« Le digital va modifier l'usage de l'autoroute »

 |   |  881  mots
Entretien avec Paul Maarek, directeur Général d'Escota (Groupe Vinci)
Entretien avec Paul Maarek, directeur Général d'Escota (Groupe Vinci) (Crédits : Stephane Olivier)
En couvrant le large territoire allant d'Aix-en-Provence à la frontière italienne du côté des Alpes-Maritimes, Paul Maarek, le DG d'Escota (filiale de Vinci Autoroutes), gère un tronçon de 460 kilomètres. Pour le concessionnaire autoroutier, ce ruban d'asphalte est un terrain d'expérimentation numérique.

LA TRIBUNE - Comment et depuis quand un groupe tel que Vinci s'empare-t-il de l'innovation numérique ?

PAUL MAAREK - Le sujet de l'innovation numérique n'est pas un thème récent chez Vinci. C'est un questionnement de fond. Le digital peut et doit nous faire nous interroger sur notre métier de gestionnaire d'infrastructure. Le numérique modifie la façon d'exercer notre métier. C'est forcément un sujet difficile pour un groupe d'une taille telle que celle de Vinci, qui est très structuré avec des process très stables et très solides. Or ce qui est solide doit être assoupli. Le sujet concerné en premier est forcément celui de la relation client. Des ruptures technologiques vont s'opérer, il s'agit donc de les identifier au mieux.

Quels sont vos métiers les plus « ouverts » à l'innovation ?

Le sujet du péage est celui qui est susceptible d'évoluer le plus. Le numérique nous ouvre des perspectives considérables. Y injecter une notion de service permet d'améliorer la relation client. Le fait de pouvoir nous connecter à nos clients est fabuleux. Je suis convaincu qu'il faut travailler avec les startups. Nous avons besoin de l'hyper-créativité des jeunes pousses et de leurs idées neuves. Il est parfois important de secouer la culture d'entreprise. D'où les hackathons que nous organisons ou encore le Vinci Start-up Tour. C'est pour nous leur donner l'occasion de se développer. Mais pour nous intéresser, il faut que les startups aient une vision de l'usage. Nous, nous parlons à nos usagers en fonction de ce qu'ils sont. Cela doit aussi nous obliger à cibler les différentes communautés. Nous ne parlons pas de la même façon au motard et au chauffeur de poids lourds.

Le Vinci Start-up Tour vous permet justement de repérer les jeunes pousses prometteuses. Le territoire azuréen est-il prolifique ?

Nous avons la chance d'être dans une région très développée, avec un écosystème riche. Marseille et Nice avec Sophia-Antipolis sont deux pôles importants. Ce ne sont pas les opportunités qui manquent pour identifier des innovations. Tout ne vient pas du Vinci Start-up Tour. Nous sommes également contactés par les startups elles-mêmes et nous aussi, nous nous intéressons à celles qui émergent. Le tout est de repérer les bonnes idées, car les idées nouvelles peuvent difficilement venir de l'interne.

Vous avez votre propre accélérateur de startups. Où en sont les jeunes pousses incubées ?

Wever - qui est spécialisé dans le covoiturage dynamique - et Babble Car - qui est un réseau social entre occupants de véhicules - poursuivent leur évolution. Entre les startups à identifier et celles que l'on remarque naturellement, le défi consiste à dénicher celle qui dispose de la technologie et d'une vision marketing pointue.

Comment vous-mêmes vous servez-vous de vos réseaux sociaux ?

Notre compte Twitter sert à la fois pour de l'information corporate et de l'info trafic. Les compte Facebook et Youtube sont entièrement dédiés à l'entreprise.

Quels rapports entretenez-vous avec les autres accélérateurs - Allianz Riviera à Nice, TVT Innovation dans le Var... - et les mouvements French Tech ?

Nous nous voyons régulièrement. Une société d'autoroute n'est pas forcément en lien avec l'écosystème. Nous avons avancé sur ce sujet. Car il y a une vraie stratégie autour du digital : notre coeur de métier est d'offrir du service, or le digital va modifier l'usage de l'autoroute.

Vous avez engagé des expériences, notamment celle de Cliquez-Déjeuner ou encore la Happylist, avec une startup niçoise. Deux exemples de secteurs très différents ouverts à l'innovation, puisque le premier concerne la gestion de la file d'attente à la caisse en boutique, et le second la musique entre covoitureurs. Où en sont ces expériences ?

De manière générale nous avons beaucoup à proposer sur les aires d'autoroute. L'expérience avec Cliquez-Déjeunez, qui permet de commander son sandwich à l'avance et de ne pas avoir à subir la fi le d'attente, va se poursuivre.

Nous avons un potentiel phénoménal de services à rendre. Pour ce qui est de l'univers du déplacement, nous avons des choses à proposer autour du tourisme, de la découverte, du jeu...

Avez-vous des secteurs prioritaires à ouvrir à l'innovation ou à continuer de révolutionner ? De nouvelles expériences sont-elles prévues ?

Nous avons des projets qu'il est trop tôt de divulguer. Mais je peux vous dire que les expériences seront plutôt orientées vers des usages cohérents domicile/travail.

Quels autres services que ceux déjà déployés ou testés souhaiteriez-vous intégrer?

Une réflexion est menée autour du péage, pour faciliter l'abonnement. Si nous voulons consolider notre activité, il faut mieux connaître nos clients. C'est une nécessité pour nous d'avoir cette relation nouvelle et personnalisée que permet l'innovation technologique. Mais nous devons également faire attention à ne pas être trop invasif.

Quelle est votre définition de l'innovation?

L'innovation est une opportunité de développement. Elle porte de la création de valeur. L'innovation n'est pas un gadget technologique, elle est au service de la stratégie.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :