : "La totalité des émissions d'obligations seront vertes"

Le lendemain, c'est le conseil de surveillance de la SGP qui a autorisé le relèvement du plafond d'emprunt annuel de l'entreprise, le portant à 20 milliards d'euros. Cela lui permet de maintenir, jusqu'à 2023, un niveau de dépenses d'investissement de l'ordre de 4 à 5 milliards d'euros par an. "Cette sécurisation du financement nous permet de maintenir un niveau d'investissement élevé, conforme à la programmation antérieure à l'arrivée du virus, et cela pendant plusieurs années au profit de plus de 1.000 fournisseurs en France. C'est la garantie d'une visibilité pour les entreprises et nos partenaires", explicite son patron.

Les travaux publics, une "variable d'ajustement" ?

De son côté, Bruno Cavagné espère un plan de relance porté par l'État et les collectivités locales pour les mobilités et la transition écologique. Si l'État ne compense pas les pertes de recettes des territoires, "notre secteur risque d'être à nouveau la variable d'ajustement comme on l'a vu avec François Hollande lorsqu'il a baissé la dotation globale de fonctionnement de 11,5 milliards d'euros", alerte le président de la fédération nationale des travaux publics. 

"Des collectivités se disent prêtes à prendre en charge les surcoûts [liés au virus, Ndlr], mais pas toutes. Il faut donc une règle claire pour tous.  Un projet d'ordonnance est à l'étude en ce sens. Je redoute aussi une chute durable des appels d'offre et par conséquent un trou d'air", poursuit-il. "Les territoires traitent évidemment en priorité les questions de santé et de sécurité. Les investissements ne sont pas leurs priorités du moment", remarque-t-il enfin.

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César Armand

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Commentaires 2
à écrit le 19/05/2020 à 14:58
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TOUT pour la RATP, ses cââdres choyés et l'expansion de sa nuisante CGT !

à écrit le 18/05/2020 à 17:59
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Ca fait des années que je critique le Grand Paris, et ces transports nouveaux vont encore aggraver les conséquences de cette concentration de population qui aujourd'hui montre son ineptie. Si nos énarques avaient accepté que tous les services des min...

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