Bouygues et SFR espèrent 300 millions d’économies en mariant leurs réseaux

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En bleu les zones qui seront opérées par Bouygues, en rouge celles de SFR et en gris les zones denses non concernées par le réseau mutualisé.
En bleu les zones qui seront opérées par Bouygues, en rouge celles de SFR et en gris les zones denses non concernées par le réseau mutualisé. (Crédits : DR)
La création d’un réseau mobile partagé sur une zone couvrant 57% de la population coûtera plusieurs centaines de millions d’euros à mettre en place. L’accord n’est pas fermé à Free … qui n’est pas non plus bienvenu.

C'est un accord d'une durée de vingt ans, « stratégique et historique », selon Jean-Yves Charlier, le PDG de SFR, qui a dévoilé ce lundi matin les contours de son alliance avec Bouygues Telecom, officialisée vendredi. Les deux opérateurs vont mettre en commun leur parc d'antennes sur un large périmètre du territoire, qui représente 57% de la population et exclut les 32 principales agglomérations de plus de 200.000 habitants. Ils se sont répartis chacun des zones : SFR opèrera le nord-est et le sud-ouest et la Corse, soit environ 60% du total, son parc initial étant plus important, Bouygues l'ouest et le sud-est. Pour cela, ils ont créé vendredi une société commune qui gèrera leur patrimoine d'antennes-relais : cette co-entreprise emploiera 30 à 40 personnes, sera dirigée par une personne extérieure aux deux groupes, et aura la responsabilité de rationaliser le parc d'antennes. Concrètement, SFR et Bouygues vont démonter au moins 7.000 sites et n'en auront plus que 11.500 fin 2017 contre 18.500 aujourd'hui dans les zones concernées. Un travail long qui représentera « des investissements de plusieurs centaines de millions d'euros », a précisé le PDG de SFR

Pas de transfert massif d'effectifs ni de partage des fréquences

En revanche, les deux groupes n'ont pas souhaité chiffrer précisément les économies attendues. « Les autres exemples de mutualisation en Europe montrent une réduction de 20% à 25% des dépenses opérationnelles et d'investissement, nous serons pour notre part dans la fourchette basse », a toutefois indiqué le PDG de SFR, jugeant cohérente l'estimation des analystes de 200 millions d'euros par an. De son côté, Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom, a confirmé l'ordre d'idée de 100 millions d'euros d'économies à terme. Il a également affirmé que l'accord serait « sans impact sur l'emploi. La phase de surinvestissement initial sera même bonne pour les métiers de déploiement. » Toutefois, l'accord ne se traduira pas par une accélération des investissements dans la fibre, les «marges de manœuvre » dégagées servant à restaurer les marges tout court. Chaque opérateur « leader » sur sa zone opèrera le réseau pour lui-même et son partenaire et les deux acteurs se refactureront les prestations de service (RAN-sharing). Pas d'appel d'offres prévu pour les équipementiers, chacun continuera avec ses fournisseurs (principalement Huawei et NSN chez SFR, Ericsson et Huawei chez Bouygues). « Le modèle est plutôt l'accord de Vodafone et O2 (Telefonica) au Royaume-Uni que les opérateurs nordiques : il n'y a pas de transfert massif de personnels, pas de mutualisation de fréquences, l'investissement est réalisé par chaque opérateur », a souligné Pierre-Alain Allemand, le directeur du réseau chez SFR. « Les réseaux restent totalement indépendants dans les zones denses, chacun conserve la maîtrise de son cœur de réseau, et la politique commerciale et tarifaire restera distincte », a fait valoir Jean-Yves Charlier.

Un accord « juridiquement pas fermé » à Free

Au-delà des économies, l'accord doit surtout servir à améliorer la couverture, en particulier dans les zones rurales : SFR espère ainsi pouvoir dépasser Orange dans la 4G en dehors des grandes villes, où l'opérateur historique dispose de plus de sites que la filiale de Vivendi et où les points hauts pour installer des antennes sont rares et cher. Les deux acteurs n'ont pas répondu précisément sur les clauses prévues en cas de changement de contrôle : « il faut prévoir le tricotage et le détricotage », a relevé Olivier Roussat. La réversibilité du processus est donc bien prévue. Free pourra-t-il rejoindre ce nouveau réseau mutualisé ? « Juridiquement, l'accord ne ferme pas de porte, il n'y a pas de clause qui empêche d'inclure tel ou tel opérateur » a répondu le PDG de SFR. « L'accord n'est pas fermé. Mais rien qu'à deux, cela nous a pris plus de six mois à sceller le nôtre » a réagi le PDG de Bouygues Telecom. Les discussions ont même commencé il y a douze mois. La difficulté résidait notamment dans l'équilibre financier à trouver, alors que le réseau de SFR est plus grand (en nombre d'antennes, même si Bouygues est en avance en 4G). Autant dire que Free n'est pas non plus vraiment bienvenu. « Nous allons démanteler 7.000 sites, Free pourrait décider de prendre la suite du bail si cela l'intéresse », a proposé Olivier Roussat. La direction de Free n'a pas souhaité faire de commentaire. L'opérateur n'exclut pas un contentieux auprès de l'Autorité de la concurrence ou de la Commission européenne s'il ne reçoit pas de réponse positive sur sa demande de participer à ce réseau partagé, ce qui prouverait que cet accord « est anticoncurrentiel puisqu'il élève les barrières à l'entrée et cherche ainsi à obtenir l'éviction d'un opérateur. » L'accord a d'ailleurs été salué vendredi par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui s'est dit favorable à des "ententes..."

> voir la carte complète du futur réseau partagé de SFR et Bouygues Telecom

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Commentaires
a écrit le 05/02/2014 à 8:02 :
Montebourg favorable à cet accord pour préserver des emplois dans la filière télécom alors qu'il va entraîner l'abandon de 7000 sites et autant d'équipements en moins à acheter à fabriquer à installer à entretenir... Qui est le dindon ? Je ne comprend pas la logique du Ministre...
a écrit le 04/02/2014 à 14:15 :
ministre qui favorise de la voix ce genre d'accord. Un ministre qui ne favorise pas la concurrence dans un pays, encore aujourd'hui, de libre entreprise, c'est la montée en puissance d'un état soviet. Et lui comme Valls, Toubira, Najad et les autres étrangers sont en train de créer une mini dictature dont ils commencent à devenir les riches (mais moins imposés que les autres français bien entendu !!!) Vive le président paresseux enfumeur
a écrit le 03/02/2014 à 23:27 :
Cette suppression d'antennes signifie-t-elle une augmentation de l'activité et du rayonnement des installations conservées ?
Réponse de le 04/02/2014 à 0:29 :
C'est un accord d'itinérance entre les opérateurs concernés qui leur permettra de limiter leurs futurs achats en matériel dont chacun aura pris soin de conserver son réseau physique dans des zones géographiques stratégiques. Le rayonnement des relais mis ainsi en location ne devrait pas subir de changement même en cas de couverture partielle par un des opérateurs puisque le démontage ne devrait concerner que les relais surnuméraires. Bien entendu Free n'est pas le bienvenu puisqu'il s'agit de concurrencer l'itinérance imposée à Orange au profit du quatrième opérateur et de maintenir la profitabilité des opérateurs "historiques".
a écrit le 03/02/2014 à 17:58 :
Montebourg en complète incohérence...
A moins, comme l'ont insinué quelques commentateurs, qu'il ne cherche à s'ouvrir des portes de sortie, post gouvernement...

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