Le nantais Cetih investit dans la rénovation énergétique de l'habitat

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Pascal Janot, directeur de la stratégie et fondateur de Systovi, désormais détenue à 95 % par le CETIH et à 5 % par le logisticien IDEA group. Pour lui, fortement concurrencée par l’Asie, la France ne compterait plus aujourd’hui que 5 à 6 fabricants de panneaux solaires.
Pascal Janot, directeur de la stratégie et fondateur de Systovi, désormais détenue à 95 % par le CETIH et à 5 % par le logisticien IDEA group. Pour lui, fortement concurrencée par l’Asie, la France ne compterait plus aujourd’hui que 5 à 6 fabricants de panneaux solaires. (Crédits : Reuters)
Historiquement spécialisé dans la fabrication de portes et fenêtres, le groupe Cetih vient d'investir 18 millions d'euros pour accélérer sa diversification vers « l'enveloppe de l'habitat résidentiel » et optimiser les consommations énergétiques. Il lance Koov : un concept store dédié à la rénovation énergétique de l'habitat voulu pour sensibiliser les propriétaires de biens immobiliers.

Le groupe Cetih (Compagnie des équipements techniques et industriels pour l'habitat) veut sortir le marché de la rénovation énergétique de l'opportunisme des niches fiscales et l'inscrire dans la durée. « Le particulier a besoin d'y voir clair. Ce qui est sûr, c'est que le crédit impôt sur la transition énergétique (CITE) va baisser pour 2018 et 2019, qu'il n'y a plus rien sur la porte et la fenêtre, et que le marché a besoin d'être crédibilisé avec une offre plus visible», affirme François Guérin, directeur général du groupe Cetih, qui vient d'ouvrir un concept store de 220 m² à Orvault, en périphérie nantaise.

Concept store

Ici, sera présenté l'ensemble des activités du groupe : portes et fenêtres, panneaux photovoltaïques et aérovoltaïques, ventilation, isolation, domotique... Un panorama couplé à un site internet maison, conçu à partir d'une plateforme fournie en marque blanche par la startup nantaise EP, spécialiste des solutions digitales au service de la maison. Adapté aux spécificités du Cetih, le site permet en 15 questions de réaliser le diagnostic d'un bien immobilier et d'établir un parcours de rénovation énergétique. Il est également possible de prendre rendez-vous pour les travaux. « Je reste convaincu qu'il y une clientèle pour le web, et une autre plus traditionnelle, qui a besoin de rendez-vous en face à face », justifie François Guérin. Si l'expérimentation doit durer un an, pour le groupe, la stratégie est beaucoup plus enracinée.

L'enjeu du futur label E+C-

Créé il y a trente-deux ans à Machecoul (44) en se spécialisant dans la fabrication de portes et fenêtres, le groupe Bel'M, devenu Cetih en 2012, a progressivement évolué vers l'enveloppe de l'habitat résidentiel, autrement dit, la transition énergétique. Et ce, au gré d'une croissance externe soutenue. Présent sur le marché de « l'accueil » (portes et fenêtres aluminium, bois et PVC... ) avec les marques Bel'M, Zilten, Swao, il a pris 35 % puis 95 % du fabricant de solutions solaires Systovi, fondé par Pascal Janot, devenu directeur de la stratégie.

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Cette année encore, il a mis la main sur Neovivo, l'un des leaders français des solutions écologiques de rénovation et d'isolation à base de ouate de cellulose et de laine de coton recyclé. « Un moyen de mettre un pied dans le BtoC et de toucher le client final. Au cours de l'exercice 2017-2018, nous aurons investi 18 millions d'euros dont sept pour la construction d'une nouvelle unité de production de panneaux solaires photovoltaïques et aérovoltaïques », indique François Guérin. Ce dernier justifie ces montants au regard des enjeux du label E+C- (qui signifie « plus d'énergie et moins de carbone »), label qui devrait s'imposer dans le résidentiel à l'horizon 2020-2021.

Avec l'aérovoltaïque les rendements passent de 20 % à... 80 %

Jusque-là dispatchés sur trois sites, l'activité (production et logistique) est désormais réunie sur 9600 m² à Carquefou, dans la banlieue Est de Nantes. « L'aérovoltaïque, c'est une petite révolution », explique Pascal Janot.

« A l'aide d'un flux d'air diffusé sous les panneaux solaires, on augmente les rendements de 20% à 80%. Et, grâce à un processus chimique à base de sel, l'air peut être stockée et offrir une autonomie de chaleur pendant cinq à six heures. La nuit, à l'inverse, le système permet de capter de l'air frais et de le diffuser à l'intérieur. »

Cetih

Pour le fabricant, qui a noué un partenariat, avec le spécialiste de la domotique Delta Dore, l'enjeu est maintenant de connecter les portes et les fenêtres. « Ainsi, en régulant mieux les températures intérieures et la circulation d'air, on peut éviter l'installation d'une climatisation », assure François Guérin. La circulation d'air est garantie par un boitier de la taille d'un petit carton installé dans les combles. Baptisé R-Volt, ce système peut être commandé à partir de son smartphone ou de sa tablette, via la solution Smart-R.

L'innovation pour échapper à l'omniprésence chinoise

Pour lutter contre une production chinoise qui capte 85 % du marché mondial de panneaux photovoltaïques et s'affranchir des soucis de recyclage, Systovi a mis au point une cellule photovoltaïque à base de silice purifiée à 99.99999 %. Du sable, en somme.

Panneau photovoltaïques SystoviSystovie

Composé de 60 cellules, chaque panneau, contrôlé par des flashs à 1000 watts, est conçu pour produire une puissance de 300 watts et une tension de 30 volts. Il faut en moyenne 10 panneaux pour une habitation classique, exonérée de taxe en dessous de 3KW. Ils sont garantis 25ans. Leur durée de vie est estimée à 50 ans, c'est-à-dire offrant 80% de la puissance initiale.

Avec un rythme de production d'un millier de panneaux par jour, fabriqués en 3x8, Systovi (90 personnes) dispose désormais d'une capacité de production de 25.000 panneaux par mois, grâce à trois lignes de production.

« La compétition avec l'Asie est complexe. Rien que sur le verre, L'Europe nous impose des achats en Europe sous peine d'être taxé à plus de 65 % quand les chinois s'approvisionnent à des tarifs inférieurs de 30 % », observe Pascal Janot.

Recouvrir le toit des usines

Pour accompagner et accélérer sa croissance sur un marché français où les fabricants nationaux ont disparu, Systovi a lancé l'aménagement d'un centre de formation de 800 m² et d'un atelier de démonstration de 400 m² dans ses nouveaux locaux où elle recevra ses collaborateurs et les installateurs. Si elle vise en priorité le marché résidentiel, l'entreprise peut se targuer de belles réussites en BtoB.

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Signe de la mobilisation des collectivités sur la transition énergétique, après avoir installée 66.000 panneaux photovoltaïques pour équiper quatre champs en Vendée, avec le syndicat Vendée Energy, Systovi a décroché les commandes de 18.000 panneaux pour équiper la toiture du futur Marché d'Intérêt National (MIN) de Nantes, 10.000 encore pour recouvrir la base sous-marine de Lorient, et 8500 autres pour coiffer le Zenith de Nantes.

Engagé dans une politique de RSE active depuis dix ans, le groupe a décidé de recouvrir les toits de ses usines de Machecoul et de Carquefou, ce qui permettra d'assurer 30 % des besoins en énergie. L'objectif vise à doter les sept sites de production (Machecoul, Carquefou, Roannex2, Saint-Macaire-en-Mauges, Roncey) du groupe d'ici à trois ans. « Un investissement de 3 à 4 millions d'euros », estime François Guérin.

Le pied dans la porte à l'export

En croissance de 10 %, le groupe Cetih (1300 personnes) aura réalisé un chiffre d'affaires de 215 millions d'euros en 2017-2018 (+42 % en 3 ans), dont 60 % dans « l'accueil » et 40% dans « L'enveloppe de l'habitat ». « Mais les perspectives de croissance semblent moins fortes cette année », admet du bout des lèvres François Guérin, qui depuis 3 ans amorce une démarche export dans les pays limitrophes, qui compte actuellement pour 10% de l'activité de Bel'M.

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« Le marché de la transformation énergétique reste très franco-français. On passe difficilement les frontières, en raison des codes d'usages propres à chaque pays et des contraintes logistiques », note le patron du groupe, qui a néanmoins décidé l'extension de 12.000 à 16.000 m² du site de Roanne, spécialisé dans la fabrication de portes en acier, pour s'enfoncer sur les marchés internationaux et aller plus loin que le simple pied dans la porte.

Frédéric Thual,
correspondant des Pays de la Loire pour La Tribune

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