A Nantes, Lacroix et Logiroad, embarqués sur une même navette

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La navette autonome nantaise a été inaugurée en juin dernier.
La navette autonome nantaise a été inaugurée en juin dernier. (Crédits : Frédéric Thual)
[NANTES CITY LAB] C'est l'un des enjeux du Nantes City Lab. Amener de grands groupes à collaborer avec des startups ou inversement faire émerger de l'innovation d'usages. A Nantes, le groupe Lacroix, spécialiste de la voirie intelligente et la startup Logiroad, éditeur de logiciels pour la gestion des routes, se sont alliés pour concevoir les yeux et le cerveau de la navette électrique autonome nantaise.

« Comme souvent en France, ça a démarré autour d'un bon repas avec EDF, la régie de transport publics nantaise Semitan, le fabricant de véhicules électriques Navya, l'entreprise de travaux publics Charrier, et la startup Logiroad (1) avec qui nous avions jusque-là de simples relations commerciales », confie Stéphane Gervais, directeur de l'innovation stratégique du groupe Lacroix.

Jusqu'à ce que le sujet d'une navette autonome s'invite à table. « Celles que l'on connaissait fonctionnaient comme un train, qui circulait en boucle à intervalles réguliers. On a pensé à un bouton d'appel pour influencer le trajet et la fréquence, mais l'info n'était pas très qualitative. Ce qu'il fallait, c'était détecter, compter les piétons, les passagers, les vélos... Nous avions les caméras, Logiroad, l'intelligence, les perspectives d'un marché audacieux et prometteur s'est dessiné, alors on s'est rapproché », raconte-t-il.

Créée en 2012, Logiroad, spin-off issue du laboratoire des Ponts et Chaussées, est devenue en quelques années un spécialiste de l'édition de logiciels pour la gestion des routes et la mesure des trafics pour optimiser les travaux d'entretien. Des solutions vendues aux communes, aux ministères ou aux États dans les pays émergents.

« Or, la mesure de trafics routiers nous imposait de développer nos compétences en traitement d'images. Et avec l'émergence de l'IA, on a complètement basculé et commencé à utiliser ces algorithmes pour détecter des piétons, des vélos... et pour cela, on recherchait des caméras. Lacroix en produisait - via sa filiale Neavia - et allait nous permettre de nous tirer à l'export », explique Yann Goyat, fondateur de Logiroad.

L'antériorité sur ces marchés, la réactivité et la flexibilité de la startup ont convaincu Lacroix de les associer dans l'aventure de la navette. « Rapidement, Logiroad, a accepté de relever le défi de mettre au point une solution inexistante sur le marché », se félicite Stéphane Gervais. « Parmi les trois premières innovations de la navette, deux sont directement dues aux travaux de Logiroad », reconnaît-il.

Ainsi, le trajet s'effectue à la demande des passagers et le système de détection des piétons et des vélos serait opérationnel.

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Francky Trichet, adjoint au numérique, porteur du Nantes City Lab, navette autonome électrique, Nantes city Lab, Frédéric Thual

[Francky Trichet, adjoint au maire de Nantes et conseiller métropolitain chargé de l'innovation et du numérique.]

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Un trajet de plusieurs kilomètres

Inaugurée sur 600 mètres à l'arrache en juin dernier pour des raisons politiques, la navette autonome nantaise en aurait donc encore sous le pied.

Dans la perspective du deuxième trajet, cette fois sur plusieurs kilomètres, Logiroad enrichit son algorithme pour le rendre le plus fiable possible, à savoir prévenir, en temps réel, des dangers qui peuvent subvenir à un carrefour, voire influer sur les feux. « On lui apprend à reconnaître un piéton, de jour, de nuit, dans une aubette [un abribus, ndlr], un cycliste, une voiture... L'objectif, c'est zéro accident », souligne Yann Goyat pour qui la démarche est un investissement qui lui évite de déployer des efforts commerciaux ailleurs.

« Le groupe nous porte dans ses valises. On se connecte à un groupe de 4.000 personnes et à son réseau. On capte parfois des signaux faibles. Ça peut aboutir à deux ou trois rencontres, à rien, ou à des partenariats. Nous étions déjà présents sur le marché du mobilier urbain, mais ces technos sont difficiles à breveter seul face à des Chinois qui ne jouent pas le jeu. Alors, le mieux est d'être les premiers avec un partenariat puissant », analyse le fondateur de la startup.

Cette fois, les deux acteurs devraient déposer ensemble les brevets...

(1) Ils constituent le consortium qui pilote l'expérimentation sur la navette électrique autonome...

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Par Frédéric Thual,
correspondant pour La Tribune à Nantes

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